La récente polémique opposant Ségolène Royal à l’UMP mais aussi à une partie du PS au sujet de la libération d’Ingrid Betancourt et du rôle joué par Nicolas Sarkozy me paraît constituer un cas d’école des dysfonctionnements actuels du PS. Bien entendu, contrairement à d’autres camarades, je postule que Ségolène Royal n’est pas (du tout) « le » problème du PS et que toute la discussion ne consiste donc pas à dire que l’ancienne candidate à la présidentielle est seule fautive de la polémique qu’ont suscité ses propos. Il ne s’agira pas non plus de juger de l’impact politique – positif ou négatif – des déclarations de Ségolène Royal sur sa personnne dans sa course vers le Congrès du Reims mais simplement de se demander quelles sont les vérités qui éclatent – au sein du PS – à l’occasion de cette polémique.
Quelle type d'opposition : le PS n'est pas les FARC : mais
doit-on pour autant abandonner son esprit critique dans le maquis ?
De la gauche pétitionnaire à la droite ultra-catholique, tout le monde devrait avoir lieu de se réjouir de la libération d’Ingrid Betancourt. Réjouissons-en nous effectivement pour elle d’abord, pour sa famille ensuite. Ensuite, doit-on rester béats, ne pas se demander si l’on n’en a pas « trop fait », si nous n’avons pas contribué à faire monter le « prix » des autres otages quand on voit le sort que l’on a réservé à l’une d’entre-eux ? Ne doit-on pas se poser la question de la réussite de la stratégie colombienne au détriment de la voie française ? De l’implication des Etats-Unis, d’Israël ? Ne pourrait-on pas s’interroger sur une cause peut-être plus people que réellement populaire ? En d’autres termes, existe-t-il une injonction (biblique ?) à être heureux et… simple d’esprit ?
Le mythe de l'union nationale
Même en Sarkozye, les mots ont un sens et nous ne sommes pas en situation de guerre. Il n’est donc pas question d’ « union nationale » sur une question pareille ou alors faudrait-il la déclencher à tout bout de champ et remettre en cause la nécessaire pluralité démocratique tous les jours. Dans ce cas, doit-on considérer que Ségolène Royal a brisé l’ « union nationale » ou qu’elle a simplement joué le rôle de l’opposition, à savoir rappeler les faits et enjoindre le pouvoir actuel à ne pas récupérer l’événement ? Est-ce « triste et consternant » comme l’a dit le (pourtant habituellement bien mieux inspiré) député Philippe Martin de rappeler ces faits, de contourner la machine de guerre médiatique élyséenne qui de l’invraisemblable culottée Rama Yade à l’éternel sondage Le Figaro/LCI/Opinionway s’était enclenchée ? On aurait pu croire, au vu des premières déclarations et de la relative retenue présidentielle, que la récupération n’allait pour une fois pas avoir lieu. C’était sans compter dès le lendemain matin les déclarations tonitruantes et le concert de klaxons tout au long du week-end.
Les socialistes qui ont vertement critiqué les propos de Ségolène Royal se sont donc engouffrés, même si l’événement a un caractère particulier, dans l’un de leurs principaux travers depuis quelques mois : le mythe de l’union nationale. Plusieurs camarades sont souvent tentés par cette illusion sarkozyste née de la fausse ouverture. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’un des principaux critiques de S. Royal soit Jack Lang qui n’a plus rien à prouver en termes de déclarations dissonantes (avec son camp) et de sarkolâtrie parfois avérée. Non seulement l’union nationale n’a pas à exister pour ce genre d’événements mais cela met en outre complètement à mal l’un des rôles fondamentaux d’une opposition politique en démocratie : son caractère cathartique.
Le PS n’a bien sûr pas à s’opposer par principe à toute action de Sarkozy (il est d’ailleurs savoureux d’entendre un fabiusien, Philippe Martin, nous expliquer la nécessité de pas faire d’ « opposition frontale »), il doit néanmoins non seulement s’exprimer mais aussi démonter scrupuleusement les plans de communication du pouvoir. En l’occurrence, c’est exactement ce que Ségolène Royal a fait, en guise de prévention, dans la mesure où sur le fond, ses propos ne sont pas condamnables, si ce n’est à dire que Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, dont les propos sont exactement les mêmes que ceux de Ségolène Royal, est un anti-sarkozyste acharné.
Si la stratégie sarkozyste ne fonctionne pas en Colombie, elle se déroule parfaitement au PS!
