Lundi 9 juin 2008

A quelques heures de l’issue du référendum portant sur le traité modificatif européen (TME) en Irlande et quelque soit le résultat, une question se pose : comment la victoire du « non » est-elle devenue fortement envisageable ?

 

Alors il serait assez commode, comme l’a fait beaucoup trop rapidement Daniel Cohn-Bendit, de mettre cela sur le compte du développement de l’ « égoïsme » de l’ensemble des sociétés européennes et de remettre en cause, comme lui, le principe même du référendum. En réalité, la possibilité que le « non » puisse l’emporter en Irlande devrait interroger particulièrement l’Union Européenne pour deux raisons essentielles :

-         l’Irlande est l’un des pays auxquels l’intégration au sein de l’UE a semblé profiter pleinement ;

-     sur 5 référendums organisés portant sur un texte de réforme des institutions, trois pays (France, Pays-Bas et potentiellement Irlande) l’ont rejeté.


L’Irlande : communautariser les « pertes », individualiser les profits : le règne de l’indépendantisme économique et social en Europe

 

Les poncifs journalistiques consistent à rappeler que les Irlandais seraient terriblement égoïstes en rejetant le TME dans la mesure où ils ont profité pleinement de leur nouveau statut d’Etat membre. L’Irlande a adhéré à l’UE en 1973, au même moment que le Royaume-Uni. Compte tenu de la pauvreté relative du pays (le revenu par habitant dans le pays représentait au moment de l’intégration, 66% du revenu moyen européen), il a bénéficié d’importantes subventions émanant du FEDER qui ont représenté, chaque année près de 2% du PIB irlandais, près de 30 Mds € cumulés entre 1973 et 1999. Et cela ne tient pas compte des transferts dont a également bénéficié l’Irlande au titre de la PAC (principale bénéficiaire, en proportion, avec la France). De ce point de vue, l’Irlande a indiscutablement profité de son insertion dans le processus européen. Et l’ensemble de ces aides ont incontestablement permis à l’Irlande de se doter d’infrastructures modernes (transports, éducation…) et de faire évoluer les fondamentaux de son économie, notamment en la tertiarisant.

 

Sans cela, il est impossible, malgré tous les fantasmes des néo-libéraux sur le « miracle irlandais » que ce pays ne s’en soit jamais sorti, de même (à plus forte raison d’ailleurs) que la Grèce ou le Portugal. Mais il est vrai aussi que l’Irlande a utilisé un levier pour se créer un avantage comparatif dans la compétition intra-européenne : le dumping fiscal et social. Autrement dit, l’Irlande a utilisé délibérément une attitude de passager clandestin dans un environnement très peu contraint (aucune harmonisation fiscale). Même si cette tactique constitue en grande partie un leurre (la décision d’investissement étant multi-factorielle), l’Irlande a choisi d’opter pour cette voie d’une pression fiscale nominale relativement faible sur les salaires notamment, mais aussi sur le capital. Et ceci, au-delà des conséquences discutables sur l’attractivité économique, n’a pas été sans conséquences politiques et sociales.

 

Le choix du gouvernement irlandais, a été très différent de celui poursuivi par le gouvernement espagnol notamment (en dehors de celui de Aznar). La mise en œuvre d’un dumping fiscal et social a correspondu à une augmentation très forte des inégalités et à une dégradation constante du niveau des services publics, les subventions européennes peinant à compenser l’abaissement des ressources fiscales. Face à la grogne populaire, le gouvernement a même été contraint de relancer au début de l’année 2008 un vaste programme de relance des infrastructures, sans pouvoir toutefois les budgéter. Même l’OCDE appelle d’ailleurs aujourd’hui l’Irlande à une remontée de la pression fiscale, notamment dans le secteur immobilier, afin de stopper les effets d’aubaine qui pèsent en outre sur la croissance. Ajoutons à cela que la baisse des charges fiscales et sociales n’a étrangement eu aucun effet sur la productivité, bien au contraire, puisque celle-ci est particulièrement faible et constitue désormais un handicap de l’économie irlandaise. Par ailleurs, le coût de la vie a fortement augmenté, l’inflation devant se situer à près de 5% en 2008.

