Mercredi 18 juin 2008

En matière d’affaires internationales, deux éléments peuvent permettre de juger de la pertinence de la politique qui est poursuivie. Tout d’abord, il s’agit de savoir si la politique menée se base sur une « philosophie » cohérente qui permet de donner du sens et de rendre lisibles l'ensemble des actions entreprises. Il s’agit ensuite de juger cette politique à l’aune de son efficacité, de sa capacité « performatrice » à passer des paroles aux actes. Appliquons ainsi cette méthode, relativement simple et qui ne remet pas en cause les postulats qui fondent son action, du gouvernement actuel.

Soyons diplomates : c'est un bordel monstre !


Commençons par la lisibilité. Ne revenons même plus sur les propos tenus pendant la campagne présidentielle, tellement le fossé entre la vision qui y a été entretenue et celle qui s’est déployée depuis l’arrivée au pouvoir est immense. De toutes façons, cette vision, héritée des pires préceptes néo-conservateurs (que l’on retrouve chez certaines penseurs de « gauche » également), qui consistent à ériger les droits de l’homme en nouvelle religion, procède d’une vision impérialiste et occidentalo-centrée des relations internationales qu’aucun socialiste internationaliste ne pouvait partager. Ségolène Royal s’est d’ailleurs et à juste titre, bien garder de surenchérir dans ce domaine.


Ladite Realpolitik, en tant que capacité à réifier les relations internationales et à ne pas en faire une matière éthérée n’est pas à rejeter, bien au contraire. Cependant, la Realpolitik ne doit pas être une doctrine. Elle se déploie d’elle-même, à plus forte raison dans la mesure où la mondialisation l’a profondément renforcée. Le problème fondamental de la politique internationale actuellement poursuivie, c’est qu’elle est un mélange entre un amateurisme consternant et une tentative permanente de justification d’elle-même par le prétendu rattachement au réel face aux « vierges effarouchées » droits de l’hommistes, dont Sarkozy se réclamait pourtant quand il était candidat. Mais qui est aujourd’hui capable d’analyser précisément ce qui a été fait par le pouvoir actuel dans le domaine des affaires étrangères ?

 

-       Concernant l’Afrique ? Qui faut-il croire entre Bockel, Guerbi, Joyandet, Kouchner et autres quand certains vous expliquent qu’il faut en finir avec la Françafrique, d’autres que l’amitié avec le Gabon (et Omar Bongo) est indéféctible, d’autres encore qu’ « il n’y aura plus d’intervention militaire au Tchad » alors que Idriss Déby ne survit que grâce à la présence « européenne » en réalité aux trois quarts française ?

-         Concernant la relation avec les Etats-Unis ? D’aucun, y compris au PS, souhaite voir en Sarkozy un « atlantiste intégral ». Comme dans beaucoup de domaines, l’atlantisme sarkozyen tient en peu de choses, de haute volée évidemment. Il aime effectivement à répéter que puisque « ses enfants (sic) écoutent de la musique américaine, regardent des séries américaines et mangent américain », il ne voit pas pourquoi nous ne rapprocherions pas des Américains. Sarkozy est en revanche entouré d’atlantistes convaincus, dont Jean-David Levitte est le principal porte-parole. Mais même son atlantisme n’est pas lisible, compréhensible. Sa démonstration de ce week-end avec Bush, se plaisant à échanger ses « convergences » avec le pire chef d’Etat que les Etats-Unis aient porté témoigne simplement de sa fascination pour un modèle américain fantasmé, voire de sa volonté de "provoquer" délibérèment, qui finalement n'a même rien à voir avec la Realpolitik.

-   Concernant le Liban et la situation au Proche-Orient ? Sarkozy a pu tenir des propos excessivement pro-israëliens, mais il a pu aussi dire tout et son contraire aussi bien sur le Liban que la Syrie. Pendant la campagne électorale, lorsque Ségolène Royal a rencontré un leader du Hezbollah, il n’a pas hésité à parler de « ne pas vouloir serrer, pour sa part, la main de Hitler ». Lors de son dernier déplacement, il a pourtant rencontré un leader équivalent sans que cela ne l’ait vraisemblablement gêné. Ne parlons pas de son évolution de vue sur la Syrie, souhaitant dans un premier temps « casser » la jurisprudence chiraquienne sur ce sujet (surtout marquée par la fidélité à la famille Hariri du précédent chef de l’Etat) puis revenant totalement en arrière avant de céder aux sirènes à nouveau de la prétendue « Realpolitik » en invitant le Président Bachar el-Assad au défilé du 14 juillet.


