Un nouvel ordre économique et social juste

Samedi 26 septembre 2009

La Défense par Nicolas Perriault - Licence Creative Commons


A partir de "La crise de trop" de Frédéric Lordon et "Trois leçons sur la société post-industrielle" de Daniel Cohen.
Par l'Equipe de Ségolène Royal



Rappelons-nous d’où la crise tire sa puissance dévastatrice.

Dans quelques jours, le G20 se réunira une nouvelle fois aux Etats-Unis. Le scénario en est réglé au millimètre.

A l’issue d’un round de négociations habilement mis en scène, les dirigeants des vingt pays présents sortiront, épuisés mais heureux d’un énième accord arraché. Ils se féliciteront des « concessions nécessaires » et du « sens du compromis » dont tous auront apporté la preuve.

Et puis tout cela retombera et on regardera les résultats à froid. Piètres au mieux. Illusoires au pire. Faute d’avoir traité la racine du mal, faute d’avoir eu le courage d’opposer la légitimité des peuples à la nuisance des lobbys financiers.

Certes, on aura un peu mieux tracé le sillon de Bâle II, avec l’application de nouveaux ratios de solvabilité et l’obligation pour les banques de détenir plus de fonds propres ; on aura promis un encadrement de la rémunération des traders ; la liste grise des paradis de l’OCDE se réduira bientôt et ouvrira sur l’aube radieuse de la finance transparente. Peut-être.

Mais quoi qu’il en soit rien de décisif. Rien de la réforme du capitalisme mondial promise à grands refrains de « plus jamais ça ». Rien pour surmonter les désordres chroniques qui ont préparé le terrain de l’apoplexie connue depuis un an.

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A la racine du mal, la société d’actionnaires


Il ne faut jamais oublier que le déchaînement des appétits spéculatifs a prospéré sur le sur-endettement des millions de familles déclassées, sous-payées et exposées à une précarité grandissante. Jamais.

Il ne faut jamais oublier qu’en dix ans, les très-hauts salaires d’une infime minorité explosaient (+20% pour les 600 000 Français les mieux payés), et les dividendes versés aux actionnaires, eux, doublaient. Et qu’en dix ans, le revenu de la moitié des Français stagnait désespérément, produisant un déclassement insupportable.

Libéralisation, déréglementation : avec des capitaux libres de circuler à toute heure en tout point du globe, les actionnaires (comme les salariés les plus qualifiés) ont exercé une pression constante pour accroître leur rémunération, au détriment de l’investissement et des salaires du plus grand nombre.

D’années en années, le chantage des actionnaires a été poussé un peu plus. Chaque année, un cran supplémentaire, comme un supplice chinois enserrant un peu plus l’économie réelle dans ses fers.

On a usé  de multiples néologismes, de multiples anglicismes pour mieux « plumer » les salariés, mais toujours en leur procurant la jouissance du crédit et l’illusion de l’opulence.

Un exemple, méconnu et pourtant central dans les évolutions récentes du capitalisme : avant, il y avait le profit ; ce profit, c’était l’écart entre des recettes et des dépenses ; et puis un jour, parce que le vent de la « bataille des marges » tournait en faveur de l’actionnaire, il y eut l’E.V.A, economic value added, la valeur économique additionnelle.

Ce jour là, on a considéré qu’il y avait une valeur économique élémentaire, une sorte de profit minimum admissible pour l’actionnaire, l’ « os » de la rentabilité d’une certaine manière. Et puis il y avait la valeur économique qui se rajoutait à ce minimum. La chair de la rentabilité.

Cette distinction est apparue quand les actionnaires ont considéré que le fait même d’apporter du capital devait être rémunéré, et ce quel que soit le résultat. Il leur fallait un revenu garanti, un bonus d’entrée.

Les actionnaires disaient en effet : « on pourrait placer notre épargne ailleurs, là où on est sûr de percevoir 6% par an. Donc, il faut qu’on s’y retrouve. Si je choisis votre entreprise il faut que vous me garantissiez au moins ces 6% par rapport aux capitaux investis ».

Et ainsi, sans que quiconque ne le sût, par une entente tacite entre « managers » et actionnaires, fut inventé le SMIC de l’actionnaire. Au moment où le salaire minimum, le vrai, était combattu par les prophètes du marché, ce SMIC à l’envers, ce SMIC hérétique prenait un essor sans limites.

Attention. On aurait pu croire que tout s’arrêterait là. Mais non ! Ce n’était qu’un début. Insensiblement, c’est la notion de profit qui s’en est trouvée déplacée.

Car le minimum de 5 ou 6%, ce n’était après tout que le remboursement d’un dû. Ce n’était pas encore du profit. C’était rien du tout. Un peu comme si à l’école, les enfants n’apprenaient à compter qu’à partir de cinq ou six. Comme si cinq était égal à zéro ; six à un ; sept à deux. Et ainsi de suite.

L’entreprise pouvait bien être bénéficiaire pour le commun des mortels, pour les travailleurs, pour leurs familles. Pour tout le monde mais pas pour les actionnaires. L’entreprise pouvait faire des bénéfices, mais ne pas être « profitable ».

Aux 6% du minimum minimorum, on a donc ajouté 9% de profits disons « raisonnables ». Voilà comment la norme des 15% s’est imposée. Voilà comment on a considéré comme profit ce qui n’était en fait que du sur-profit. Par un jeu de passe-passe exorbitant, un coup de bonneteau.

Et on aurait pu croire que les capitaines d’industrie, les entrepreneurs, les chefs d’entreprise ne se laisseraient pas faire. Qu’ils lutteraient aux côtés des salariés pour le bien de l’entreprise.

Parce qu’ils avaient une vision à long terme.

Parce qu’ils avaient, eux, une certaine idée de l’investissement nécessaire pour produire la richesse du lendemain.

Parce qu’au fond, eux-aussi étaient avant tout des salariés.

Mais il n’en a pas été ainsi. On a inventé les stock-options et les bonus pour que les dirigeants de grandes entreprises deviennent les meilleurs alliés des actionnaires. Voire, des actionnaires eux-mêmes.

Et plus l’entreprise faisait de profits à court terme et plus ils y gagnaient. On a licencié, délocalisé : meilleurs les résultats étaient, plus il y avait de dividendes pour les actionnaires, plus il y avait de prolifiques rachats d’action, et mieux se portait la plus-value.

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On sait où ce dérèglement organisé des appétits financiers nous a mené.

Au tout début des années 1990, une grande banque comme la BNP avoue un petit taux de profit, de 2 % à 3 %. L’histoire est là pour attester que cela n’a pas empêché la BNP de prospérer jusqu’ici, mais précisément cette histoire va changer...

A la fin de la décennie, le pli est pris : la « norme » actionnariale exige 15 % ! La BNP, qui en 1999 se bat contre la Société générale, a fait bien des progrès : elle s’engage dorénavant sur un taux de retour de 18 %. Le milieu de la première décennie 2000 voit des entreprises de moins en moins rares proposer à leurs actionnaires de profit de 20 %, voire 25 %. En 2006, The Economist s’extasie sur la performance de Goldman Sachs qui aura « sorti » un 40 % record.

Et parce qu’ils pouvaient tout, on leur a tout cédé. La déréglementation, aiguillonnée par les lobbies de toutes sortes, s’est accélérée au cours des années 2000 pour accroître encore les taux de profits.

Il y a une histoire méconnue et révélatrice qui mérite d’être racontée. En 2004, les grands patrons des banques américaines se réunissent avec les autorités en charge de la réglementation des marchés financiers. Parmi eux, Henry Paulson, alors dirigeant de la banque d’investissement Goldman Sachs et futur secrétaire au Trésor de Georges W Bush.