 

Surtout, avec cette vision de l’Europe que l’on a mise en place en Irlande, celle qui consiste à se construire sur le dos de ses voisins tout en bénéficiant d’une manne financière sans quoi rien n’aurait été possible, comment imaginer que les Irlandais puissent aujourd’hui croire au projet européen ? Ceci d’autant plus qu’on leur propose un texte illisible, tellement complexe qu’il en devient suspect. Les Irlandais, comme les Français et les Néerlandais hier, ne sont pas a priori hostiles à un projet politique européen de solidarité entre ses membres, qui passe principalement par la solidarité budgétaire et financière, on leur a tout simplement laisser la possibilité de faire exactement le contraire. Assurément pourtant, rien dans le TME ne les empêchera de continuer à mettre en œuvre leur politique de dumping fiscal. C’est donc bien un message que les Irlandais nous adressent : qu’est-ce que l’Union Européenne aujourd’hui ?

 

La vie « européenne » n’est-elle pas actuellement trop un fleuve tranquillement néo-libéral ?

 

La symétrie entre les situations française et irlandaise n’est évidemment pas totale. 90% de la classe politique irlandaise est favorable à la ratification du TME, quand la classe politique française était plus divisée. Ceci étant, comme en France, la totalité de l’appareil médiatique promeut également un « oui » franc et massif et surtout a tendance à faire peser sur les nonistes tous les maux de la Terre : « racistes », « passéistes », « nationalistes », « fascistes »… Les arguments pour le « oui » sont souvent péremptoires et ne souffrent pas la discussion, tellement ils sont prétendument dépositaires d’une modernité et d’une clairvoyance qui se valent en elles-mêmes. En cela, on retrouve certains aspects caricaturaux de ceux que l’on a appelé les « oui-ouïstes » (qui ne représentaient pas, fort heureusement, la majorité des personnes favorables au TME) lors du débat constitutionnel en France et qui sont en grande partie, par leurs arguments débilitants, responsables de la large victoire du non.

 

On voit même naître, y compris chez D. Cohn-Bendit, la volonté pure et simple de contourner le référendum en expliquant, à mots à peine voilés, que ces décisions de grande personne ne doivent pas être prises par des ignares. Cette incapacité à l’auto-critique est assez terrible. Personne ne se pose par exemple la question de savoir pourquoi le traité de Maastricht, qui n’était pas un simple ajustement institutionnel mais l’abandon de l’une des principales marques de la souveraineté, autrement dit la monnaie nationale, a été avalisé par l’ensemble des peuples européens. Les conditions politiques, en France en particulier (« fin de règne » mitterrandien) étaient pourtant loin d’être favorables. Aujourd’hui, les mêmes peuples européens n’y croient plus. Pourquoi ?

 

La Commission Barroso en est actuellement l’exemple archétypal : la démission politique de l’UE est quasiment totale. L’arrogance dans les propos est la règle d’or. Au sein d’une Europe profondément droitisée à sa tête « fédérale » comme dans les gouvernements nationaux, le culte du laisser-faire et du laisser-aller est la règle absolue, à contre-courant de l’histoire. Les Irlandais, dont le « modèle » semble pourtant constituer le parangon de ce prétendu néo-libéralisme à la sauce européenne, se détournent de cette Europe-là. Le vote irlandais ce dimanche, quel qu’il soit, pourrait-il permettre aux théoriciens de l’ « Europe tranquille » de prendre enfin conscience du malaise persistant au sein des populations européennes face au simulacre de projet qu’on leur propose ?


John_G
par Moselle d'avenir publié dans : Europe
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Mardi 13 novembre 2007

Au cours de cette ultime publication sur le sujet et dans le contexte difficile que l'on connait, je ne souhaite pas m’étendre sur l’histoire européenne, les Pères de l’Europe ou encore la paix que cette dernière a permis. Ils sont des acquis plus ou moins solides, mais ils sont là, et je revendique bien entendu ces héritages. Non, je souhaite ici m’intéresser à l’avenir de la construction européenne et tout particulièrement à trois points qui me semblent essentiels pour les prochains choix qui seront fait en la matière.

