Lundi 15 octobre 2007

 

Prenez un sujet dans lequel la situation de la France se détériore actuellement. Vous avez effectivement l’embarras du choix. Vous aurez droit à une réponse du gouvernement, avec quelques variantes : c’est la faute de Jospin [et de son gouvernement] !


Le cas le plus emblématique est celui d’EADS. Un Ministre qui se déclare objectivement incompétent, un Président et un Premier ministre aux abonnés absents, un numéro 2 du gouvernement de l’époque « frère » (politique et pas biologique) d’Arnaud Lagardère et il ne faudrait pas s’interroger.
Tout cela est du au « pacte d’actionnaires », évidemment signé par Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn.

Rappelons que dans un pré-rapport, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) a établi des délits d’initiés caractérisés de la part des principaux dirigeants d’EADS qui auraient détenu des informations confidentielles sur les retards de livraison de l’A380 et auraient lever leurs options sur le stock d’actions qu’ils détenaient, juste avant que le cours de l’action s’effondre brutalement. S'il convient de laisser la justice faire son office, revenons sur plusieurs éléments du "dossier".


Pourquoi ce pacte d’actionnaires était indispensable et qu’il ne justifie en rien les délits d’initiés incriminés

 EADS.JPG

Ce pacte d’actionnaires précisément, revenons-y. En 2000, l’aéronautique mondiale est en pleine restructuration. Malgré de véritables efforts industriels, le développement de nouvelles gammes d’aéronefs (A320 puis A340), Airbus ne parvenait pas à dépasser son éternel concurrent Boeing. En outre, l’aéronautique européenne était complètement disloquée, à la fois entre ses branches civil et militaire, mais aussi entre projets concurrents. Si la mise en place d’EADS n’a pas tout réglé, elle a tout de même permis à Eurocopter de devenir le premier vendeur d’hélicoptères au monde et aussi et surtout à Airbus de dépasser Boeing en termes de livraisons d'avions pour la première fois de son histoire en 2004.

Faire ensuite croire que le pacte d’actionnaires tel que mis en place notamment par le gouvernement Jospin est responsable des échecs d’Airbus est alors d’un grotesque achevé. Ceci étant, ce pacte a bien entendu des limites. Pourquoi ?


Le gouvernement allemand ne souhaitait pas que l’Etat soit directement représenté au sein du Conseil d’administration d’EADS. Se garantissant toutefois un droit de veto dans les sujets sensibles (notamment au niveau militaire), l’Etat français de l’époque (autrement dit aussi bien M. Jospin que M. Chirac) a donc consenti à cet arrangement afin de consolider l’aéronautique européenne. Un refus de leur part aurait signifié que les Allemands allaient s’allier avec les Britanniques (BAE) pour constituer un projet concurrent. Ce pacte d’actionnaires répondait donc à un impératif de réalisme politico-industriel évident.   

 

Le fonctionnement actuel de EADS

L'Etat français, par l'intermédiaire d'une holding, la SOGEPA, et le groupe Lagardère sont liés par un premier pacte au sein de la SOGEADE qui regroupe les participations françaises. Chacun (l’Etat-SOGEPA et Lagardère) détiennent 7,5%. La SOGEADE est elle-même liée par un autre pacte d'actionnaires (le « Participation Agreement ») à DaimlerChrysler et à la SEPI (société holding de l'Etat espagnol).


Darkstream ?

 

DDV-NS.JPGSa première stratégie de défense (accuser Jospin) ayant fait pschitt comme disait l’autre, les plus hautes autorités de l’Etat ont hésité. Ils ont commencé par attaquer l’ancien directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, Francis Mayer, qui a l’avantage… d’être décédé. M. Lagardère vient aujourd’hui de trouver le bouc émissaire par excellence : M. de Villepin. Il ne s’agit pas de défendre l’ancien Premier ministre mais simplement de rappeler plusieurs faits.