Le pire dans cette politique, c’est qu’elle se croit «forte », capable de réinstaller la France sur le devant de la scène internationale alors qu’elle n’est qu’un moyen d’accélérer la liquidation de la place de la France dans le concert des nations. 

La culture du résultat étrangère à notre politique étrangère

Cela fait maintenant plus d’un an que cette politique a été mise en place. Les premiers « résultats » sont donc présents. Puisque Sarkozy et son gouvernement ne cessent de répéter qu’ils ne souhaitent qu’être jugés par la mesure de leur efficacité, allons-y. Le bilan est accablant :

-         La réception absolument délirante de Kadhafi en France a-t-elle eu le moindre succès ?

o     Comme l’avait révélé Libération, les prétendus « grands contrats » signés (10 Mds avaient été évoqués) n’étaient en réalité (en dehors de 300 M€ fermes) pour la plupart des bouts de papier, ou des contrats déjà signés (Airbus pour 2 Mds €) ;

o       Surtout, au-delà de la diplomatie économique, qui reste néanmoins nécessaire, l’inefficacité diplomatique générale de cette initiative est dramatique. Le Guide lybien a effectivement tenu des propos extrêmement durs il y a quelques jours à l’encontre de l’Union méditerranéenne, alors que ce déplacement en France était avant tout fait pour lui faire accepter le principe d’une adhésion de la Libye à cette initiative présidentielle. On peut même légitimement se demander si Kadhafi aurait tenu des propos aussi durs s’il n’y avait pas eu cet accueil fastueux en France. Notre pays est effectivement apparu faible, quasiment quémandeur en accordant tant d’entregent pour accueillir une personnalité, qui malgré les réelles avancées qu’elle a pu effectivement réaliser ces dernières années, reste un personnage responsable de plusieurs attentats meurtriers et incapable de créer un Etat de droit ;

 

-      Concernant l’Afrique, quel est le poids repris par la France sinon celui du discrédit total, tellement les annonces ont pu être contradictoires, du discours honteux de Dakar à la remise en cause de la Francafrique et des accords militaires bilatéraux avant de revenir serrer la main de Bongo et d'aider Déby ?

-   Reprenons enfin le lamentable spectacle infligé par la gestion du dossier tibétain. Il était quasiment impossible, et cela le reste aujourd’hui, pour toute personne sensée, de tenter de discerner la position officielle française. Il semble pourtant qu’une voie plus que médiane pouvait être trouvée entre les éructations de Mélenchon et la bisounourserie des amateurs inconditionnels du dalaï-lama. Sarkozy a été totalement incapable de la définir et en définitive, alors que d’autres pays (Allemagne, Grande-Bretagne notamment) ont pris une position claire, franche et relativement dure, on a eu le pire : une absence de vision et de message à délivrer et dans le même temps une incompréhension de la part des Chinois qui ont lancé des boycotts de produits français qui ont réellement menacé certaines de nos positions. A montrer ses faiblesses, on encourage les autres à s’en saisir.  

 

Dans tous ces dossiers, la France s’est en général totalement décridibilisée. Sarkozy se plaint du « traitement » que lui réserverait la presse française. Il ferait bien de lire la presse étrangère et de se rendre compte à quel point la moindre de ses paroles, le plus petit engagement qu’il prend sont désormais (mais l’ont-ils seulement été ?) totalement dépourvus de portée.

Sous couvert de prétendu « efficacité » la politique internationale menée est un concentré de l’inefficacité, de l’impréparation et de la désinvolture sarkozyste. Nous ne devons pas chercher à plaquer trop vite de modèles sur la façon dont Sarkozy et son gouvernement mènent leur politique internationale. Cela complexifie d’ailleurs la façon de s’y attaquer mais démontrent une fois de plus, du chemin que nous aurons à parcourir pour remédier aux profonds dégâts que ce quinquennat continue d'infliger à la simple crédibilité de la France.