L'Europe, ce sont les Européens


Ainsi, même si les élites ont joué tout au long de la construction européenne un rôle d’impulsion et d’encadrement irremplaçable, l’Europe a aujourd’hui un impact tel dans la vie quotidienne de ses citoyens Jean-Monnet---Robert-Schuman.JPGqu’ils ne peuvent plus être mis à l’écart des choix fondamentaux qui sont faits. Il n’y a plus de construction possible de l’Europe sans les Européens : c’est selon moi la leçon fondamentale des référendum du printemps 2005. Le Comte Richard de Coudenhove-Kalergi n’affirmait-il pas déjà dans son livre PanEurope, paru en octobre 1923 : « La seule force capable de faire la PanEurope réside dans la volonté des Européens ; la seule force pouvant empêcher la réalisation de la PanEurope est aussi cette même volonté ! » Mais également « Pour exister un jour sur la carte politique, la PanEurope doit d’abord s’enraciner dans le cœur et dans le cerveau des Européens ! ». En 2005, les Français et les Néerlandais ont donc eu la volonté d’empêcher la réalisation de l’Union Européenne telle qu’elle se profilait et, bien qu’inscrite dans les cerveaux, cette Europe est apparue comme n’étant pas complètement inscrite dans les cœurs des Européens. Ainsi, à mon sens, toute volonté d’imposer de nouvelles institutions, toute tentative de construction européenne sans assentiment direct des Européens, fragilise non seulement des institutions et des hommes politiques mais l’ambition européenne toute entière. En passant par le mode de ratification parlementaire pour les nouveaux traités, j’ai le sentiment que c’est une certaine idée de l’Europe qu’on tue progressivement et volontairement.

La dissociation nécessaire entre la construction d'une Europe politique et celle d'une Europe économique


En effet, on a trop longtemps laissé les Européens espérer en un progrès politique et social de l’Europe pour leur faire accepter des compromis purement économiques. Or, force est de constater que l’Union Européenne n’est toujours qu’une Communauté Économique Européenne, une Union Économique Européenne, et que le slogan de Jacques Delors de 1992 : « Donnez nous Maastricht, on vous donnera l’Europe sociale ! » a fait long feu. En 2005, les Français ont clairement affirmé leurs exigences : « Donnez nous l’Europe sociale, on vous donnera la constitution ! ».

 

- Pour réaliser cette séparation sans pour autant renier les traités signés, il est nécessaire de poursuivre dans un premier temps l’élargissement de l’Union européenne. Déjà à 27 membres, toute Europe politique est à mon sens illusoire tant les intérêts nationaux et mentalités nationales sontElargissement-europ--en.JPG diverses voire contradictoires. En poursuivant l’élargissement à des pays respectant les mêmes exigences de démocratie et de respect des Droits de l'Homme qu’auparavant tels la Croatie et les pays Balkaniques, la Turquie voire l’Ukraine, on poursuivra non seulement l’extension de la zone de paix, de prospérité et de démocratie que constitue l’Union, mais cela permettra également de vider de son jus politique les institutions européennes actuelles. L’Union redeviendrait aux yeux de tous ce qu’elle n’a jamais cessé d’être depuis l’origine : une zone de libre échange et de prospérité garantie par la paix et la démocratie. Je n’exclus pas de faire entrer dans le cadre de cet ensemble les pays du pourtour méditerranéen qui se seront conformés aux exigences communes à tous les autres membres. La Méditerranée a toujours été un espace privilégié d’échanges entre l’Europe et le monde, il est logique qu’elle soit intégrée à cette Union Européenne s’étendant de la Mer Blanche à la côte nord-africaine, de l’Atlantique au Caucase. L’Union Méditerranéenne de seconde zone que propose de mettre en place Nicolas Sarkozy est à la fois un signe de mépris pour les grands peuples de ce bassin historique et une faute politique puisqu’il ferme à l’Europe une fenêtre sur trois continents, donc sur le monde.