1. Le climat au sein de la direction d’EADS a été fondamentalement plombé non pas par le pacte d’actionnaires ou même par le management bicéphale franco-allemand mais bien par une rivalité purement franco-française. Pendant près de 2 ans (2003-2005), Noël Forgeard et Philippe Camus se sont livrés à une guerre sans merci pour prendre le contrôle d’EADS. Et c’est l’intervention directe du Président de la République de l’époque qui a réglé les choses. Etrange comme l’Etat peut avoir un pouvoir quand il le souhaite…


2.
EADS a été mêlé, bien malgré elle, au principal scandale politico-financier de ces dernières années, à savoir l’affaire Clearstream. Celle-ci, qui s’est transformée en affaire purement politique de guerre de succession au sein de la droite française, implique notamment Jean-Louis Gergorin, qui était, il y a un an et demi encore, vice-président du groupe EADS…


3. Aujourd’hui, Arnaud Lagardère déclare que Matignon, c’est-à-dire Dominique de Villepin, l’un des principaux protagonistes de l’affaire Clearstream, aurait eu en sa possession en février 2006 un mémo l’informant de la volonté de Lagardère de « vendre des titres EADS à la banque IXIS CIB en 2006 et de la possibilité qu'une partie soit rachetée par la Caisse des dépôts et consignations ». Alors que M. de Villepin reconnaît avoir vu cette note mais la distingue de l’opération de cession des titres à proprement parler, cela contredit les propos de M. Breton, Ministre de l’Economie et des Finances de l’époque qui précise avoir appris tout cela par la presse (ce qui avait paru au mieux... ridicule...).

 

On perçoit bien que du terrain économique, cette affaire a rapidement glissé vers les terrains boueux des guéguerres politiciennes les plus viles. On ne comprend plus grand chose dans cet embrouillamini. M. Lagardère déclare préférer être considéré comme « incompétent que comme malhonnête ». Au-delà du caractère grave de cet aveu, on paraît nager en plein délire. M. Lagardère nous explique qu’il serait tout à fait normal selon lui de privatiser les profits et de socialiser les pertes. C’est exactement ce qui s’est passé dans cette affaire. Quand M. Lagardère décide de quitter le capital d’EADS, c’est l'Etat, via la CDC, qui rachète les titres, pour un montant de 1,8 milliards d’euros. Un tiers, soit 600 millions d’euros, a été perdu en raison du délit d’initiés.

 

Un halo semble protéger M. Lagardère. Pour quelle raison ? Alors qu’il s’est déjà considéré « incompétent » et que la justice devra attribuer dans quelle mesure il a été malhonnête, il est incroyable de rappeler que M. Lagardère doit devenir dans les prochaines semaines président de la SOGEADE !

 

Il s’agit juste de finir sur ce constat établi par un député… UMP…, François Goulard : « Qui, en 2006, profite de l'opération de vente d'actions EADS? Arnaud Lagardère. Qui, en 2006, a de gros intérêts dans les médias? Toujours Arnaud Lagardère. Qui, en 2006, est le probable candidat de l'UMP à la présidentielle? Qui est un proche d'Arnaud Lagardère? ». Aucun commentaire supplémentaire ne semble nécessaire.


Au-delà des nuages

 

Au-delà de l’instruction qu’il conviendra de mener, cette affaire suscite toutefois deux questions politiquesA380-copie-1.JPG

1. Quand le rôle de l’Etat est essentiel

- La question de la capacité d’un acteur privé à être un actionnaire fidèle et sûr au sein d’une entreprise où l’horizon temporel est si lointain et les risques d’incidents de parcours dans l’organisation de la production si forts est posée. Le compétiteur Boeing qui vient de connaître des retards dans les lignes de montage du nouveau 787, ne survit à cette contradiction qu’en raison des subventions indirectes massives reçues chaque année par le gouvernement américain (estimées à 800 millions $ par an, uniquement dans la branche civile).

- En outre, lorsqu’on incrimine le pacte d’actionnaires, on met en avant non pas que l’Etat soit présent, mais précisément qu’il soit absent – directement – au conseil d’administration d’EADS. Le rôle de l’Etat au sein de ces secteurs stratégiques et par définition oligopolistiques en raison des coûts d’entrée sur le marché est donc essentiel. S’il est nécessaire que l’Etat revienne au sein du conseil d’administration, il serait indispensable qu’à l’initiative de la France, l’Union Européenne lance une offensive de clarification des règles d'intervention en la matière auprès de l’ORD (Organe de Règlement des Différends) de l’OMC.