John_G
par Moselle d'avenir publié dans : International
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Dimanche 9 décembre 2007
 

La réalité dépasse la (mauvaise) fiction. Les écarts de discours entre Nicolas Sarkozy candidat et Nicolas Sarkozy Président étaient déjà nombreux, mais cette fois-ci, le spectacle donné dépasse l'entendement. Non seulemement Nicolas Sarkozy renie totalement ses engagements de campagne mais il s'enfonce délibérément dans une démarche quasi autistique de défense et même de promotion de l'indéfendable.


Nicolas Sarkozy recevra effectivement le "Guide" lybien Kadhadfi en visite d'Etat (soit le plusKadhafi---Sarkozy.JPG haut rang protocolaire) à compter de demain. Malgré les remarques légitimes de l'opposition socialiste en France, les messages d'étonnement envoyés par nos partenaires européens et américains, Nicolas Sarkozy non seulement persiste mais signe : "Je suis très heureux de recevoir Mouammar Kadhafi à Paris". Une réelle complicité semblait même se créer entre les deux hommes, Sarkozy n'hésitant même pas à s'adresser en lui comme à n'importe quel autre chef d'Etat.

Or, que déclarait ce grand homme devenu "fréquentable" par la promesse de quelques contrats le même jour ?
-
"Les superpuissances ont violé la légitimité internationale, le droit international et les Nations unies, et ont exécuté leurs décisions en dehors de ce cadre et donc il est normal que les faibles aient recours au terrorisme";
-  "Le Conseil de sécurité de l'ONU a imposé une dictature"
et encore quelques autres...

 

Légitimation du terrorisme dont la France a été victime notamment en 1995, dictature dont la France (l'un des cinq membres permanents) serait l'un des acteurs, voilà les messages pleins d'humanité que le Guide Suprême de Lybie apporte en France à notre compréhensif Président de la République.


Irreal Politik

Pourtant, contrairement à ce que certains zélotes du sarkozysme ambiant pourraient penser, il ne s'agit pas ici de faire le procès de la Realpolitik, que le candidat Sarkozy avait pourtant dressé : "elle fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats" (Strasbourg, novembre 2006). La Realpolitik peut effectivement s'appliquer dans une certaine mesure, l'"idéalisme ou le pacifisme bêlant" comme le dit Pierre Moscovici ne sont pas non plus deux horizons souhaitables. En revanche, cette fois-ci, on dépasse tout à fait les limites de cette définition réaliste de la politique internationale. Au-delà des concessions absolument grotesques que l'on a faites à Kadhafi (rencontrer - sic - 200 Françaises "musulmanes", installer sa tente dans l'enceinte de l'hôtel Marigny, délégation pléthorique...) et que l'on refuse même au Président des Etats-Unis, comment ne pas au moins exprimer une condamnation ferme suite aux propos inqualifiables qu'il vient de tenir ? Comment croire à sa volonté réelle de se réinsérer dans le concert des Nations (seul argument "justifiant" sa visite) quand on prononce un tel discours ?


Les justifications de trop


Face à un tel embarras, on a tout entendu ce week-end pour légitimer cette invitation, du faux bon sens à la remarque ouvertement grotesque ou dangereuse :

1. Et les contrats, ma bonne dame !


On parle de quelques avions et d'une éventuelle centrale nucléaire. Rien de chiffré, rien de précis. Bien évidemment, concernant l'aéronautique en tout cas, la France ne va pas délibérèment rejeter ces commandes. Mais il est proprement inqualifiable d'avoir entendu plusieurs responsables de l'UMP déclarer tout au long du week-end, que vu l'état des finances de la France, ces commandes étaient les bienvenues et qu'elles nécessitaient que l'on se taise sur tout. Tout d'abord, ces commandes ne règlent même pas le problème du commerce extérieur français (avant tout créé par le déficit de R/D et le manque de PME exportratrices) mais en outre cet aveuglement ne garantit en rien les commandes futures.

Kadhafi-Sarkozy-2.JPGL'Allemagne est la première puissance exportatrice mondiale. Ses exportations vers la Chine notamment sont d'un montant plus de dix fois supérieur à celui de la France. Cela n'a pas empêché la chancelière Angela Merkel de tenir un discours extrêmement ferme avec la Chine (elle va même recevoir le Dalaï-lama). Elle en a d'ailleurs encore fait la démonstration ce week-end avec le président du Zimbabwe, Robert Mugabe. L'argument des contrats est donc doublement mensonger : sur l'impact réel de ces contrats tout d'abord et le rôle que joue véritablement le Président de la République dans la conclusion de ces mêmes contrats ; sur son opposition catégorique ensuite avec tout discours établissant des principes clairs de respect des droits de l'homme.