 
- Dans un second temps, il convient de relancer rapidement l’Europe politique. Celle-ci doit nécessairement être restreinte au Benelux, à la France et à l’Allemagne qui constituent, selon moi, les cinq pays dont les sociétés, intérêts et mentalités sont les plus proches. Surtout, ce sont cinq pays qui se connaissent bien et qui savent faire des compromis quand il le faut pour pousser un projet important. Ils savent prendre des décisions en dépassant leurs intérêts nationaux directs. Ces Cinq seraient chargés de mettre en place cette Fédération Européenne que Jean Monnet et Robert Schuman ont appelé de leurs voeux à sept reprises dans leur déclaration du 9 mai 1950. L’important est que, cette fois, elle émerge en un seul texte et de façon complète : Europe politique et sociale intégrée dans une Union Économique Européenne mais surtout ayant une politique étrangère et de défense commune. Les Européens seraient nécessairement consultés soit par la convocation d’une Assemblée constituante pour l’élaboration du texte, soit par référendum pour l’adoption d’un texte préalablement élaboré au sein d’une Conférence Intergouvernementale, soit par les deux procédés réunis. La nouvelle construction doit être une construction légitimée par tous les citoyens qui en sont la base. Bien entendu, une fois constituée, cette structure serait partie intégrante au sein des institutions de l’Union Économique Européenne où elle parlerait d’une seule et puissante voix et où, par son poids démographique, politique, diplomatique et économique, elle aurait de facto la place prééminente. Cette structure ainsi créée devra également rester ouverte et, sur la base de sa constitution, pourra accepter d’autres membres qui y ont incontestablement leur place. Je pense à l’Espagne, au Portugal, à l’Italie et à l’Autriche notamment. Il me parait difficile à court ou moyen terme d’intégrer les autres pays Scandinaves, de l’Est, Balkaniques et Méditerranéens. Peut-être est-ce envisageable pour quelques-uns comme Malte, la Slovénie ou la Grèce mais je n’en suis pas convaincu.

Un besoin de "réenchantement" de l'Europe

L'Europe a moins besoin d'institutions que de rêves. L'Europe a moins besoin de nouvelles directives que de passion. L'Europe, c'est d'abord un rêve, une ambition, un espoir qui s'est laissée accaparer par le quotidien, la gestion, le technocratisme tatillon en oubliant d'entretenir la légitimité démocratique. C'est un organe élitiste, une idée et une initiative publique qui a besoin d'adhésion populaire et d’initiatives citoyennes pour avancer. Le rêve est en convalescence et l'adhésion populaire ne suit plus. Il faut par conséquent recréer cet espoir et cette confiance pour permettre à l’Europe et à sa construction de retrouver la place qu’elles méritent dans nos sociétés. Pour cela, je reste convaincu que la position de Ségolène pendant la campagne était la bonne : construire l’Europe par la preuve. L’Europe a besoin de projet restreints mais positifs qui fassent travailler ensemble les Européens et qui les rendent fiers. Airbus et Ariane en sont des exemples. Le projet Galileo de GPS européen, très mal en point en ce moment, doit être soutenu coûte que coûte. Il existe également des projets plus modestes mais non moins importants dont les effets au long terme seront porteurs tôt ou tard. Je pense notamment à des initiatives telle que la réalisation d’un livre d’histoire et de géographie franco-allemand. Cet ouvrage, paru en 2006, est une première. Il a rencontré dès l’automne un grand succès puisque 60 000 lycéens de terminale, Français et Allemands, ont travaillé dessus l’an passé. Le préalable à tout projet institutionnel doit donc être la création de solidarités à la base et le développement d’expériences humaines.

 