 

2. Quand la collusion et l’endogamie exacerbées régnant au sein du capitalisme français sont générateurs de ce genre de confusions

- Comme le montre parfaitement Thomas Philippon dans Le capitalisme des héritiers, la France se caractérise par cette reproduction sociale particulièrement préoccupante au sein des élites dirigeants dans les entreprises privées. Le problème du pantouflage de certains hauts fonctionnaires doit aussi être posé et solutionné. Il est tout aussi incroyable de constater à quel point les assemblées générales d’actionnaires sont tant dépourvues de pouvoirs en France ;

- On se situe en outre dans un cas de figure encore plus grave où le Président actuel de la République est très proche de la plupart des grands patrons français. Il est donc invraisemblable que politiquement, Nicolas Sarkozy et son gouvernement continuent à évoquer une « dépénalisation du droit des affaires » alors que nous sommes face à un scandale financier majeur. Cela est d’autant plus incroyable que le droit français est pour l’instant particulièrement clément à cet égard, si l’on compare par exemple les dispositions prévues par la loi SOX (Sarbanes Oxley) aux Etats-Unis, votées après le scandale de l’affaire Enron…

 

Il y avait au moins un pilote dans ce… scandale

 

En raison de ses imbrications politico-industrielles, ce dossier est totalement nébuleux. Il serait incompréhensible qu’une commission d’enquête parlementaire, allant bien au-delà des auditions déjà effectuées par les deux Commissions des Finances du Parlement, ne soit pas lancée comme l'a réclamé François Hollande. Les mises en accusation contradictoires et politiciennes ne pourront finir par déresponsabiliser tout le monde.

Une entreprise comme EADS, fleuron français et européen a non seulement besoin de sérénité dans la concurrence internationale féroce face à Boeing mais aussi et surtout, ses salariés, concernés par un plan de réduction des effectifs (Power 8) inique méritent du respect et de la considération.  

Jonathan Gindt
par Moselle d'avenir publié dans : Industries - Energie
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Mercredi 12 septembre 2007
Il nous l’a assez dit : l’homme a « changé » ! Il veut incarner la « rupture ». Sauf que la ficelle grossière, qui a malheureusement marché, commence à céder sous le poids des contradictions voire de la schizophrénie de l’éternel candidat Sarkozy. C’était dit, c’était « simple, clair et net », la participation de l’Etat ne devait pas descendre en-deçà de 70% dans le capital de GDF. Ce qui était aussi assez clair mais pas très net, c’est que Sarkozy était opposé au projet de son ancien Premier ministre favori, qui voulait fusionner GDF et Suez.

Non, tout cela n’a en réalité pas existé. Alors qu’il en avait l’une de ses priorités le soir du 6 mai, le dossier s’enlisait. Et puis, Gérard Mestrallet (PDG de Suez) s’est agité, médiatiquement. Le Président ne supporte pas que l’on essaie de lui voler ne serait-ce que trois minutes de temps médiatique. Il a donc répondu à l’insolent, en quasiment une semaine, en déclarant, tout à trac, qu’il était pour la fusion finalement et que la part de l’Etat dans la capital du groupe ainsi constitué allait passer à 34-35%. Au-delà de ce mensonge d’Etat qui remet en cause une fois de plus la crédibilité de la parole politique, venons-en au fond de cette affaire, beaucoup plus inquiétant en termes de politique industrielle mais aussi et surtout énergétique.

 

Voir la vidéo :  http://www.dailymotion.com/video/x2wbaw_sarkozy-gdf-privatisation_politics
 

La différence entre l’énergie et les petits pois* 
 

L’Etat ne peut pas tout, mais il peut beaucoup. En matière énergétique, on touche précisément à un secteur au sein duquel le rôle de l’Etat est essentiel, en tant que propriétaire du capital des entreprises concernées.

Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un secteur stratégique, dont découle tout simplement le fonctionnement pérenne de notre économie qui ne peut être assuré que grâce à un contrôle permanent de la filière énergétique et à une pleine maîtrise de la sécurité et de la diversification de nos approvisionnements.

Ensuite parce que cela est tout simplement pragmatique, de l’ordre du principe de réalité. La plupart des principaux pays producteurs (membres de l’OPEP ou non) détiennent des entreprises au capital nationalisé (Gazprom bien évidemment, mais aussi la Sonatrach, PDVSA, Pemex…). Ces entreprises, au vu de la manne pétrolière et gazière qu’elles engrangent, détiennent des réserves colossales de dollars. Or, elles savent toutes que cette manne n’aura qu’un temps et s’intéressent aux entreprises distributrices pour s’insérer sur leurs marchés et contrôler l’ensemble de la chaîne. Sans que personne ne le remarque pour l’instant, Gazprom ou la Sonatrach par exemple sont déjà présentes en France, via des filiales de distribution.