Au cours de cette réunion en apparence anodine, on prend une décision qui n’a l’air de rien. Un « ajustement technique »…. Dans le secret d’une obscure salle, on va décider d’augmenter les possibilités d’effet de levier des banques. Cela ne dit rien à personne sauf aux spécialistes.

Mais c’est ici que tout se noue. Qu’est ce que l’effet de levier ? C’est un moyen d’augmenter la rentabilité pour les actionnaires en recourant à l’endettement. C’est une des clés de la finance moderne, une réinvention de la « multiplication des pains ».

Prenons un exemple : les actionnaires et associés d’une entreprise décident de faire un investissement. Ils en attendent une certaine rentabilité, mais après réflexion, elle leur paraît insuffisante. Qu’est-ce qu’ils font alors ? Ils font ce que l’on fait tous : ils empruntent. Mais dans des proportions beaucoup plus grandes. Leur apport en propre reste le même, mais grâce à l’emprunt, ils ont alors suffisamment d’argent pour faire un investissement qui leur rapportera, ils l’espèrent, plus de profits.

Il est là  l’effet de levier : avec la même mise initiale, vous générez plus de profits, donc vos fonds propres vous rapportent plus : ils sont plus rentables.

Mais on comprend vite qu’il est de salut public de poser des limites à ce jeu dangereux. Qui dit plus d’endettement, dit plus d’effet de levier mais aussi plus de risques. Dans le monde de la banque, on avait limité à 12 l’effet de levier. Après cette fameuse réunion de 2004, il fut porté à 30. Pour que les fonds propres soient trente fois plus rentables, on imagine aisément les niveaux d’endettement qu’il faut atteindre. Donc les risques que l’on court.

Voilà  comment nous sommes allés dans le mur, insensiblement mais sûrement, réunions « techniques » après réunions « techniques ». Les digues ont sauté les unes après les autres. On a pris des risques de plus en plus grands. Les actionnaires ont pressé les entreprises. Les banques ont négligé leur activité de prêt aux PME et PMI pour développer leurs activités d’investissement sur les marchés.

C’était il y a un an. C’était hier. C’est aujourd’hui. Entretemps rien n’a changé.

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Un nouveau rapport de force.

Des contre-pouvoirs à la puissance du capital

Au fond, on a oublié pendant trente ans que la finance et l’économie n’étaient pas séparables de rapports de force politiques et sociaux.

Non seulement la finance s’est mise au service d’elle-même. Mais pour ce faire, elle a parasité entreprises et travailleurs, organisant un enfer salarial fait de rémunérations gelés, de pression à la productivité, de réorganisations brutales, de licenciements secs.

« La cohésion d’une société est menacée lorsqu’il n’y a plus de contre-pouvoirs. La crise nous a montré quelles forces gigantesques soutiennent le capitalisme financier. Et elle nous donne une idée de l’ampleur des forces qu’il faudra lui opposer pour éviter la reproduction d’une telle catastrophe ».

En vingt ans toutes les barrières empêchant l’accaparement actionnarial ont été levées. Barrière réglementaires, barrières sociales, barrières fiscales. Deux décennies au cours desquelles la règle d’or du capital aura été passée par pertes et profits. Cette règle d’or était simple et robuste, de bon sens : la rémunération du capital ne peut être durablement au dessus du taux de croissance de la production. Mais elle a été sabordée parce que la perspective de gains colossaux et rapides a conduit à une fuite en avant irrécupérable.

Il est temps aujourd’hui de renverser le rapport de force et d’instaurer un nouvel ordre économique.

C’est un combat juste.

Un combat légitime.

Un combat d’avant-garde.

Un combat pour l’humain. Pour sa liberté, pour son épanouissement.

Paroles faciles diront certains. Non paroles lucides. Faute de quoi le capitalisme succombera à ses propres errements et emportera les peuples dans sa chute.

Ne soyons pas naïfs. Dans l’ombre, des lobbys puissants s’affairent. Les puissances bancaires ont leurs entrées dans les cercles du pouvoir. Elles demandent l’aide de la puissance publique mais refusent que l’Etat rentre à leur capital ; elles font mine d’accepter des contraintes sur les rémunérations et les bonus, mais ces contraintes n’en sont pas.

Le discours s’est brouillé. Les leurres prolifèrent. Tout le monde est pour la régulation. Tout le monde est pour l’Etat. Tout le monde est pour le contrôle. Un savant jeu de rôles est organisé. Le gouvernement doit montrer qu’il agit. Les mots sont durs, les banques sont convoquées, on pousse des cris d’orfraie, c’est la place financière de Paris qu’on assassine. La menace est jugée médiatiquement crédible, le pouvoir est satisfait ; les banques se rassurent, les acteurs ont été bons, le pire est évité.

Ces connivences existent en France, mais aussi en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Voilà pourquoi l’agenda du G20 est finalement si mince. On a légitimement insisté sur la rémunération des traders et sur les paradis fiscaux. Dont acte. Mais quid de la mobilité du capital et des niveaux absurdes que sa rémunération a parfois atteinte ? Quid du sur-endettement qui trouve sa source dans un salariat laminé et précarisé ?

Comme l’écrit Jacques Attali, « ces lobbys sont si puissants qu'on n'en sortira que par une révolution politique ». Cette révolution politique, c’est celle qui prendra appui sur la volonté des peuples pour contenir les appétits financiers. C’est celle qui bridera de nouveaux les forces que l’on a laissées échapper il y a une trentaine d’année.

On évoque la taxe Tobin. C’est une bonne (vieille) idée en effet. Taxer les mouvements de capitaux pour inciter le capital à réfléchir, pour jeter un sceau d’eau froide sur la tête des spéculateurs et calmer leurs ardeurs, eux qui engagent chaque jour des milliards de transactions spéculatives. Un moyen de dégager de l’argent aussi pour l’équilibre nord/sud, pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais l’urgence fondamentale, celle qui remettra de l’ordre, c’est celle qui limitera la rente que les actionnaires prélèvent sur les entreprises et les salariés. Frédéric Lordon émet une proposition intéressante. Puisque 6% est une valeur minimale acceptable pour les actionnaires, qui correspond en gros à la rémunération d’un placement sûr, pourquoi ne pas limiter la marge actionnariale à ces 6%, augmentée d’une prime de risque pour tenir compte de la spécificité d’un investissement en actions ?

Avec ironie, il appelle cela le SLAM, Shareholder Limited Authorized Margin, la marge limite autorisée de l’actionnaire. Passer de 15% à 7 ou 8% aurait déjà le mérite de desserrer l’étau qui pèse trop souvent sur les entreprises et sur la rémunération du travail, sans toucher d’ailleurs à l’investissement, notoirement trop faible en France.

Mesure impossible à appliquer ? Fuite des capitaux ? Mais justement, pourquoi ne pas en avoir fait un sujet digne de figurer à l’ordre du jour du G20 ? Pourquoi ne même pas avoir essayé d’instaurer un minimum de coordination ?

Par ailleurs, serait-il si illusoire de prétendre d’abord agir au niveau de l’Union européenne ? Comment penser que les capitaux internationaux fuiraient massivement la première puissance économique mondiale ? Ne sommes-nous pas aujourd’hui encore otages de peurs apocalyptiques qui n’ont pas lieu d’être ?


De nouvelles régulations, simples et robustes


L’appétit débridé de la finance est la cause profonde du mal qui a failli emporter le monde avec lui ; mais rien ne serait arrivé si des autorités de contrôle robustes avaient pu jouer leur rôle.

Passons sur le manque chronique de moyens de ces autorités nationales, quand la finance opère sur un terrain de jeu transnational.

Passons sur le rôle des agences de notations, souvent juges et parties et dont tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui qu’elles devraient être mieux contrôlées, voire nationalisées.

Passons sur les multiples collusions, conflits d’intérêt, négligences tacitement acceptées entre les autorités de régulations et les institutions dont elles sont censées assurer la surveillance.