SaarLorLux.JPG Pour cela, je suggère deux pistes. D’une part, ici en Lorraine, nous faisons partie de la Grande Région « SarLorLux » regroupant les régions de Lorraine, Wallonie, Luxembourg, Sarre et Rhénanie-Palatinat mais qui est sans véritable visibilité dans la vie quotidienne des citoyens. Servons-nous de ce qui existe déjà et développons les échanges humains dans le cadre de cette « Euro région ». Par exemple, pourquoi ne pas créer une « Euro section » du Parti Socialiste Européen regroupant les sections des villes de Thionville, Trèves, Luxembourg et Arlon ? Cela permettrait d’échanger et d’avoir d’autres points de vue sur des problèmes qui nous concernent tous tels les transports, l’énergie ou encore le bassin d’emploi. Cette expérience, si elle est concluante, pourrait ensuite être poussée plus loin par la création d’une « Euro fédération du PSE ». Le PSE pourrait ainsi faire sortir les socialistes Français, et j’imagine Belges, Luxembourgeois et Allemands, de leurs problématiques et visions purement nationales pour réfléchir à des solutions globales à leurs problèmes communs. Ces réunions, dont la fréquence est à déterminer, pourraient être l’occasion de débattre, de réfléchir, de créer des liens personnels transnationaux mais également d’élaborer des actions coordonnées. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas uniquement de parler de problèmes locaux mais aussi de problèmes nationaux et européens. D’autre part, je pense que la Grande Région pourrait être le cadre d’échanges scolaires précoces. En effet, les échanges d’étudiants Erasmus sont un grand succès mais ils interviennent à mon sens beaucoup trop tard dans la formation des jeunes pour ancrer l’Europe dans les cœurs. Il me paraîtrait utile de développer les échanges d’écoliers dès la primaire et le collège. Thionville, Arlon, Luxembourg et Trèves sont quatre villes très proches les unes des autres et très bien desservies, pourquoi ne pas favoriser les échanges scolaires allant de quelques mois pour les élèves de primaires jusqu’à une année entière pour les collégiens ? A la fois proches et loin de leurs parents et de leurs pays, ces échanges d’élèves permettraient de favoriser la curiosité personnelle et l’éveil à dès thèmes européens précocement chez des jeunes dont la conscience est en construction. Créer des liens amicaux personnels et transfrontaliers est « malheureusement » une idée neuve en ce début de XXIe siècle.


Thomas Liverani

 

par Moselle d'avenir publié dans : Europe
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Samedi 27 octobre 2007
Cet article fait suite au débat sur la question européenne du comité lors de sa réunion du mardi 16 octobre. Il sera décomposé en trois parties. Je commence ici par les blocages qui nécessitent une réforme des institutions de l'Union. 

Depuis 20 ans, la construction européenne a connu de profonds changements :

-les élargissements successifs (1973, 1981, 1986, réunification de 1990, 1995 mais surtout 2004) ;
-la modification des traités existants (Acte Unique de 1986, Traité de Maastricht en 1992, Traité d’Amsterdam de 1997 et Traité de Nice de 2000). Ces bouleversements posent un certain nombre de
problèmes à l’Union et quatre enjeux se dessinent.


I. Premier enjeu : la gouvernabilité

553BR.jpgL’Union s’est construite selon un objectif qui vise à l’accès au marché par le démantèlement des obstacles à la concurrence. Elle met en concurrence et dépossède les États nationaux de leurs prérogatives alors que les sanctions politiques continuent à s’exercer sur ces États et, parallèlement, aucune régulation n’est mise en place à l’échelle européenne. C’est pourquoi, surtout dans le contexte actuel, les politiques communes prennent la forme d’un gouvernement « par les règles » présenté comme procédural mais qui, dans la réalité, laisse peu de place aux choix démocratiques.

 

Le problème est que les résultats, en plus d’être peu démocratiques, sont peu convaincants. Pour les nouveaux entrants, l’Union est synonyme de prospérité et de modernisation. Mais pour les anciens, certes on trouve quelques avancées dans le domaine de la protection de l’environnement ou des consommateurs, mais il faut reconnaître que le marché et la monnaie unique n’ont pas tenu leurs promesses de croissance. Les performances des pays de l’Union économique et monétaire sont piètres et l’Europe sociale est au point mort. La montée de l’Euro à plus d’un dollar cinquante est proche et les critiques concernant la Banque Centrale Européenne, même si elles ont été mal formulées, me semblent légitimes.


II. Deuxième enjeu : la démocratisation

Si la démocratie participative doit être une priorité en France, l’Europe ne doit pas être en reste dans notre action. Nous avons le devoir de reconnecter l’ambition européenne avec ses citoyens. La formule habituellement consacrée pour traduire l’écart entre les pouvoirs transférés vers l’Union, qui sont croissants, et la légitimité démocratique est « le déficit démocratique de l’Union ». Il existe ainsi un triple déficit de légitimité de l’Union (la légitimité vue comme l’adéquation entre préférence des citoyens et choix politiques européens) :
- la faiblesse du sentiment d’identité collective. Debray R. affirme que « le drame de l’Europe, c’est qu’elle n’a ni ennemi, ni légende » ;
- l’absence de débat politique véritable au niveau européen ;
- l’absence d’institutions européennes qui garantiraient la responsabilité des titulaires d’une charge p
ublique devant un électorat.