Pour se protéger face à l’appétit vorace de ces entreprises, seule la propriété publique du capital des entreprises énergétiques est suffisamment sécurisant. L’Etat n’a certainement pas vocation à entrer dans le capital de l’ensemble des entreprises françaises, bien au contraire. Mais dans ce cas de figure précis, et a fortiori en ce qui concerne la maîtrise de la filière nucléaire pour EDF ou Areva, un capital trop flottant constituerait un risque majeur pour la pleine maîtrise de notre politique énergétique. Or, en réduisant la part de l’Etat à 35% dans le groupe GDF-Suez, Nicolas Sarkozy a fait le choix de fragiliser la stabilité de cette entreprise. Comment éviter, comme les Russes l’ont fait dans le capital d’EADS via la banque VTB (ils avaient acquis plus de 5% du capital d’EADS) que cela se reproduise avec GDF Suez et que Gazprom ait de la sorte un droit de regard sur l’approvisionnement français ? Sans entrer dans une paranoïa de retour de la guerre froide, ces questions méritent d’être posées. Comme d’habitude, elles ont été évacuées par la perpétuelle agitation sarkozyste.

 

La théorie des jeux version sarkozyste : perdant pour le public, gagnant pour le privé

Mestrallet.JPGEn réalité, les modalités de l’accord sont encore plus ahurissantes. Gérard Mestrallet, qui criait ses grands dieux qu’il ne voulait pas se séparer de la filiale Suez Environnement, a finalement accepté de la filialiser. S'il esmble garder toutefois un large contrôle sur cette filiale, via un pacte d'actionnaires, on se demande pourquoi, alors que cette branche est la vraie « pépite » du groupe Suez, il la place de cette façon face à un risque évident d'OPA inamicales.  
On le comprend d’autant moins que la logique industrielle de Suez était la bonne et que la complémentarité entre les deux branches (Energie et Environnement) est essentielle. Dans les pays émergents (Chine, Inde ou encore Brésil), c’est grâce aux contrats obtenus par Suez Environnement que des débouchés s’ouvraient ensuite dans le domaine énergétique. Comment cela sera-t-il possible dans le cas de figure très probable où Suez Environnement, au capital plus que flottant, s’autonomise de plus en plus ? En outre, il ne faut pas avoir la mémoire courte et se rappeler que Veolia avait l’ambition d’acquérir le pôle Environnement de Suez lors des premiers épisodes de la fusion. Cette solution permettrait de conserver la société dans le giron français mais créerait une situation inédite de monopole puisque Suez et Veolia se partagent depuis plusieurs années aussi bien les marchés de distribution de l’eau que de collecte des déchets dans l'Hexagone.

 

Ensuite, pour GDF. Le seul point positif de cet ensemble, c’est la puissance de frappe du groupe en matière de GNL (Gaz Naturel Liquéfié). Ce marché qui est en train d’exploser est prometteur. Suez détenait déjà 8% du marché mondial tandis que GDF était le leader européen du secteur. Mais, même si le nouveau groupe devient numéro un mondial en la matière, c’est tout de même un élément bien insuffisant en comparaison aux risques importants de la fusion déjà évoqués et de ceux qui suivent.

 

« Il vaut mieux avoir 35% d'une entreprise qui fait 70 milliards d'euros de chiffre d'affaires ou 70% d'une entreprise qui en fait 35 » (Nicolas Sarkozy)… Ah bon (Roselyne Bachelot)?

 

Rappelons simplement que le calcul revient au même. Autrement dit… 24,5 milliards € dans les deux cas. Cette fusion n’est donc certainement pas une « bonne affaire » pour l’Etat actionnaire, d’autant plus que son poids, son influence seront nettement réduits au sein du conseil d’administration. Grâce à la propriété publique des entreprises énergétiques, la politique énergétique était réellement pilotéepar l’Etat. Le choix de la filière nucléaire a en outre permis de renforcer considérablement notre indépendance énergétique et de faire en sorte que les prix de l’énergie en France soient nettement inférieurs à ceux du marché. D’ailleurs, dans les critères retenus par les entreprises dans leurs choix d’implantations, qui font que la France reste le 3ème ou le 4ème récepteur mondial d’IDE, l’accès facile aux infrastructures et le coût de l’énergie sont des facteurs déterminants.