 
A titre de démonstration par l'exemple, en dépit de tout le faste déployé pour recevoir Kadhafi, ce dernier a écarté cette demaine GDF et Total de l'attribution de quatre nouveaux périmètres d'exploration gazière au profit notamment de Shell ou de Gazprom.

2. La perle (un habitué) : "Les infirmières bulgares méritaient bien une visite"

On nous l'avait pourtant promis : "aucune contrepartie". Voilà donc que Jean-Pierre Raffarin, l'auteur de cette remarquable saillie, vend la mèche. Vous libérez les infirmières bulgares et je vous laisse parader librement, le jour de l'anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme, sur les Champs Elysées. Réfléchissons deux minutes. Cela signifierait-il que tout otage français vaudrait tous les renoncements ? Marulanda (le leader des FARC) peut-il être reçu officiellement en France s'il libère Ingrid Betancourt (dont nous souhaitons tous au passage la libération) ? Les preneurs d'otages, les terroristes (encensés par Kadhafi) n'ont qu'à bien se tenir. La repentance en France, on n'aime pas, et ils auront beau comme Kadhafi avoir tuer et torturer des milliers d'innocents dont les infirmières bulgares et le médecin palestinien, s'ils nous signent un petit chèque même en blanc, des comptes, des vrais, sur leurs agissements, ils n'en auront pas à rendre.


La visite est désormais et malheureusement inévitable. Mais on ne peut croire que le Guide suprême libyen soit en outre reçu à l'Assemblée Nationale, enceinte par excellence de l'exercice démocratique dont Kadhafi prive les Lybie depuis plus de 35 ans. Qu'au moins M. Sarkozy entende cette opposition qui sait être audible et refuse de l'accueillir dans cette enceinte.

Compléments :
- lien vers la vidéo du Dr Ashrat Ahmed Gomma El Hagoug lors de son audition par la Commission d'enquête sur la libération des infirmières bulgares mise en place par l'Assemblée nationale, ce médecin torturé pendant plus de sept ans a exhorté la France à ne pas recevoir le colonel Kadhafi comme un chef d'étranger "normal" ; 
- lien vers une récente déclaration incroyable de Rama Yade. A ajouter avec les propos de Kouchner, déclarant ne pas vouloir être présent au dîner d'Etat autour de Kahafi. A vrai dire, on ne l'aurait pas remarqué... Le remaniement n'est pas loin...


John_G
par Moselle d'avenir publié dans : International
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Lundi 1 octobre 2007
Ce blog n'a pas pour vocation de diffuser tels quels des articles de journaux ou des dépêches. Si nous dérogeons à ce principe, c'est que cette tribune signée par Ségolène Royal aujourd'hui dans le journal Le Monde résume parfaitement ce qu'il faut penser des premiers pas diplomatiques du Président de la République et de l'alternative que notre candidate aurait représenter. Cela rétablit également entièrement toutes les prises de position de Ségolène Royal au cours de la campagne présidentielle et témoignent, une fois de plus, de leur justesse.

Paris, le 27 août 2007, Conférence des ambassadeurs. Abordant l'épineuse question de la Turquie, Nicolas Sarkozy tient des propos qui, dans sa bouche, prennent une résonance singulière. "La France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union et la Turquie soient ouverts" dit-il devant une assistance médusée.

Sarkozy et la question turque ..
La démonstration d'un Sarkozy menteur professionnel

Le refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union semblait pourtant réglée. Association oui, adhésion non : Nicolas Sarkozy en avait fait une question de principe, lors de notre débat. Quelques mois plus tard, frappé par un principe de réalité jusqu'alors soigneusement nié, il dessine une perspective radicalement différente. La fermeture qu'il prônait se voit du jour au lendemain disqualifiée. On pense même à supprimer le referendum obligatoire préalable à une éventuelle adhésion. Pour la Turquie, tout redevient possible !