Au cours des derniers jours, les principaux « ténors » de l’UMP ont rivalisé de grossièretés voire d’insultes en tout genre pour attaquer Ségolène Royal. « Petite fille dans une cour d’école » (Fillon : aurait-il pu ajouter : « qui distribue des caramels mous ? »), « enfant qui vient gâcher la fête » (de la part de Rama Yade – sic) ; « femme à l’humanité d’un bigorneau » (Estrosi)… Ni Philippe Martin ni Jack Lang n’ont jugé utile, dans les communiqués de presse qu’ils ont fait paraître instamment, de condamner la teneur des propos tenus par ces personnalités de droite à l’encontre de leur camarade de parti. S’ils avaient le droit de ne pas être d’accord avec son affirmation, ils avaient le devoir de le faire d’une autre manière, sans des qualificatifs aussi grossiers (« consternant » ou « faute morale ») et surtout en prenant la peine de regretter les insultes proférées. A ce titre, il faut toutefois remercier Christophe Caresche, Julien Dray et Pierre Moscovici d’avoir chacun de leur côté, malgré des engagements différents pour le Congrès, dénoncé les propos tenus par la droite.
Trop occupé à la guérilla interne, le PS a-t-il rendu les armes face à la droite ?
Alors que la droite donnait un spectacle, à certains égards pathétiques certes, d’union totale autour de la figure présidentielle et de sa
défense, la gauche donnait une fois de plus l’image d’un parti disloqué, où toute forme de camaraderie, de protection mutuelle face aux attaques du camp d’en face étaient bannies en échange de
petits calculs politiciens. Cette absence d’union au sein du PS est pourtant l’un des principaux reproches constamment (et à juste titre) adressé aussi bien par les militants que par les
citoyens de manière générale aux cadres du Parti. Cela ne les empêche pas de continuer et de s’enfoncer dans cette voie sans issue.
Au-delà du fait de savoir si la déclaration de Ségolène Royal était opportune ou non, nécessaire ou non, cette histoire illustre précisément ce
que le PS était pendant une partie de la campagne présidentielle et continue à être aujourd’hui, en raison de petits calculs boutiquiers et de l’esprit clanique qui y
règnent : un magnifique chèque en blanc à la droite, pourtant l’une des pires que la France ait eu à connaître.
ent de sens mais elle était fausse quand on observait de manière attentive le programme du candidat de l’UMP.
Qu’il s’agisse de mœurs (hostilité réaffirmée au mariage des couples homosexuels), d’une grande partie de la politique économique (suppression des droits de succession) ou pire encore de
politique sécuritaire et d’immigration, le programme sarkozyen n'était pas ultra-libéral mais un vrai condensé d’ultra-conservatisme. Ajoutez à cela une politique
internationale mêlant atlantisme doctrinaire et pseudo-hostilité à la Realpolitik au profit d’une diplomatie morale et vous rajouterez une petite touche de « néo-cons » (à la sauce
américaine). 
s’annoncent désormais sérieusement et malheureusement comme largement pire. Si nous avions dit une
chose de plus juste durant la campagne, c’était que l’élection de Sarkozy était « dangereuse ». Dangereuse parce qu’après les cinq dernières années de chiraquisme notamment, les
Français avaient soif de politique et l’ont démontré en mai 2007 en participant à plus de 85% au scrutin présidentiel. Cette illusion de volontarisme « politique », relayée
complaisamment par les media s’est transformée en volonté égocratique. Afin que les Français croient à nouveau en l’action politique, répondant à des critères simples de lisibilité et de
cohérence, le Parti Socialiste, seule force d’alternance, a plus que jamais besoin de se rénover pour dire dès mars 2008 que nous allons résister sur le plan local et démontrer que d’autres
politiques sont possibles. A nous aussi de faire comprendre aux Français que 10 ans (voire 17…) en 2012, ça suffira, largement.
Entre tentation de la pureté et mythe de l’union
sacrée, il semble qu’une autre voie puisse être employée par le principal parti de gouvernement alternatif au pouvoir en place qu’est le PS. Le PS, s’il peut adresser des messages de
sympathie aux mouvements sociaux qui se forment, notamment celui des fonctionnaires (au sein duquel un cortège du PS était d’ailleurs présent et bien accueilli) n’a pas vocation à se réfugier
dans le contentement du suivisme syndical. Sans s’éloigner des principes stricts de la charte d’Amiens, le PS doit davantage entendre les propositions que les simples revendications du
mouvement syndical.
A la lecture de certaines publications, textes de réflexion ou déclarations, on peut
pourtant être frappé par une ambiguïté récurrente : l’emploi indistinct des mots « marché » et « capitalisme » comme s’il s’agissait de deux
synonymes qu’il serait possible d’amalgamer, tantôt pour les assumer, tantôt pour s’y opposer.
est-elle réellement porteuse d’une plus grande efficacité, sachant qu’elle entraînera
inévitablement la transformation d’un marché monopolistique en un marché oligopolistique ?