En matière d’affaires internationales, deux éléments peuvent permettre de juger de la pertinence de la politique qui est poursuivie. Tout
d’abord, il s’agit de savoir si la politique menée se base sur une « philosophie » cohérente qui permet de donner du sens et de rendre lisibles l'ensemble des actions
entreprises. Il s’agit ensuite de juger cette politique à l’aune de son efficacité, de sa capacité « performatrice » à passer des paroles aux actes. Appliquons ainsi cette
méthode, relativement simple et qui ne remet pas en cause les postulats qui fondent son action, du gouvernement actuel.
Soyons diplomates : c'est un bordel monstre !
Commençons par la lisibilité. Ne revenons même plus sur les propos tenus pendant la campagne présidentielle, tellement le fossé entre la vision qui y a été entretenue et celle qui s’est déployée depuis l’arrivée au pouvoir est immense. De toutes façons, cette vision, héritée des pires préceptes néo-conservateurs (que l’on retrouve chez certaines penseurs de « gauche » également), qui consistent à ériger les droits de l’homme en nouvelle religion, procède d’une vision impérialiste et occidentalo-centrée des relations internationales qu’aucun socialiste internationaliste ne pouvait partager. Ségolène Royal s’est d’ailleurs et à juste titre, bien garder de surenchérir dans ce domaine.
Ladite Realpolitik, en tant que capacité à réifier les relations internationales et à ne pas en faire une matière éthérée n’est pas à rejeter, bien au contraire. Cependant, la Realpolitik ne
doit pas être une doctrine. Elle se déploie d’elle-même, à plus forte raison dans la mesure où la mondialisation l’a profondément renforcée. Le problème fondamental de la politique
internationale actuellement poursuivie, c’est qu’elle est un mélange entre un amateurisme consternant et une tentative permanente de justification d’elle-même par le prétendu rattachement au
réel face aux « vierges effarouchées » droits de l’hommistes, dont Sarkozy se réclamait pourtant quand il était candidat. Mais qui est aujourd’hui capable d’analyser précisément ce
qui a été fait par le pouvoir actuel dans le domaine des affaires étrangères ?
- Concernant l’Afrique ? Qui faut-il croire entre Bockel, Guerbi, Joyandet, Kouchner et autres quand certains vous expliquent qu’il faut en finir avec la Françafrique, d’autres que l’amitié avec le Gabon (et Omar Bongo) est indéféctible, d’autres encore qu’ « il n’y aura plus d’intervention militaire au Tchad » alors que Idriss Déby ne survit que grâce à la présence « européenne » en réalité aux trois quarts française ?
-
Concernant la relation avec les Etats-Unis ? D’aucun, y compris au PS, souhaite voir en Sarkozy
un « atlantiste intégral ». Comme dans beaucoup de domaines, l’atlantisme sarkozyen tient en peu de choses, de haute volée évidemment. Il
aime effectivement à répéter que puisque « ses enfants (sic) écoutent de la musique américaine, regardent des séries américaines et mangent américain », il ne voit pas pourquoi nous ne
rapprocherions pas des Américains. Sarkozy est en revanche entouré d’atlantistes convaincus, dont Jean-David Levitte est le principal porte-parole. Mais même son atlantisme n’est pas lisible,
compréhensible. Sa démonstration de ce week-end avec Bush, se plaisant à échanger ses « convergences » avec le pire chef d’Etat que les Etats-Unis aient porté témoigne simplement de
sa fascination pour un modèle américain fantasmé, voire de sa volonté de "provoquer" délibérèment, qui finalement n'a même rien à voir avec la Realpolitik.
- Concernant le Liban et la situation au Proche-Orient ? Sarkozy a pu tenir des propos excessivement pro-israëliens, mais il a pu aussi dire tout et son contraire aussi bien sur le Liban que la Syrie. Pendant la campagne électorale, lorsque Ségolène Royal a rencontré un leader du Hezbollah, il n’a pas hésité à parler de « ne pas vouloir serrer, pour sa part, la main de Hitler ». Lors de son dernier déplacement, il a pourtant rencontré un leader équivalent sans que cela ne l’ait vraisemblablement gêné. Ne parlons pas de son évolution de vue sur la Syrie, souhaitant dans un premier temps « casser » la jurisprudence chiraquienne sur ce sujet (surtout marquée par la fidélité à la famille Hariri du précédent chef de l’Etat) puis revenant totalement en arrière avant de céder aux sirènes à nouveau de la prétendue « Realpolitik » en invitant le Président Bachar el-Assad au défilé du 14 juillet.