Ce revirement n'est pas isolé. 14 Juillet 2007 : les principales forces politiques libanaises dont le Hezbollah sont invitées à dialoguer à la Celle Saint Cloud, dans la résidence du ministre des Affaires étrangères. "Le Hezbollah est un acteur politique important au Liban. Il est l'une des composante du dialogue national et à ce titre, il est invité aux rencontres inter-libanaises" affirme ce jour là le porte-parole de l'Elysée. Oubliée la déclaration de Nicolas Sarkozy lors du forum de l'UMP du 12 décembre 2006 à propos d'une candidate qui avait rencontré la commission des affaires étrangères du liban en présence de l'ambassadeur de France et dans laquelle ne siégeait qu'un seul député du Hezbollah : "le fait d'être un élu ne suffit pas pour discuter. Hitler avait été élu, ça n'en fait pas un interlocuteur respectable et responsable". La polémique fut entretenue une bonne semaine : faute lourde, inexcusable, inqualifiable, méconnaissance des questions internationales, et pour tout dire, incompétence.

Et que dire du dossier iranien et de l'accès à la filière nucléaire qui inclut la maîtrise de l'enrichissement de l'uranium ? Je m'y suis toujours opposée tant que les garanties de contrôle n'étaient pas apportéesSR-Bachelet.JPG. Aujourd'hui, faute de n'avoir pas défendu cette attitude préventive et responsable, on nous exhorte par la voix du ministre des affaires étrangères à "nous préparer au pire", à la guerre, ne faisant d'ailleurs que traduire l'incroyable déclaration de Nicolas Sarkozy devant les ambassadeurs, évoquant une alternative menaçante entre "la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran".

Cette succession de retournements inspire de l'inquiétude et pose la question de la crédibilité de la parole de la France. Récemment nos partenaires se sont encore demandés s'il s'agissait d'improvisation ou de provocation lorsque le Président a fait du nucléaire civil, à la tribune des Nations-Unies "la meilleure réponse à ceux qui veulent, en violation des traités se doter de l'arme nucléaire" confondant, une nouvelle fois, l'achat d'électricité et la maîtrise de la totalité de la filière avec l'enrichissement de l'uranium qui permet, tôt ou tard, de passer du civil au militaire.

De tels revirements, soudains et imprévisibles, soulèvent des questions aujourd'hui sans réponses. Pourquoi cette navigation à vue, cette gestion erratique du dossier iranien ? Comment le Hezbollah infréquentable du mois de décembre 2006 est-il devenu l'interlocuteur acceptable du mois de juillet 2007 ? Que s'est-il passé pour que Nicolas Sarkozy change son fusil d'épaule sur la Turquie ?

A aucun moment le Président ne s'en est expliqué. A t-il péché par ignorance des contraintes internationales ? A-t-il délibérément oublié de révéler ses intentions ? Se doutait-il que certains de ses choix ne seraient pas tenables ? Si oui, pourquoi n'a t-il rien dit ? Chauffer l'opinion, donner l'apparence de la fermeté puis se dédire face aux risques d'isolement : serait-ce cela la nouvelle diplomatie de rupture ? C'est la perte de crédibilité de la France qui est en jeu aujourd'hui, et ce qui la menace c'est la banalisation de sa parole, une marginalisation très difficilement récupérable par la suite.

Dans le "concert des nations", notre pays apportait traditionnellement un contrepoint salutaire. Elle faisait entendre une musique différente, parfois mezzo voce, parfois fortissimo, mais toujours en harmonie avec deux valeurs cardinales : le sens du bien commun et l'éthique de la responsabilité qui interdisait d'utiliser la politique étrangère à des fins de politique intérieure.

Ex-Yougoslavie, Irak, Liban, Darfour, conflit israélo-palestinien : autant de théâtres sur lesquels la France récusait les fausses évidences et les manichéismes simplificateurs. A l'idéologie facile, à l'intérêt étroit, elle préférait l'analyse rationnelle des faits, ultime boussole d'un monde singulièrement complexe, ultime condition à une action crédible et respectée.

Or quel spectacle la Fra
SR-Merkel.JPGnce donne-t-elle depuis quatre mois ? En Europe, celui d'un président qui tire la couverture à lui, exaspérant nos plus fidèles partenaires et notemment l'Allemagne, ahurie par la dramatisation du dossier iranien, agacée par la récupération du traité, choquée par l'ingérence sur l'abandon du nucléaire, et blessée d'entendre Nicolas Sarkozy appeler Angela Merkel, "cette femme de l'est" ! Bourde sur bourde. En Afrique, celui d'un président qui dénonce avec brutalité ce continent comme "absent de l'histoire, empêtré dans l'éternel recommencement où jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir", pour ensuite s'afficher avec les chefs d'Etat gabonais ou libyen. Où est la cohérence, où est le message, où est la dignité ?