Passons sur le cas Paulson, le Secrétaire au Trésor, ancien dirigeant de Goldman Sachs, qui abandonne à son sort Lehman Brother, le concurrent historique de Goldman.

Passons sur le cas Pérol, ancien secrétaire général adjoint de l’Eysée et aujourd’hui président du nouvel ensemble Banque populaire / Caisses d’épargnes, qui n’a rien à lui envier en terme de conflits d’intérêts.

Si les régulateurs n’ont pas pu jouer leur rôle, c’est d’abord et avant tout parce qu’ils en ont été empêchés. Non pas accidentellement. Mais parce que la finance leur a échappé. Parce que la prolifération des produits dérivés a rendu le système immaîtrisable. Sa nature même a précipité le risque d’accident intégral.

En 2003, Warren Buffet qualifiait les dérivés de crédit d’« arme de destruction financière massive ». Il prêcha dans le désert, pour le plus grand malheur de tous.

Soyons justes. Initialement, les produits dérivés ont été développés pour que les entreprises puissent se couvrir contre certains risques, les variations de taux de change ou de taux d’intérêt notamment.

[Par exemple, une entreprise importatrice achète pour 100 dollars de marchandises aux Etats-Unis. La parité est à 1 euros pour un 1,5 dollars. Son achat lui coûtera donc 66 euros. Mais comme il aura lieu dans 15 jours et que le taux est susceptible de changer entre temps, l’entreprise veut se prémunir. Si l’euro baissait et s’échangeait à 1,25 dollars, son achat lui coûterait 80 euros. Elle y perdrait. L’entreprise passe donc un contrat garantissant le taux à 1,5, quelle que soit la fluctuation du taux de change.

Mais par définition qui dit contrat dit co-contractant. Il faut en face une personne qui accepte en contrepartie d’endosser le risque d’une variation à la place de l’entreprise. Si l’euro s’apprécie et s’échange à 1,75 dollars, elle y gagne : elle achète 100 dollars pour 57 euros ; l’entreprise lui paie 66 euros et elle empoche 9 euros de bénéfice. Si l’euro se déprécie, le co-contractant y perd. C’est un pari sur l’avenir qu’elle fait à la place de l’entreprise]

Deux phénomènes sont venus complexifier et pervertir la vertu de ces instruments de protections :

1. très vite, le marché des dérivés n’a plus seulement été un moyen au service d’un objectif de couverture, mais une fin en soi. Ces marchés sont devenus un immense terrain de jeu pour des spéculateurs en mal de paris en ligne;

2. la prolifération des produits et le développement des transactions de gré à gré (de la « main à la main », sans intermédiaire), indépendamment de toute norme standard et de tout marché organisé a empêché de les contrôler comme ils auraient du l’être.

Le comble a été atteint avec la croissance invraisemblable des dérivés de crédits, lorsque les banques se sont mises à créer de nouveaux produits à partir des créances qu’elles détenaient sur les ménages américains. Elles ont inventé le « saucisson financier », en fabriquant de toute pièce des titres fourrés avec des bouts de créances sûres (la viande maigre) et des bouts de créances risquées (le gras).

En vendant ainsi des panachages de créances, les banques ont pensé se prémunir contre les risques de non remboursement, croissant avec le surendettement des familles américaines. Elles ont pu prêter encore plus. Mais ce faisant, elles ont créé une spirale d’endettement et dispersé les risques sur l’ensemble des marchés, tous les spéculateurs se ruant comme des mouches sur ces produits aux caractéristiques (rémunération, risque) infiniment modulables.

Ainsi a longtemps coulé le fleuve puissant du Pactole financier. Livrée à elle-même, la finance a transformé les instruments de couvertures en outils de spéculations. Tout cela, bien sûr, contracté de gré à gré pour opacifier un peu plus les choses et mêler les fils à l’infini. On pense que le pire ne se produira jamais, mirage entretenu par ceux qui ont l’immense culot de prétendre que le marché s’ajuste seul. Et puis, un jour, tout s’effondre. Les visages hébétés des banquiers de Lehman défilent sur les écrans de Times Square à New-York.

C’est à cela qu’il faut aujourd’hui mettre fin. Et c’est à ces pratiques que le G20 aurait dû porter un coup d’arrêt, la prolifération maladive de produits douteux et non traçables risquant un jour de nous renvoyer au bord du gouffre.

Les esprits prétendument lucides (ceux-là même qui nous disaient que tout allaient bien à la fin du mois d’août 2008) hurleront à l’extrémisme. Ceux qui veulent que rien ne changent diront avec l’air docte : « ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain » ; « Ne bridons surtout pas la créativité du marché, qui, dans sa sagesse, alloue le capital là où il est le plus efficient ».

Le mot est lâché. Efficience. Définition : le capital est efficient lorsqu’il s’investit là où il génère le plus fort rendement. Mais justement. Où le rendement est-il le plus fort ? Dans l’économie réelle ? dans la PME qui cherche un second souffle ? Ou dans le marché des dérivés exotiques, jamais en mal de nouveaux produits rémunérateurs ? Non, cassons le mythe de l’efficience naturelle des marchés et qu’on se le dise : le marché n’est pas efficient dès lors qu’une course au gain sans borne incite les institutions financières à prendre les positions les plus risquées.

Voilà  une raison suffisante pour douter de l’utilité des contraintes qu’imposera le G20 en matière de fonds propres.

Mesure utile bien sûr que de demander aux banques des fonds propres suffisants pour couvrir leurs engagements et limiter leur activité spéculative.

Mesure essentielle que de limiter et si possible plafonner la rémunération des traders (on en est loin hélas) pour calmer les comportements irresponsables.

Mais tout cela n’enlèvera rien au caractère incontrôlable de la finance. Incontrôlable parce que les dérivés sont la drogue des spéculateurs, leur shoot quotidien.

Les sachants de la chose financière ont oublié une toute petite vérité,  élémentaire, minuscule, mais tenace comme un grain de sable : dans les opérations sur produits dérivés, il y a toujours un gagnant… et un perdant. Un assuré… et un parieur-spéculateur qui prend le risque à sa place.

Et quand les traders détrônent ceux qui ont légitimement besoin des marchés  dérivés pour se couvrir, quand ils prennent des positions de plus en plus risquées parce que la perspective de gain est mirobolante, on obtient la longue litanie des scandales financiers, Société générale, Natixis, Caisses d’épargne, Bear-Stearns, Lehman…

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Dans ce paysage de champ de bataille dévasté par la crise, il est plus que jamais indispensable de s’en remettre à des valeurs et des règles simples, claires, discutées par tous et en premier lieu par les contribuables. Les tenir à distance du débat sur l’avenir du capitalisme, alors même qu’ils ont été les premières victimes de la crise, paraît inconcevable.

Les règles que je propose sont frappées au coin du bon sens. 1) recentrer les banques sur leur véritable métier, la collecte d’épargne et le prêt aux entreprises ; 2) interdire aux établissements financiers de proposer autre chose que des produits solides, rudimentaires, robustes, bien identifiés et tracés.

Cet impératif de simplicité et de robustesse, à rebours de la sophistication débordante des deux dernières décennies, a deux objectifs : éviter l’accident intégral que nous avons frôlé l’année dernière ; éviter que la régulation financière, en épousant la complexité et le raffinement infini des produits et des acteurs, ne devienne elle-même impossible.

Pour commencer, il faudra bien que l’Union européenne et le G 20 mettent à leur agenda la séparation entre banques de dépôts d’un coté (pour les PME et les particuliers) et banques d’investissement de l’autre, centrées sur le financement des grandes entreprises, les placements financiers et les opérations de marchés.

On entend déjà les objections des grands argentiers, on imagine sans peine la ronde des amis du pouvoir : « vous n’y entendez rien, c’est parce que les banques françaises sont des banques universelles, c’est parce qu’elles rassemblent dans de grands groupe les activités de banques de dépôt et de banques d’affaire qu’elles ont mieux résisté. »

Rétablissons la vérité.