Le pire dans cette politique, c’est qu’elle se croit «forte », capable de réinstaller la France sur le devant de la scène internationale alors qu’elle n’est qu’un moyen d’accélérer la
liquidation de la place de la France dans le concert des nations.
La culture du résultat étrangère à notre politique
étrangère
Cela fait maintenant plus d’un an que cette politique a été mise en place. Les premiers « résultats » sont donc présents. Puisque Sarkozy et son gouvernement ne cessent de répéter
qu’ils ne souhaitent qu’être jugés par la mesure de leur efficacité, allons-y. Le bilan est accablant :
- La réception absolument délirante de Kadhafi en France a-t-elle eu le moindre succès ?
o
Comme l’avait révélé Libération, les prétendus « grands contrats » signés (10 Mds avaient été évoqués) n’étaient en réalité (en dehors de 300 M€ fermes) pour la plupart des bouts
de papier, ou des contrats déjà signés (Airbus pour 2 Mds €) ;
o Surtout, au-delà de la diplomatie économique, qui reste néanmoins nécessaire, l’inefficacité diplomatique générale de cette initiative est dramatique. Le Guide lybien a effectivement tenu des propos extrêmement durs il y a quelques jours à l’encontre de l’Union méditerranéenne, alors que ce déplacement en France était avant tout fait pour lui faire accepter le principe d’une adhésion de la Libye à cette initiative présidentielle. On peut même légitimement se demander si Kadhafi aurait tenu des propos aussi durs s’il n’y avait pas eu cet accueil fastueux en France. Notre pays est effectivement apparu faible, quasiment quémandeur en accordant tant d’entregent pour accueillir une personnalité, qui malgré les réelles avancées qu’elle a pu effectivement réaliser ces dernières années, reste un personnage responsable de plusieurs attentats meurtriers et incapable de créer un Etat de droit ;
- Concernant
l’Afrique, quel est le poids repris par la France sinon celui du discrédit total,
tellement les annonces ont pu être contradictoires, du discours honteux de Dakar à la remise en cause de la Francafrique et des accords militaires bilatéraux avant de revenir
serrer la main de Bongo et d'aider Déby ?
- Reprenons enfin le lamentable spectacle infligé par la gestion du dossier tibétain. Il était quasiment impossible, et cela le reste aujourd’hui, pour toute personne sensée, de tenter de discerner la position officielle française. Il semble pourtant qu’une voie plus que médiane pouvait être trouvée entre les éructations de Mélenchon et la bisounourserie des amateurs inconditionnels du dalaï-lama. Sarkozy a été totalement incapable de la définir et en définitive, alors que d’autres pays (Allemagne, Grande-Bretagne notamment) ont pris une position claire, franche et relativement dure, on a eu le pire : une absence de vision et de message à délivrer et dans le même temps une incompréhension de la part des Chinois qui ont lancé des boycotts de produits français qui ont réellement menacé certaines de nos positions. A montrer ses faiblesses, on encourage les autres à s’en saisir.
Dans tous ces dossiers, la France s’est en général totalement décridibilisée. Sarkozy se plaint du « traitement » que lui réserverait la presse française. Il ferait bien de lire la presse étrangère et de se rendre compte à quel point la moindre de ses paroles, le plus petit engagement qu’il prend sont désormais (mais l’ont-ils seulement été ?) totalement dépourvus de portée.
Sous couvert de prétendu « efficacité » la politique internationale menée est un concentré de l’inefficacité, de l’impréparation et de la désinvolture sarkozyste. Nous ne devons pas chercher à plaquer trop vite de modèles sur la façon dont Sarkozy et son gouvernement mènent leur politique internationale. Cela complexifie d’ailleurs la façon de s’y attaquer mais démontrent une fois de plus, du chemin que nous aurons à parcourir pour remédier aux profonds dégâts que ce quinquennat continue d'infliger à la simple crédibilité de la France.ajouter un commentaire commentaires (1) recommander