 

Ce déficit crée un écart croissant entre l’assentiment donné au principe général de la construction européenne et le sentiment de méfiance face aux réalisations concrètes. Deux exemples simples :
- les référendums sont peu nombreux et donnent, il est vrai, ce qu’on appelle une « légitimité de fondation » mais pas de « légitimité de gouvernement » ;
- les procédures de révisions se font dans des Conférences Intergouvernementales (comme c’est le c
as actuellement avec le Traité Simplifié) régies par la logique diplomatique et technocratique. Elles sont opaques, il n’y a aucun débat démocratique en amont et on l’empêche également en aval par la ratification parlementaire.

 

Concrètement, on peut remarquer, dans les chiffres, au mieux le désintérêt de l’Union, au pire l’opposition. Ainsi, à l’automne 2004, 43% des citoyens affirmaient qu’un éventuel abandon de l’Union les laisseraient indifférents, 13% affirmaient même qu’ils en seraient satisfaits ! On dénote une baisse de l’enthousiasme européen chez les jeunes de 18 à 24 ans et chez les personnes du troisième âge (plus de 65 ans). Ainsi, les Français semblent être les Européens les plus sceptiques face au dernier élargissement. En décembre 2004, seulement 39% s’y déclaraient encore favorables.

 

Personnellement, j’estime que c’est ce déficit démocratique qui entraîne lentement mais sûrement l’indifférence puis le rejet de l’Union et que nous devons prendre le contre pieds des méthodes qui ont régies l’Europe jusqu’à nos jours. 


III. Troisième enjeu : les problèmes institutionnels

Ils sont de trois types :
Parlement-europ--en.JPG
- les institutions européennes sont complexes, notamment la délimitation des compétences État-Union. Nous nous devons de les clarifier;
- malgré l’existence de la Commission et du Parlement européen, ce sont deux institutions dont la légitimité est indirecte qui sont au centre des procédures : le Conseil Européen et le Conseil des Ministres. Ils sont opaques et leur technicité donne un rôle déterminant aux experts et aux diplomates. Nous devons rendre nos institutions plus transparentes;
- enfin, il y a le problème du fonctionnement des institutions à 27 voire plus…. Ces élargissements
posent deux problèmes concrets : le problème du vote aux Conseils et celui du fonctionnement de la Commission.


IV. Quatrième enjeu : identité européenne

Il s'agit selon moi de l'enjeu plus important. Les élargissements ont fait prendre conscience aux Européens de plusieurs problèmes identitaires. Quels sont :
-les enjeux de l’Europe à construire ?
-la nature de cette Europe ?
 -les objectifs qu’on se fixe ?
-ses frontières ?

Drapeau-UE-copie-2.JPGAvec les derniers élargissements qui, je le pense, étaient nécessaires, l’Europe a pris le risque de croître trop rapidement, en masse et surtout sans approfondissement politique, ce qui a contribué à diluer l’ambition européenne et de perdre de vue les objectifs des Pères fondateurs.

 

On voit la crise d’identité européenne tous les jours dans une série de conflits :
-
sur le pacte de stabilité ;
-sur le montant et la structure du budget européen ;
-sur l’évolution de la parité euro-dollar et le statut de la Banque Centrale Européenne ;
-sur les conditions de l’élargissement de 2004, 2007 et à venir ;
- et, bien sûr, sur la Guerre d’Irak qui, à mes yeux, a été un déclic.

On assiste en définitive depuis 7 ans (puisque toutes ces divergences ont éclatées au grand jour à Nice en l’an 2000) à une crise du projet européen en général, un immobilisme européen. La manifestation de cette crise est visible chez les grands comme chez les petits États, anciens ou nouveaux. Les difficultés tournent autour de deux problèmes essentiels : la question de l’affirmation de l’identité européenne (et d’abord de la définir), et la question de l’autonomie de l’Union au niveau international.