Comment ne pas résister à la crise quand il n’y a guère que six grandes banques en France pour se partager l’épargne de 60 millions de Français ?

Comment ne pas résister quand on peut se renflouer sur le dos de millions de petits épargnants, dont les économies ne sont quasiment pas rémunérées ?

Comment ne pas résister quand on ne prête plus qu’à des taux usuraires, alors même que ceux de la Banque centrale européenne n’ont jamais été aussi bas ?

Comment ne pas résister quand la facturation des frais financiers devient aussi injuste et exorbitante ?

La défense du modèle de banque universelle au nom de sa prétendue sécurité a bon dos. Elle masque le souhait inavouable de continuer à prospérer sur la bête.

Ce que les dirigeants de BNP Paribas, de la Société générale, du Crédit agricole ou des banques populaires omettent de dire, c’est que le modèle de banque universelle peut s’avérer extrêmement dangereux et déresponsabilisant pour deux raisons :

1. les banques ont pu prendre des risques abyssaux sur les marchés et perdre des sommes vertigineuses parce qu’elles savaient qu’elles avaient derrière elles les dépôts des épargnants pour éponger leur ardoise.

2. ces dépôts sont un instrument de pression terriblement efficace pour demander aux gouvernements de les renflouer en cas de coup dur. « Renflouez-moi sinon c’est la ruée bancaire et tout s’effondre ».

Que l’on demande leur avis aux guichetiers de Citigroup, une des premières banques universelles autorisée aux Etats-Unis, banque symbole de tous les reniements et d’une forme de permissivité financière intolérable. En 1999, c’est pour elle que le secrétaire au Trésor de Bill Clinton, Robert Rubin met en pièce le célèbre Glass Steagall Act de 1933.

Après la Crise de 1929, le Président Roosevelt avait imposé une séparation étanche entre banques d’investissement et banques de dépôt. De cette manière les premières, touchées par le Krach sur les marchés financiers, ne pourraient plus contaminer les secondes. L’objectif était d’éviter que ne se reproduisent les paniques bancaires traumatisantes de 1929 et 1930.

Au pic de la croissance folle des années 90, on a trouvé toutes les bonnes raisons pour mettre fin à cette réglementation : c’était l’époque des fusions géantes, c’était le temps où AOL et Time Warner liaient leurs destinées.

Pour financer ces opérations, les banques d’investissement avaient des besoins gigantesques de liquidités. Pourquoi ne pas profiter du tas d’or sous-valorisé des banques de dépôt ?

Ainsi, pour la première fois depuis 1933, on a autorisé des banques, dont Citibank, à cumuler activité de dépôt et investissement. Manque de chance, la banque universelle n’a pas apporté la démonstration de sa plus grande capacité de résistance. Le 23 novembre 2008, le cours des actions de Citigroup baisse d'environ 70%. Elle est laminée par les positions prises sur le marché des subprimes. Le gouvernement fédéral américain garantit plus de 300 milliards de dollars de ses actifs en échange d'une prise de participation dans l'entreprise de 27 milliards de dollars.

Le 16 janvier 2009, Citigroup annonce son intention de se réorganiser en deux entités : Citicorp pour ses activités bancaires de détail et Citi Holdings pour ses activités sur les marchés. Avec à terme la perspective de se séparer de cette deuxième entité. Un beau revirement, qui devrait faire réfléchir les banquiers français…

Eriger de nouvelles barrières de protection donc. Cela signifie également une simplification drastique des produits financiers.

On demande aux banques des choses simples : accorder des crédits et, bien sûr les conserver en assurant leur suivi jusqu’à maturité ; piloter des émissions de produits simples, actions et obligations classiques ; manufacturer des produits d’épargne simples également, essentiellement sous la forme de livrets d’épargne garantie.

Les conséquences de cette simplification des produits sont claires :

1. limitation des marchés de gré à gré au profit de marchés organisés ; ces derniers comportent des chambres de compensation (l’intermédiaire par qui passent les transactions : « l’acheteur de tous les vendeurs et le vendeur de tous les acheteurs ») qui devraient à l’avenir exiger des dépôts de marges beaucoup plus importants qu’aujourd’hui : lorsqu’on s’engage sur une opération, il faut avoir l’argent avec soi et ne pas attendre le résultat du pari !

2. détitrisation. La généralisation de la titrisation ne date que du début des années 90. La supprimer ne serait pas une absurdité au regard des risques qu’elle fait prendre. Une possibilité serait de limiter à un certain pourcentage la part de crédits titrisables.

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Certains comme Jacques Attali, appellent à une Révolution politique pour mettre fin aux errements infiniment dangereux de la finance mondiale. Peut-être dans ces conditions est-il temps de s’inspirer de Sieyes lorsqu’il écrivait Qu’est-ce que le Tiers Etat ? et de répondre aux trois questions réellement importantes :

Que devons-nous faire maintenant ? Tout.

Qu’attendons-nous du sommet du G 20 ? Rien ou pas grand-chose hélas.

Que demandons-nous ? A agir enfin pour que cela n’arrive plus jamais.

Par Moselle d'avenir
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Lundi 21 janvier 2008

La recette de Nicolas Sarkozy pour relancer l’économie de notre pays consiste à ses yeux à libéraliser la croissance. En créant à l’automne dernier des commissions, notamment celle présidée par Jacques Attali, il espère trouver les idées qu’il n’a eues jusqu’à présent. Enfin, il se sert des 35 heures comme bouc émissaire pour tenter de se dédouaner de son incompétence, alors que nous savons que les Français sont majoritairement attachés à leur maintien, et sont les premiers bénéficiaires de leur succès.

Une longueur de retard :

Lors de ses vœux Nicolas Sarkozy a déclaré : « Il y a 5 millions de salariés Français qui utilisent les heures supplémentaires. C’est 5 milliards d’euros de pouvoir d’achat en plus et ça marche…au mois de novembre 50% des entreprises de plus de 10 salariés ont eu recours aux heures supplémentaires ». Cette déclaration est tout à fait correcte mais ce qu’il ne dit pas, c’est que pour faire des heures supplémentaires les salariés n’ont pas attendu les injonctions élyséennes. Au demeurant, selon les organismes officiels, la pratique des heures supplémentaires tend à s’élargir et cela bien avant le fameux : « Travailler plus pour gagner plus ». En 2002, 28% des salariés à temps complet en ont effectué au moins une fois au cours de cette année. Ce chiffre a été de 32% en 2003 et de 37% en 2004.
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Selon la ministre de l’économie, il suffirait que chaque salarié fasse une demi-heure supplémentaire chaque semaine pour que la France gagne au bout de 5 ans, un quart à un demi point de croissance.
Il est vrai qu’après avoir tablé sur une croissance de 2 à 2,5% en 2008, le gouvernement a revu ses ambitions à la baisse, pour finalement, selon les propos de la ministre « avoir une croissance en bas de la fourchette, entre 2 et 2,5% ».
Ce que le gouvernement ne dit pas, c’est que déjà certaines professions font bien plus que 35 heures ou 40 heures par semaine, à l’image des bouchers (45,7 heures) ou des cadres de la grande distribution (47,3 heures).

Dans son propre piège :

Lorsque Nicolas Sarkozy laisse entendre que les Français sont des paresseux, il ne tient tout simplement pas compte de la réalité, car dire que les Français travaillent moins que les autres est a priori infondé et les chiffres ne mentent pas. Un Français qui occupe un emploi produit plus qu’un Allemand, qu’un Anglais et même qu’un Japonais. Il n’y a guère que les Belges et les Américains qui produisent un peu plus que nous. En outre, un Français travaille plus qu’un Allemand (34,9 heures) dont on nous vante les qualités avec tellement d’enthousiasme, plus que les Néerlandais (30,4 heures) et que les Danois (34,1 heures), et même plus que les Anglais (34,7heures).