Au fond, seul le rapprochement avec Washington donne à la diplomatie de Nicolas Sarkozy un semblant de cohérence. A l'heure où l'Amérique remet en cause ses choix de politique étrangère, à l'heure où le rapport Baker prône une nouvelle approche fondée sur le dialogue plutôt que sur le rapport de force militaire, à l'heure où même nos amis britanniques marquent leurs distances, Nicolas Sarkozy fait le choix de l'atlantisme. C'est une décision lourde de conséquence et pourtant, là encore nulle explication, aucun débat au Parlement.

Le Président de la République serait bien avisé de se ressaisir et de s'inspirer de cette sage recommandation du rapport Védrine : amis, alliés mais pas alignés. C'est en ne cédant pas à la tentation des surenchères et de la politique spectacle que la France, dont la crédibilité est indispensable à la paix du monde, disposera d'une diplomatie forte et écoutée, avant qu'il ne soit trop tard .

Ségolène Royal
Le Monde - 1er octobre 2007
par Moselle d'avenir publié dans : International
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Vendredi 28 septembre 2007

On ne sait pas exactement quel est le nombre de morts parmi les manifestations en Birmanie mais on sait que l’agence officielle de presse birmane reconnaît qu’il y en a eu, sans doute a minima. Cela fait plus de 20 ans que cette junte militaire a pris le pouvoir dans ce pays, qu’une autre « Corée du Nord » existe sans que cela ne semble poser de problèmes à personne.

On semble redécouvrir aujourd’hui que cette junte n’hésite pas à réprimer dans le sang, et que la Aung-San-Su-Kyi.JPGrésistante Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, est en résidence surveillée.

Comme d’habitude, les sanctions maintes fois décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU se sont finalement retournées contre la population et ont servi de moyen de mobilisation par la junte des Birmans contre l’ « Occident ».

Par ailleurs, le retrait total de certaines entreprises, notamment françaises (Total) n’aurait pas d’effet, dans la mesure où leur départ serait vite compensé par l’arrivée d’autres investisseurs européens… ou chinois.

Comme dans plusieurs cas diplomatiques majeurs, le rôle de la Chine est effectivement central. C’est la Chine qui soutient le régime à bout de bras, en raison des intérêts détenus par les entreprises chinoises dans le pays. La configuration actuelle du Conseil de sécurité de l’ONU et la menace permanente de l’utilisation du veto chinois pose un problème à l’ensemble du monde, dans la mesure où cela bloque tout processus diplomatique international bénéficiant de la seule légitimité qui vaille, celle du droit international onusien.

 

Toutefois, si une réforme en profondeur de l’ONU doit être envisagée, afin notamment de procéder à une configuration du Conseil de sécurité plus en phase avec le monde actuel (représentation des autres pays émergents notamment), les pays occidentaux ont actuellement des moyens d’agir, en Birmanie bien sûr, mais aussi par extension, au Darfour par exemple.

Si la Chine est une puissance économique et militaire incontestable, le régime chinois continue à vouloir s’acheter une forme de brevet de respectabilité internationale
. L’organisation des Jeux Olympiques de 2008 à Pékin est censée lui apporter cela.

S.-Royal-Birmanie.JPG

Ségolène Royal hier à Paris aux côtés du Premier ministre birman en exil
 
Lors de la campagne électorale, on a remis en cause la volonté affichée par Ségolène Royal de boycotter ces fameux JO au cas où la Chine n’affirmait pas sa volonté claire de régler le problème du Darfour. Aujourd'hui, face à l'enlisement de la situation et du génocide qui a encore lieu, on mesure à quel point elle avait raison.

Invitée
hier par le premier ministre birman en exil et par Jane Birkin (militante soutenant la cause de Aung San Suu Kyi depuis des années), Ségolène Royal a participé à la manifestation organisée à Paris. Elle a formulé l’idée selon laquelle l’union de plusieurs pays européens, pourquoi pas par la voix du Haut représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune, M. Javier Solana, pourrait poser la question de la participation des pays démocratiques aux JO de Pékin.

Comme le reconnaît Ségolène Royal, il ne s’agit pas de faire en sorte « que ces Jeux ne se déroulent pas, mais pour que les pressions soient efficaces avant, c'est à dire qu'il y ait une forme de dissuasion (…). Si la Chine sent une détermination de la part des régimes démocratiques par rapport à une événement majeur qui est l'expression de l'échange entre les peuples, elle pourrait sans doute bouger ».