Thomas Liverani
par Moselle d'avenir publié dans : Europe
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Jeudi 25 octobre 2007
Les choix politiques mis en œuvre aux niveaux national et européen devraient favoriser le dynamisme. Pour relever le défi de la mondialisation, pour en faire une mondialisation de solidarité plutôt que de précarité.

LES BESOINS :

- Nous avons besoin d’actions européennes fortes et coordonnées dans ces domaines clés du futur que sont la recherche, l’éducation, la formation, l’innovation, où nous prenons du retard.

 

Nous avons besoin d’anticiper socialement et économiquement les mutations. Nous avons besoin que les décisions adéquates, notamment financières, soient prises. Ce n’est pas le cas;

 

- L'Union Européenne reste beaucoup trop timide dans ses actions d’innovation. Elle laisse se développer en son sein et au dehors le dumping social, fiscal et environnemental. Elle cultive les discours et prend du retard. Il en est de même au niveau national malgré certaines initiatives utiles comme les pôles de compétitivité;

 

L’Europe doit retrouver sa double dimension solidaire et protectrice. C’est sur cette base qu’elle s’est construite. C’est en termes de progrès et de protection que nos concitoyens nourrissent un espoir européen. Cela suppose des changements fondamentaux par rapport aux orientations actuelles :

  • Une autre politique monétaire que celle de la Banque Centrale Européenne qui, avec sa marotte de l’euro cher, condamne Airbus et beaucoup d’entreprises, dont l’automobile ou la chimie, à produire hors zone euro;
  • Une autre politique de la concurrence, qui devrait encourager les champions européens au lieu de les ignorer ou de les pénaliser;
  • Une autre attitude envers nos partenaires extérieurs, afin d’aider leur développement mais d’inclure désormais dans les discussions commerciales la question des normes environnementales, celle des standards sociaux et des parités monétaires. 


Drapeau-UE.JPG

CE QUE PROPOSE LE MINI TRAITE DE LISBONNE :

Il y a des points négatifs et des points positifs. Commençons par ces derniers :

 

- Un président sera nommé pour 2 ans ½  et au maximum 1 fois. En supprimant les présidences tournantes cela garantira une plus grande stabilité politique.

 

- Le Parlement qui aura un champs de compétence renforcé, décidera sur d’avantage de sujets.

 

- Sur 51 nouveaux domaines (justice, police, économie…) les majorités seront qualifiées (55% d’Etats représentants 65% e la population). Fin du vote à l’unanimité et par conséquent des blocages.

 

- Politique étrangère plus lisible par la nomination d’un haut représentant.

 

… mais je constate au moins 2 régressions : 

 

- La Commission européenne aura à partir de 2014, plus que 18 commissaires au lieu de 27 actuellement. En conséquent, la France risque de ne plus en avoir du tout !

 

- Le Parlement sera bloqué à 751 adhérents : cela ralentira l’adhésion de nouveaux pays, ou pire, si il y de nouvelles adhésions fera diminuer le « poids » de nos euro députés car moins nombreux.


 

EN CONCLUSION…

 

On retrouve là, qu’on le veuille ou non, certains débats qui ont accompagné la décision du peuple français lors du vote sur la Constitution européenne. Je suis pour ma part un Européen convaincu ; précisément à cause de cela, je maintiens qu’il faut relancer et réorienter l’Europe, non vers une dérive encore plus libérale, non vers une Europe forteresse, mais vers une Europe qui protège en même temps qu’elle progresse.

 

Une Europe ouverte, pas une Europe offerte. Une stratégie industrielle de réciprocité, pas de naïveté. Nous en sommes loin avec ce mini traité !

                                                                                                                      Matthieu Schmidt

par Moselle d'avenir publié dans : Europe
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Lundi 22 octobre 2007
A l’heure du ficelage du nouveau traité européen, en l’occurrence Lisbonne, il serait intéressant de faire un point sur ce qui existe déjà et sur ce qui risque de changer.