Le gouvernement, si il supprime les 35 heures ferait une erreur importante, car ceux qui travaillent plus que nous, ce sont les pays pauvres, à l’image de la Chine ou dans un moindre mesure, la Roumanie. Enfin, il serait paradoxal, d’être la 4ème puissance mondiale avec les travailleurs les plus paresseux du Monde. Certes, nous sommes leader dans la RTT, mais cette tendance est celle de tous les pays développés depuis la fin des années 60. Parce que la productivité ne cesse de croître.

undefined Depuis 1830, la durée du travail a été divisée par 2 tandis que la productivité était multipliée par 29. Et la nôtre est la plus importante du Monde, juste derrière les USA. Et ce n’est pas en se tournant les pouces que l’on atteint ce résultat ! Notre pays occupe la 3ème place mondiale de l’investissement étranger derrière la Grande-Bretagne et devant la Chine.

 
L’impasse Attali :

 

Heureusement, Nicolas Sarkozy va bientôt pouvoir appliquer les propositions de la commission Attali pour redresser la situation catastrophique qu’il a provoqué après son passage à l’intérieur, à l’économie et, aujourd’hui à l’Elysée. Ces 314 mesures d’inspirations libérales vont à l’encontre du bon sens et de la politique qui est actuellement menée par François Fillon.

 

Une de ses premières mesures serait de supprimer l’échelon départemental dans les 10 ans à venir. Une utopie ! Quand on sait que 26% de la totalité des investissements se font au niveau de cette collectivité, et qui de surcroît, signe de sa compétence reconnue, s’est vue ces dernières années augmenter ses champs de compétences suite à une décentralisation croissante.

Autre mesure phare : faciliter l’immigration. Si cette mesure était appliquée, Brice Horteufeux serait en quelque sorte un schizophrène qui traquerait les sans-papiers la nuit pour délivrer des visas aux nouveaux arrivants le jour.

 

Enfin, en écho au Medef, la commission entend aussi permettre aux entreprises de déroger à la durée légale du travail, en cas d’accord de branche et d’accord majoritaire dans l’entreprise. Cela serait une fois de plus une contradiction Sarkozyenne, car comment une entreprise qui tourne bien irait-elle expliquer à ses salariés qu’il faut travailler plus pour le même salaire ?

                                                                                      Matthieu Schmidt

Par Moselle d'avenir
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Lundi 7 janvier 2008

En économie, si la théorie peut conduire à la réflexion, une anecdote professionnelle mène souvent à la conviction. C'est un cas d'école, mais pourtant rarement étudié dans les cours d'économie prétendument marxistes que l'on enseignerait. Un marché public devait être attribué dans une grande ville canadienne. Il s’agissait d’un important marché de livraison de matériel ferroviaire pour la municipalité concernée. Deux entreprises principalement étaient en lice : l’une canadienne, l’autre française. La deuxième, qui avait fourni jadis le matériel qu’il fallait renouveler, était favorite dans la mesure où son offre étaitM--tro-Montr--al.JPG techniquement et financièrement la plus profitable. La logique de l’appel d’offres et de la belle loi de l’offre et de la demande aurait du faire naturelle que l’offre française l’eut emporté. Or, après une intense campagne de lobbying sur le mode des « produits bien de chez nous » et de la préférence nationale (on pourrait même dire provinciale) et malgré son surcoût par rapport au projet français, c’est l’entreprise canadienne qui a été choisie, sans même qu’un appel d’offres ait lieu. L’entreprise française a bien essayé de porter l’affaire devant la justice, y compris devant l’ORD (Organe de Règlement des Différends de l’OMC). Rien n’y fit, puisque le Canada était tout simplement dans son bon droit. Lors des négociations des accords de Marrakech, acte de naissance de l’OMC, le gouvernement canadien (sans doute anti-capitaliste) de l’époque avait négocié des clauses dérogatoires à la concurrence libre et non faussée dans un tas de secteurs, dont les transports.

Quelques mois plus tard, la même chose se passa à Toronto. Sans appel d’offres à nouveau, l’entreprise canadienne obtint le marché. Mais le plus invraisemblable est à venir. En 2006 se négociait un très important appel d’offres, qui cette fois-ci a eu lieu et beaucoup plus important dans son montant que les deux précédents, sur la livraison de nouvelles rames pour le Transilien, en Ile de France. Cette fois-ci, un appel d’offres est réellement organisé et en partie grâce à des coûts de production réduits en raison de l’obtention des deux précédents contrats, Bombarbier propose l’offre la moins coûteuse et emporte donc le marché. De son côté, la France et surtout l’Union Européenne (à qui a été déléguée l’ensemble de la négociation en matière de politique commerciale) n’ont évidemment négocié aucune clause d’opting out en la matière.

 


Le libre-échange "pur et parfait" n'a jamais existé


Les Français soumettent donc leurs entreprises à des procédures dont peuvent s’affranchir – en toute légalité internationale – leurs concurrentes et cela au détriment des intérêts français. Il ne s’agit en fait ici nullement de juger si le recours aux appels d’offre est préférable ou non mais OMC.JPGd’observer que la dissymétrie dans les règles établies créent une authentique distorsion dans les conditions d’accès au marché. Le libre échange est donc à géométrie très variable et ce sont les Français et plus largement les Européens qui sont largement les dindons de la farce en la matière.


Au-delà de ces exemples, cette « pureté » de l’application des théories libre-échangistes dont se prévalent les Européens pose un authentique problème économique. Au sein des pays développés, l’OMC actuellement ne fait grosso modo peur qu’à l’Union Européenne, dans la mesure où elle seule semble ne jamais vouloir s’affranchir d’une vision dogmatique et systémique du libre-échange. Pourtant, plusieurs évolutions économiques récentes viennent renforcer l’idée selon laquelle seule une approche pragmatique du libre-échange, fondée sur un « donnant-donnant » international peut assurer à terme le prospérité de nos pays.


Le « libre-échange » : ils s’en moquent souverainement !

La crise financière issue des subprimes n’a pas que des effets négatifs. Elle a eu le mérite de mettre en avant la supercherie totale de la prétendue victoire du capitalisme moderne comme nous l’avions déjà analysé ici. En effet, depuis plusieurs semaines, en raison de leur gestion plus que douteuse des crédits subprime, les plus grandes banques mondiales sont obligées de quémander l’appui de ressources financières extérieures… auprès des fonds souverains. Les fonds souverains sont des entités totalement contrôlées par des Etats. Cette année, l’activité des fonds souverains a étéFonds-souverains.JPG particulièrement intense. En titre d'exemples parmi des dizaines d'autres, l’Agence d’investissement du gouvernement de Singapour (GIC) et une autre agence moyenne-orientale ont ainsi investi à eux près de 8 milliards € dans la banque suisse UBS, en obligations convertibles en actions, ce qui leur permettra de détenir entre 9 % et 12% de la dixième banque mondiale. On pourrait encore citer le cas de Merrill Lynch, où un autre fonds singapourien a investi 5 milliards USD, le fonds d’Etat des Emirats Arabes Unis chez Citigroup ou le fonds d’Etat chinois chez Morgan Stanley.


Mais de quoi s’agit-il exactement lors de ces opérations ? Bien évidemment, il ne s’agit pas d’interdire à ces Etats de pouvoir investir dans des entreprises des pays dits « développés ». En revanche, dans ce cas, les dés sont totalement pipés. Les fonds souverains sont des structures totalement opaques, directement reliées au pouvoir politique des pays concernés et qui peuvent donc poser de véritables problèmes stratégiques. Le système capitaliste est tellement malade qu’il refuse même de voir que les investissements des fonds souverains correspondent à une forme de nationalisation partielle des entreprises dans lesquelles ils investissent. Concernant les nationalisations, on autorise donc aux autres ce que l’on refuse de faire soi-même. Cet aveuglement total sur les règles du jeu commercial international remettent en cause à long terme nos intérêts nationaux. Quelles limites existent-ils aux investissements des fonds souverains ? Aucune si on applique à la lettre les règles actuelles de l’OMC, alors que la visibilité sur leurs démarches est quasi nulle !