Contre ceux qui prétendent que Ségolène Royal aurait instrumentalisé cet événement, il faut rappeler que sa participation permet au contraire une plus forte médiatisation, qui est aujourd'hui malheureusement le seul moyen dont disposent les militants des droits de l'homme dans les pays occidentaux. Ségolène Royal était tout à fait à sa place dans cette manifestation et on peut regretter au contraire l'absence d'autres leaders de la gauche française.


Face à l’autisme de la junte birmane, à la volonté d’inaction de la Chine, cette question doit invariablement être posée. On s’étonne d’ailleurs du silence assourdissant du théoricien du « droit d’ingérence », par ailleurs Ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner… Cela est peut-être du au rapport très controversé rendu en 2003 sur la « bonne gestion » des ressources humaines par Total (accusé d’esclavagisme)… en Birmanie. En tout cas, comme le disait une pancarte hier dans la manifestation parisienne : «Kouchner où est ton ingérence humanitaire?».

Jonathan Gindt
par Moselle d'avenir publié dans : International
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Lundi 30 juillet 2007

L'accord nucléaire franco-libyen critiqué à Berlin

 
 

NucléaireDes responsables de la grande coalition d'Angela Merkel s'offusquent du « cavalier seul » de Nicolas Sarkozy.

Le « Style Sarkozy » met Berlin en émoi. La signature d'un accord nucléaire entre la France et la Libye a provoqué une vague de critiques sans précédent dans la classe politique allemande, au-delà des divisions partisanes. Outre le rapprochement avec Mouammar Kadhafi, qualifié de dictateur par le coprésident des Verts Reinhard Bütikofer, cet accord est perçu comme une entrave aux intérêts économiques et diplomatiques allemands, non seulement en raison de la promotion du nucléaire qu'il implique, mais aussi parce qu'il a été négocié sans avoir tenu Berlin informé.

La chancelière Angela Merkel, en vacances depuis deux jours, gardait le silence hier soir. Mais le conservateur Ruprecht Polenz (CDU), président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, a appelé la France à prendre en compte les intérêts de ses alliés. « L'accord des partenaires européens fait aussi partie du jeu, a-t-il souligné. La France doit être disposée à renforcer la politique étrangère européenne. Cela ne sera pas possible de cette façon. »

Risque de prolifération

À gauche, Nicolas Sarkozy est ouvertement accusé d'avoir pris part aux négociations pour la libération des infirmières bulgares dans l'unique but de défendre les intérêts économiques français. Le vice-président du groupe parlementaire SPD, Ulrich Kelber a taxé cette attitude de « primaire ». « On ne voit cela que chez les despotes. À côté, George W. Bush lui-même est un enfant de choeur », a-t-il dit.
De manière générale, l'interventionnisme de l'État français dans les affaires économiques est vivement critiqué. L'Allemagne est d'autant plus concernée par le dossier que le groupe industriel Siemens possède 34 % des parts d'Areva NP, chargée de fournir le nouveau réacteur à la Libye. Pour le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Gernot Erler (SPD), l'accord franco-libyen est « politiquement problématique », notamment parce qu'il augmente, selon lui, le risque de prolifération nucléaire. « C'est un domaine sensible dans lequel nous avons besoin de dialogue », a-t-il déclaré au Figaro. « Or, nous constatons que Nicolas Sarkozy choisit plutôt une approche unilatérale. »
 
Lors de sa première visite en Allemagne en tant que chef de l'État, Nicolas Sarkozy avait qualifié les relations franco-allemandes de « sacrées ». Pour certains, l'attitude du président semble désormais manquer de cohérence. « Se rendre en Libye le jour de la libération des infirmières bulgares pour annoncer une telle décision, sans en avoir informé son partenaire le plus proche, est un style que je n'estime pas », a déclaré au Figaro la vice-présidente du groupe parlementaire SPD, Angelica Schwall-Düren.
 

L'élue regrette que Tripoli ne s'implique pas plus dans l'énergie solaire. La question du nucléaire prend une dimension particulière en Allemagne. Le pays s'est engagé à sortir de l'atome à l'horizon 2020, selon un accord signé par le gouvernement Schröder et repris dans le contrat de l'actuelle coalition.