  

 

J’ai décidé de traiter le sujet en deux parties :

 

-la première sera consensuelle, et aura vocation à faire un bilan explicatif;

-la seconde sera un peu polémique puisqu’elle évoquera le traité de Lisbonne. Je dis un peu plus polémique parce que nous savons que depuis aujourd’hui Ségolène Royal soutient son adoption, et, tous les socialistes ne partagent pas sa position. Je ferai part ma position (tout en restant objectif) en pesant le pour et le contre.

 

Tout d’abord, deux raisons majeures expliquent le volonté de faire l’Europe après 1945 :

 

-une raison politique : assurer la paix en Europe; 

-une raison économique : une Europe unie devient une puissance économique et commerciale; 

 

 

Un bref historique et le fonctionnement : 


Les grandes dates :
 

-1957 : traité de Rome; 

-1979 : institution de l’ECU et élection du Parlement européen au suffrage universel; 

-1993 : institution du Grand Marché européen; 

-1999 : lancement de l’euro, monnaie européenne.

 

Le fonctionnement :

 

 

Sommet chefs d’Etat et de gouvernement

Conseil des ministres

Commision européene
                 (Bruxelles

Exécutif

Pouvoir monétaire  

Banque centrale européenne (Francfort

 

 

Judiciaire : Cour de Justice (Luxembourg)

 


      Législatif

Parlement européen (Strasbourg)

 

 

 

  • Le sommet de chefs d’Etat ou de gouvernement est l’instance décisionnelle suprême.
  • Le conseil de ministres prend les décisions pratiques;
  • La commission de Bruxelles est l’organe exécutif;
  • Le Parlement vote le budget;
  • La Cour de justice de Luxembourg traite les litiges. 

 

 

Les réalisations et succès de l’Europe :
 

La PAC :

 

- Elle permet l’auto approvisionnement grâce à une très forte progression de la production de la productivité. L’UE est la deuxième puissance agricole derrière les Etats-Unis;

 

- Elle a entraîné également une élévation forte du niveau des agriculteurs;

 

- En revanche, elle n’a pas su lutter contre certaines dérives productivistes qui ont débouchés sur des situations difficiles à gérer au niveau européen  (cas de la vache folle ou fièvre aphteuses).

 

Cette PAC est remise en cause depuis 1998. 

 

Le Grand Marché depuis 1993 :

 

Depuis 1968, l’union douanière permet aux marchandises de circuler sans que ne soient payés des droits de douane à l’intérieur de l’Europe.

 

Un TEC (tarif extérieur commun) protège la communauté à l’extérieur de ses frontières.

 

Depuis 1993 et l’application du Grand Marché, les marchandises, les services, les capitaux et les hommes circulent librement en Europe, même si certaines restrictions ne sont pas encore levées.

  

L’aide aux pays en développement :

 

L’UEM a institué une aide originale vis-à-vis des pays ACP (Africa, Caraîbes, Pacifique) par des accords réguliers, depuis celui de Yaoundé en 1963 puis ceux de Lomé. L’Europe favorise ainsi le développement des exportations des ACP qui entrent en franchises dans l’UEM et stabilise leurs recettes par des garanties financières (le Stabex).

  

L’union monétaire :

 

Il n’y a pas grand-chose à dire, tout le mode sait de quoi il en retourne.

 

Les autres réalisations :

 

-Un embryon de politique régionale;

-L’Europe bleu de la pêche;

-Le rapprochement des législations.

 

  

Les insuffisance et échecs de l’Europe :

 

-Dans le domaine politique, l’unité n’existe pas;

-Dans le domaine économique, les approches des politiques économiques sont, souvent divergentes. Un rapprochement fiscal est prioritaire;

-Dans le domaine monétaire, une Europe à deux vitesses semble de dessiner : l’Euroland et les out;

-L’Europe « sociale » a longtemps été absente et paraît difficile à mettre en œuvre;

-Dans le domaine culturel, les langues restent un grand obstacle;

-Dans le domaine culturel, les langues restent un grand obstacle.

 

  

CONCLUSION :

 
La constitution d’une culture commune, mode de vie et de pensée, est à la base de la réussite de cette union.

 

 

                                                                                                          Matthieu Schmidt

 

par Moselle d'avenir publié dans : Europe
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