Plus que la croyance aux vertus du libre-échange, plus que la question de l’ouverture nécessaire des frontières, c’est ici de la question de la non-réciprocité absolue des règles du commerce international qui est posée.



La France ne doit pas se comporter en adoratrice aveugle du libre-échange : en amour comme en affaires, la réciprocité est indispensable !

 

Les fonds souverains évoqués ci-dessous posent les bases de ce questionnement. Pourquoi accepter des prises de participation publiques dans nos entreprises, sans aucun contrôle sur l’utilisation de ses fonds, alors que nous nous refusons – de manière dogmatique d’ailleurs – à utiliser nous-mêmes ce genre de pratique ? Cet aveuglement est présent de manière générale dans le commerce international.

Par exemple, en Chine, de très nombreux secteurs économiques restent totalement fermés aux entreprises étrangères, quand ces dernières ne sont pas obligées systématiquement de mettre en place une co-entreprise avec une entreprise chinoise pour pouvoir s’installer dans l’Empire du Milieu. Ne parlons pas encore de l’insécurité juridique totale dans laquelle se trouvent les entreprises françaises quant à leurs investissements sur place (voir le récent exemple opposant Danone à l’entreprise locale Wahaha). On retrouverait la même situation en Inde et encore à plus forte raison dans les pays pétroliers du Golfe notamment, où le secteur des hydrocarbures, pour ne citer que lui, est la plupart du temps totalement fermé aux investissements étrangers.

Il n’est pas possible plus longtemps de permettre dans de telles proportions un tel jeu de dupes. A nouveau, il ne s’agit pas d’interdire à ces pays d’investir dans nos pays. A ce titre, l’acquisition de Arcelor par Mittal n’aurait pas posé davantage de problèmes si un investisseur français avait eu la même possibilité de faire la même chose en Inde.


A cette exigence de la réciprocité de manière générale, se surajoutent deux exigences particulières que devraient porter tous les socialistes et sociaux-démocrates

Plan--te---environnement.JPGTout d’abord, sur le plan environnemental, la récente conférence de Bali, malgré ses résultats discutables ou encore la ratification par l’Australie (après l’arrivée au pouvoir de la gauche locale…) du protocole de Kyoto laissent à penser que même du côté chinois (les Indiens étant encore assez autistes sur ce sujet), une préoccupation mondiale est en train de se manifester enfin sur ce sujet crucial. Il est indiscutable que la mise en place d’une taxe carbone internationale est indispensable. Déjà au niveau communautaire, nous devons porter cette exigence très haut et en avant de tout. Ce sera le seul moyen de réguler la mondialisation en la rendant durable. Et surtout de créer davantage de réciprocité dans la répartition des efforts entre les pays dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ensuite, sur le plan social, à l’heure où la Chine met en place pour la première fois de son histoire un Code du travail, les préoccupation sociales doivent mobiliser également les socialistes. Nous devons penser à l’échelle européenne d’abord, au niveau mondial ensuite à des critères de protection de nos exigences sociales. Bien évidemment, il ne s’agit pas de forcer les Chinois ou les Indiens à mettre en place dès demain un salaire minimum équivalent au nôtre. Il s’agirait d’imposer un minimum de critères sociaux, déjà au niveau européen, en reprenant l’idée d’un SMIC communautaire (pas impossible, il n’y a qu’à voir les discussions dans de nombreux pays européens à ce sujet). L’OIT pourrait ensuite être le cadre d’une négociation plus internationale. Bien entendu, il s’agit du terrain sur lequel les évolutions seront les plus difficiles.
 

 
Loin de se bercer de rêvasseries protectionnistes d’arrière-garde, la France doit porter au sein de l’Union Européenne une voix singulière auprès de ses partenaires sur une vision pragmatique du libre-échange. Le pragmatisme étant aussi une idéologie, il s’agit précisément de montrer à quel point la mondialisation actuelle donne tort aussi bien aux ultra-libéraux hystériques qu’aux anti-libéraux acharnés. Parce que la mondialisation actuelle, bien loin d’avoir remis en cause le poids de l’Etat dans l’économie notamment, l’a rendu plus flou, plus incertain. Dans le monde développé, les Européens sont sans doute les seuls à croire à une sorte de vulgate libérolâtre totalement déconnectée de la réalité. Rien ne peut être attendu du gouvernement actuel, dont la démagogie de campagne électorale n’a jamais disparu. Les socialistes doivent donc montrer que cette voie de l’acceptation d’un libre-échange équitable dans ses principes et le plus juste possible dans son fonctionnement est à poursuivre pour faire enfin de la mondialisation sinon une chance, au moins un horizon profitable, même s'il reste dépassable.

John_G
Par Moselle d'avenir
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Dimanche 23 décembre 2007
Communiqué ravi mercredi matin de la Ministre des Finances et de l'Emploi, Christine Lagarde, célèbreMarie-Antoinette.JPG pour ses petites phrases fortes à propos (du type : "il n'y a plus d'essence - abordable - faites du vélo !"). Elle annonce que la mesure phare du paquet fiscal, au coût estimé entre 6 et 9 milliards € (à nombre d'heures supplémentaires équivalent à celui de 2006), autrement dit la défiscalisation des heures supplémentaires porterait ses fruits, puisque : "40% des entreprises de plus de 10 salariés auraient déclaré utiliser le nouveau dispositif gouvernemental".

Totalement enferrée dans ses gimmicks de campagne, la Ministre poursuit même en déclarant :
Nous avons voulu créer un dispositif pour redonner du pouvoir d’achat en permettant aux Français de travailler plus pour gagner plus ; les heures supplémentaires, ça marche !".


La ficelle est tellement énorme qu'on est toujours effarés qu'aucun journaliste n'ait saisi la moindre occasion de contre-carrer cette affirmation qui serait simplement culottée si elle n'était pas à ce point trompeuse.

Toute la journée, les différents media ont repris l'information tronquée selon laquelle "40% des entreprises françaises y auraient recours", ce qui peut s'apparenter à un relatif succès.

Lagarde.JPGOr, pourquoi le gouvernement précise-t-il dans son communiqué que ce chiffre ne concerne que "les entreprises de plus de 10 salariés" ? Peut-être, parce que les entreprises de moins de 10 salariés représentent 91% du total des 2,4 millions d'entreprises répertoriées en France et plus du tiers de l'emploi total ?

Du coup, si l'on raisonne avec ce chiffre en tête, cela signifie que le dispositif mis en place par la loi TEPA ne concerne que 40% de 9% du total des entreprises françaises. Autrement dit, 3,6% des entreprises françaises ont eu recours au dispositif gouvernemental de défiscalisation des heures supplémentaires. Effectivement, ça change la perspective et démontre à quel point cette mesure est d'une inanité économique sans nom alors qu'elle devait être la clef du "choc de confiance".

Pourtant, le gouvernement ne s'arrête pas en si bon chemin : de nouveaux tuyaux d'une longueur inégalée sont même en train d'être montés avec la monétisation des RTT pour mettre un terme (provisoire) à la plus gigantesque usine à gaz qu'il nous était donné de connaître. Le "Président du pouvoir d'achat", vous y aviez cru ? Vous auriez du savoir avant que la personne l'ayant dit aimait les contes de Disney...
Par Moselle d'avenir
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Mercredi 12 décembre 2007
Dès que le président est en difficulté et que l'opposition ose s'opposer, la majorité ne manque pas de rappeler que Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme et des promesses qu'il faut bien qu'il applique. Sa pleine légitimité serait donc fondée sur le mandat que lui ont confié les Français après avoir entendu ce qu'il promettait lors de la campagne. Comme nous l'avons fait récemment avec la pantalonnade dans le domaine international et sans revenir aux promesses indiquant qu'il serait le "Président du pouvoir d'achat", nous reviendrons aujourd'hui sur l'une de ses promesses phares, qui a sans doute attiré vers lui une bonne partie de l'électorat ouvrier.