Source : Le figaro.fr

par Moselle d'avenir publié dans : International
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Mercredi 25 juillet 2007

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Elles sont libres, fini leur calvaire même si elles ne sont pas au bout de leur douleur:  On s'en réjouit.

 


Par contre, je reste circonspect sur la manière dont cela s'est passé et sur la place de Cécilia Sarkozy
. Devant la levée de boucliers de la gauche, des messieurs bien mis nous ont expliqué hier soir que la gauche en était toujours avec ses vieilles lunes...que le monde a changé et que les choses ne se traîtent plus avec la diplomatie de papa. Oui. Mais sous ptétexte que tout a changé, peut-on accepter tout et n'importe quoi ? Sûrement pas, sinon nous finirions par être dans l'arbitraire. Et le grand gagnant de cette affaire est Kadhafi, il a réussi à attirer suffisamment d'Européens pour pouvoir ne plus se sentir au banc des nations

 

Il reste que j'ai tout entendu:
 - Nicolas Sarkozy, flanqué de trois potiches à l'air absent et à l'air défait, surtout chez le Ministre des Affaires Etrangères, nous a expliqué que Cécilia était partie là-bas pour des raisons purement humanitaires...

- Le porte parole de l'Elysée fait son compte rendu et dit que "Cécilia est resté deux heures en tête à tête avec Kadhafi"  (tiens...personne d'autre n'en a parlé...Mme Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne raconte que ce fut une négociation âpre, où jusqu'à la dernière minute on ne savait pas si ça marcherait, elle ne parle pas d'un tête à tête entre  Kadhafi et Cécilia, pas plus que Claude Guéant d'ailleurs. Pour moi la version, officielle, c'est qu'ils sont toujours resté ensemble...ou alors quelqu'un ment.

Cécilia qui, selon son mari, n'était là que pous de l'humanitaire et qui a participé à ces négociations, et du moment qu'elle n'a pas de mandat électif, à moins qu'elle soit la Ministre des Affaires étrangères du "Shadow cabinet" de Sarkozy, devrait au moins être entendue par la commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée... que la représentation nationale soit au moins au courant de ce qui a été discuté et accordé par la France à la Lybie.

Nicolas Sarkozy dit que la France n'a rien accordé, aucune compensation en argent pas plus que l'Europe...ah bon? N''oublie-t-il pas de nous dire que l'Emir du Qatar leur a servi de banquier, car il peut plus rapidement débloquer des fonds que dans nos grosses machines à finances...mensonge ou demi vérité...parce qu'un prêt, ça se rembourse !

Pour terminer je ne résiste pas de vous citer quelques lignes de Philippe Waucampt, éditorialiste du Républicain Lorrain, journal de droite,

"Après le style gourmé du Quai d'Orsay, (voici) le style gourmette de l'Elysée...Le nouvel occupant de l'Elysée a imposé un style en rupture non seulement avec ce qui se faisait jusqu'ici dans un pays qui n'a pourtant jamais reculé devant la singularité mais avec ce qui se pratique dans le reste du monde, exception faite -mutatis mutandis-de l'Ouganda de feu Idi Amin Dada ou...de la Lybie du pittoresque Maoummar Kadhafi. En diplomatie, il y a désormais la griffe Sarkozy, alliant fébrilité, personnalisation extrême et capitalisation du travail d'autrui: cette stratégie du coucou consistant à faire couver ses propres oeufs par les autres, qui au bout du compte, finissent pas se faire éjecter du, nid...La nouvelle diplomatie française s'est installée sans prévenir sur un terrain largement labouré par Tony Blair et la commisssaire européenne Bénita Ferrero-Waldner, qui avait grincé des dents après la première venue de Cécilia...
Autant par sa stratégie de l'ubiquité, le nouvel occupant de l'Elysée est dans son rôle sur la scène nationale, puisqu'il cherche, par mimétisme, à rendre son dynamisme au pays; autant il commence à indisposer le reste de l'Europe en tirant obstinément la couverture à lui. Les Allemands ne sont pas les derniers agacés par cette prétention à jouer le nationalisme économique dès que ça nous arrange et à utiliser l'Europe chaque fois que cela nous est utile. A continuellment tirer les marrons du feu, certains pourraient finir par se brûler les doigts."               

                                                        Norbert Borr

par Moselle d'avenir publié dans : International
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