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Prix de l'électricité pour les professionnels - pays de l'UE27

Une véritable complémentarité s’était par ailleurs instaurée entre EDF et GDF, qui étaient même associés au sein de l’entité EDF-GDF Services (dissoute en 2003) qui embauchait 64 000 agents. De véritables économies d’échelle avaient été réalisées et le service public était assuré, permettant l’accès au gaz et à l’électricité des habitations les plus reculées sur le territoire, sans que cela ne remette en cause l’équilibre financier de l’entreprise, bien au contraire. EDF et GDF restent d’ailleurs associés fortement dans l’imaginaire collectif. Les deux entreprises font devoir faire preuve de trésor de communication pour se dissocier.

Des consommateurs bientôt électrisés… par leur facture !

 

Mais surtout, quel impact cela va-t-il réellement avoir sur les consommateurs ? Les tarifs réglementés (une absurdité pour nos contempteurs du libéralisme échevelé) avaient permis et permettent encore de maintenir les prix aux particuliers très en deçà de la moyenne européenne.

Electricit---prix-UE.JPGPrix de l'électricité pour les particuliers - pays de l'UE27


Surtout, puisque la mode est plus que jamais au benchmark international, observons la situation de nos voisins européens ayant déjà totalement libéralisé leurs marchés. Aussi bien en Allemagne qu’en
Grande-Bretagne, cela a déjà été fait (l’opérateur historique en Grande-Bretagne, Centrica, n’est plus détenu qu’à hauteur de 30% par l’Etat britannique), la libéralisation est quasiment achevée. Dans le premier pays, les prix ont augmenté de 100%, dans le deuxième de 65%. Quel est donc l’aspect profitable de cette libéralisation ? Pourquoi les tarifs réglementés ne pourraient-ils pas être maintenus dans la mesure où ils permettraient de maintenir la péréquation mais assureraient aussi le financement d'une rente de monopole permettant l’innovation technologique ? A quoi d’ailleurs l’éclosion de multiples distributeurs voire producteurs forcément marginaux sur la scène énergétique française servirait-il, quand les investissements nécessaires en matière de prospective énergétique nécessitent une envergure financière colossale ?

L’alternative consistant à fusionner EDF avec GDF a été, nous dit-on, travaillée. Patrick Devedjian reconnaît même que les socialistes, par cette proposition ont « politiquement raison, mais juridiquement tort ». De fait, la fusion entre les deux grandes entreprises françaises aurait conduit à attribuer près de 90% du marché énergétique à une même entreprise, ce qui était au passage déjà le cas, sauf qu’il s’agissait de deux structures distinctes mais associées. Selon certains, la fusion EDF-GDF aurait donc nécessiter de la part d’EDF des cessions de centrales nucléaires pour que la fusion soit validée par la Commission. Mais on peut se demander pourquoi seul ce scénario des actifs nucléaires a été envisagé ?

On aurait pu imaginer un scénario bien différent, dans lequel EDF et GDF se délestent d'une partie de leurs actifs (le GNL pour GDF par exemple) au profit de Suez éventuellement, permettant à cette dernière de se spécialiser dans le secteur des énergies alternatives, la France accusant un retard évident en raison de la culture nucléocrate d’EDF. Un pôle public d’excellence aurait été constitué dans le domaine du nucléaire, de l’électrique et du gaz, avec une véritable maîtrise (aussi bien politique que capitalistique) par l’Etat de ces filières hautement stratégiques. Cela aurait permis un maintien du niveau des prix (accès égalitaire à l’énergie et avantage compétitif indéniable pour la France), une garantie de la maîtrise de nos outils industriels (stratégiques et potentiellement dangereux) par des intérêts français et l’émergence d’un nouveau pôle, autour de Suez et de son pôle Environnement d’un leader dans les énergies alternatives, nouveau défi de ce siècle.

Mais la précipitation qui a prévalu dans ce dossier a fait qu’aucune réflexion d’ensemble n’a été menée, malgré la nécessité évidente de la mise à plat d’un tel dossier à l’Assemblée nationale. C’est pourtant une décision stratégique majeure qui a été prise. Il sera très difficile voire impossible de revenir dessus dans les prochaines années.

Se battre pour que les services publics cessent d'être dilapidés, pour que la France maintienne son indépendance stratégique, ce sont pourtant des causes essentielles qui doivent mener notre réflexion, dans un cadre communautaire renouvelé. Prenons l'initiative, dès maintenant !

Jonathan Gindt

* Avec beaucoup de respect pour nos amis producteurs de petits pois, bien évidemment.

par Moselle d'avenir publié dans : Industries - Energie
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