Serial-liar

Comment ne pas se souvenir du discours prononcé devant le carreau Wendel le 18 avril dernier ? LorsMenteur-menteur.JPG d'un discours d'une démagogie rarement atteinte au cours d'une campagne électorale, même chez les candidats purement contestataires, Sarkozy n'hésita pas à remettre en doute la légitimié du Plan Acier de l'époque, à déclarer que le "marché [était] performant sur le court terme mais aveugle sur le long terme" avant d'ajouter, paroxysme de la démagogie : "je veux me battre contre les délocalisations [...] le mot fatalité ne fait pas partie de mon vocabulaire" ou encore "je n'ai pas aimé que l'on laisse mourir Pechiney"...


Comment ne pas s'apercevoir aujourd'hui de la réalité des faits et de la contradiction profonde avec la politique menée par le gouvernement ? La politique industrielle est inexistante, faute de volonté bien sûr, faute de crédits surtout gaspillés en juillet dernier avec les funestes cadeaux fiscaux. Les délocalisations se poursuivent donc, dans l'indifférence générale, contrairement à tous les engagements de campagne. Mais surtout, les dernières délocalisations annoncées changent de nature et de deux façons. Tout d'abord, alors que seules les industries à faible valeur ajoutée se délocalisaient et que l'on prétendait au caractère inexorable de ces dernières, c'est désormais au tour des industries à forte valeur ajoutée de délocaliser leurs productions. Ensuite, et c'est sans le doute le plus incroyable dans ces récentes annonces, ces délocalisations sont le fait d'entreprises en relation directe avec l'Etat. 


Délocalisons, avec l'argent des contribuables !

Deux exemples récents donnent le tournis si ce n'est autre chose. 

Rafale.JPG- Dassault ou l'envol sauvage de l'oie gavée aux fonds publics : depuis plus de 50 ans, Dassault Aviation, en dehors de ses programmes civils (Falcon) est dépendante des commandes publiques. Elle dispose même très largement de fonds publics pour développer ses aéronefs. Le seul exemple du programme Rafale, dont le coût de développement dépasse largement les 35 milliards € et le désastre commercial assumé par le seul Etat français démontrent à quel point les liens entre l'Etat et Dassault sont vivaces. Pourtant, cela n'a pas empêché le PDG de Dassault de déclarer sans ambages, que "tout était délocalisable", en dehors (encore heureux) des centres de décision. Ce type de déclaration ne peut pas être admis par l'Etat français, dans la mesure où l'existence-même de Dassault et de ses performances financières dépendent des commandes de ce dernier ; 

- EADS ou l'Etat qui organise lui-même la délocalisation d'activités du territoire français : Arnaud-Lagard--re.JPGon atteint dans cet exemple le comble de la tartufferie d'Etat. Arnaud Lagardère, qui on ne le répétèra jamais assez, préfére passer pour "incompétent plutôt que pour malhonnête" persévère visiblement puisqu'il a déclaré tout à trac dimanche dernier qu'une grande partie de la production des Airbus allait être également délocalisée. Rappelons simplement que l'Etat français reste actionnaire à hauteur de 15% du capital d'EADS, que le secteur aéronautique en France est l'une des principales réserves d'emplois mais aussi de recherche-développement. Que l'Etat décide lui-même d'avaliser une délocalisation d'une entreprise dont il contrôle une partie du capital, ce serait en tout cas une première qui serait la première véritable "rupture" du quinquennat. 


Dans les deux cas, bien évidemment, le prétexte de l'Euro fort est avancé pour légitimer les délocalisations. Bien évidemment, l'Euro est à niveau trop élevé et cela porte en partie préjudice à Airbus dont les coûts de production sont en Euros et les recettes commerciales en dollars. Mais outre que cet argument peut être relativisé  (toutes les commandes ne sont pas impactées de la même façon : 40% d'entre-elles sont intra-européennes), il est inconcevable de déplacer des usines de production d'une telle importance à la petite semaine en tenant compte de l'évolution du marché des changes (qui évoluent d'ailleurs sans que l'anticipation soit évidente). Faudra-t-il les redéplacer dans six mois si la parité Euro-dollar s'inverse ? Ces arguments ne sont donc pas recevables. Ils le sont d'autant moins que ces entreprises sont, indirectement ou très directement, liées à l'Etat, aux fonds publics.

Les socialistes doivent être à l'avant-garde dans ce combat parce que dans ce cas, l'Etat peut beaucoup, voire tout. Sa démission dans le cas d'espèce serait inqualifiable, tellement elle mettrait en cause l'emploi bien sûr, notre industrie mais aussi nos intérêts stratégiques.

John_G
Par Moselle d'avenir
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Mardi 4 décembre 2007

L’examen attentif du projet de loi de finances (PLF) pour 2008 réserve des surprises qui témoignent des orientations réelles du gouvernement en matière économique. Celles-ci consistent, dans la continuité du paquet fiscal de juillet, à accorder un nombre invraisemblable de cadeaux fiscaux aux plus fortunés quand dans le même temps de nouvelles taxes (franchises notamment mais pas seulement) sont mises en place pour le plus grand nombre.


Boursicoteurs de tout le pays, réjouissez-vous !

 

Rappelons-nous l’aveu du Premier ministre (l’Etat « en faillite ») ou celui du Président (« il n’y a plus d’argent dans les caisses »). En réalité, cette pingrerie généralisée à la tête de l’Etat après les poches imp--t-de-bourse.JPGpercées des 15 milliards € distribués sans aucune efficacité en juillet est à géométrie variable. Lors de la discussion du PLF à l’Assemblée, le gouvernement a mis deux minutes environ à accepter un amendement qui allait retirer, d’un coup, 240 millions € des caisses de l’Etat. Cet amendement consiste en effet à supprimer l’impôt de bourse, qui existe depuis 1893 et consistait à taxer à hauteur de 0,3% (autrement dit, une fiscalité confiscatoire…) toute transaction boursière d’un montant supérieur à 0,3% à 7668 € (et l’Etat ne pouvait en outre percevoir plus de 610 € par transaction). Cela excluait bien entendu la plupart de ces dites transactions, notamment celles qui concernent l’épargne populaire, dont les montants sont évidemment bien moins élevés. Qu’à cela ne tienne, face à un tel spectacle d’inégalités criantes et de véritable confiscation du pouvoir d’achat, le gouvernement expliqua à l’Assemblée que cet impôt devait être supprimé et il le sera effectivement d’ici 2009.

 

Dans une décision politique, il y a deux critères essentiels :

- L’efficacité de cette dernière, à savoir quels en sont les bénéfices attendus au regard du coût qu’elle génère. Dans ce cas, il est évident que la transposition de la directive européenne MIF (Marchés d'instruments financiers) qui implique la fixation d’ « exigences harmonisées pour l'activité des intermédiaires agréés » oblige à une réévaluation de cet impôt de bourse séculaire. On aurait pu effectivement réfléchir à un autre moyen de taxer les transactions financières mais on s’étonne de la facilité avec laquelle le gouvernement a cédé, sans réflexion préalable, à cet amendement parlementaire. On s’étonne par exemple que le gouvernement n’ait pas conditionné le renoncement à cet impôt avec la relocalisation des activités financières concernées qui auraient quitté le sol français en raison de cet impôt. On exige de plus en plus et souvent à raison qu’un individu rende compte des aides qu’il perçoit. Pourquoi ne pas faire de même avec une entreprise ? ;

- L’opportunité politique, autrement dit son caractère symbolique. Le message essentiel du gouvernement, comme on l’a rappelé, consiste à dire qu’il faut travailler davantage pour mériter plus de pouvoir d’achat. Or, le coût de cette mesure est loin d’être neutre pour l’Etat, mais est en revanche un réel avantage pour les plus grosses transactions financières, tandis que le plus grand nombre ne bénéficie pas de cette grande mansuétude. Mais le caractère symboliquement plus que désagréable de cette mesure est renforcé par le votre d’autres mesures que l’on retrouve dans le PLF. Notamment le fait que toutes les mesures censées mettre toutes les formes de revenus à égalité de contribution à la solidarité nationale très fortement ment édulcorées, voire vidées de leurs contenus. Par exemple, en minimisant déjà considérablement la proposition de la Cour des comptes qui consistait à taxer les stock-options (avec un bénéfice attendu de 3 milliards € pour les caisses de la sécurité sociale),  le gouvernement avait fait voter une contribution salariale de 2,5 % sur la plus-value dégagée par le bénéficiaire lors de la levée de stock-options. Mais cette extrême sympathie ne devant pas suffire, cette mesure ne sera pas rétroactive, ce qui est totalement aberrant en matière de stock-options puisque cela revient à dire que les bénéficiaires de stock-options se voient accorder un délai d'au moins quatre ans, correspondant à la période d'indisponibilité fiscale de cette forme de rémunération des cadres et des dirigeants. Autrement dit, les stock-options ne rapporteront quasiment rien à notre système de protection sociale d’ici 2011…

 

Vous l’avez voulu, vous en voulez encore ?

 

C’est sans doute la manière dont le candidat Sarkozy remercie nos aînés, qui ont voté à plus de 65% pour lui le 6 mai dernier. On pourrait donc se dire que certaines personnes âgées n’ont que ce qu’ellesTV.JPG souhaitaient. En plus des franchises qui vont particulièrement les toucher, du non-relèvement des petites retraites (pourtant promis par le candidat de l’UMP) dont pâtissent particulièrement les femmes âgées veuves, le gouvernement vient leur expliquer que ce qui reste souvent et malheureusement leur dernière distraction va leur coûter davantage ! Le gouvernement a effectivement décidé dans le PLF que 780 000 ménages, exonérés du paiement de la redevance audiovisuelle pour raisons sociales allaient devoir désormais la payer. Une réforme votée en 2004 avait effectivement prévu, pour améliorer le coût de la collecte, d’adosser la redevance télévision sur la taxe d’habitation. Profitant de cela, le gouvernement a donc décidé d’intégrer dans l’assiette de la redevance des ménages, souvent âgés de plus de 60 ans, qui ne disposent de revenus trop faibles pour payer l’impôt sur le revenu mais trop élevés pour ne pas être assujettis à la taxe d’habitation. Le vote de cette mesure est non seulement particulièrement inique mais les quelques 100 millions € qu’elle rapportera ne bénéficieront même pas à l’audiovisuel public puisque officiellement, selon le contrat qui lie France Télévisions à l’Etat, aucune somme supplémentaire ne devrait leur être accordée. Autrement dit, Mesdames et Messieurs, il ne faut même pas compter sur une amélioration de la qualité de vos programmes !

Le télescopage de ces quelques mesures pourrait, pour un esprit peu avisé, paraître cruel. En réalité, il est l’illustration parfaite de l’exercice du pouvoir sarkozyste. Sans complexes avec l’argent de l’Etat quand il s’agit de la redistribuer aux plus aisés, sans complexes également quand il s’agit de le reprendre chez l'ensemble des Français.

Jonathan Gindt
Par Moselle d'avenir
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Lundi 19 novembre 2007

Après une première semaine sociale agitée, encouragée par le gouverment, la prochaine ne s'annonce pas moins intense, bien au contraire. Six fédérations syndicales ont effectivement appelé à la reconduction de la grève pour demain. Mardi 20 novembre, ce sera au tour des fonctionnaires de manifester avec pour principaux mots d'ordre (rejoignant ainsi la grande majorité des Français) la revalorisation de leur pouvoir d'achat et la lutte contre les suppressions de postes aveugles prévues par le gouverment.

Plus que les enjeux des réformes concernées par la grogne sociale, plus que la question de la méthode utilisée par le gouvernement, cette semaine a illustré à bien d'autres égards, l'héritage des cinq années piteuses de droite que nous venons de connaitre et les risques avérés que ces directions calamiteuses se poursuivent, voire s'amplifient au cours des cinq prochaines années.

Compte tenu de la mobilisation sociale, ces deux nouvelles sont passés trop inaperçues. Elles y trouvent pourtant un écho particulièrement puissant, même si tous les Français, in fine, sont concernés.


La mort du CNE ou l'exemple typique de l'incompétence économique totale de la droite française

Dominique de Villepin, présenté pour des questions de stricte rivalité personnelle comme un "opposant" à Nicolas Sarkozy n'en est en réalité à bien des égards que le précurseur. En matière de méconnaissances économiques et sociales par exemple. On nous expliquait alors que le meilleur moyen de lutter contre le chômage était de flexibiliser et encore flexibiliser sans cesse le marché du travail, afin de le rendre favorable aux patrons et ceci au détriment évidemment du salarié.
 

CPE---PS.JPGLe CNE - Contrat Nouvelle Embauche - (promulgué par ordonnance en août 2005) allait même jusqu'à proposer pour les entreprises de moins de 20 salariés (soit plus de 95% des entreprises françaises) que les patrons puissent se séparer pendant deux ans (période dite de "consolidation"), et ceci sans aucun motif, de l'un de leurs salariés. Les conditions de licenciement (préavis et autres modalités) étaient simplifiés à tel point que le salarié était littéralement "jetable" du jour au lendemain. Par ailleurs, l'indemnité obtenue par le salarié en cas de rupture de contrat était même inférieure à celle que celui-ci percevait s'il était embauché en tant qu'intérimaire. Contrairement à la fantasmagorie créée lors de la campagne, la droite "décomplexée" a déjà pleinement et entièrement montré son visage à cette occasion.

Tellement content de sa magnifique trouvaille, le gouvernement de l'époque avait même décidé d'étendre ce dispositif aux jeunes. Le CPE (Contrat Première Embauche), réservé aux jeunes était créé et en termes de modalités une copie conforme du CNE. La mobilisation des parlementaires socialistes et plus largement de la population française a permis de faire reculer le gouvernement qui essayait pourtant de passer en force (recours au 49-3…). Pourtant, que ne nous a-t-on pas expliqué à l’époque ! Que la France devrait au moins l’ « expérimenter », qu’elle était le dernier « bastion soviétique sur Terre », qu’il fallait de toutes façons « casser le Code du travail » (Christine Lagarde) et surtout, argument censé « imparable » de l’UMPiste de base, que « tous les pays l’ont fait sauf nous ».

Or, que vient de dire l’OIT (Organisation Internationale du Travail) le 14 novembre dernier ? Cette organisation (connue pour ses appels réguliers au Grand Soir) qui est censée édicter des règles CPE.JPGde droit travail minimales pour tous les Etats parties, vient de censurer très nettement l’existence-même du CNE (et par ricochet, de toute expérimentation de type CPE). La convention n°158 de l’Organisation, ratifiée par la France, prévoit effectivement que tout licenciement soit dûment motivé et que la période d’essai de deux années n’est pas objectivement raisonnable. Autrement dit, les arguments répétés depuis la promulgation de cette loi par l’ensemble des socialiste et toutes les personnes sensées de ce pays.

 

Comment ne pas être consterné à rebours par l’autisme total de la majorité UMP alors que le gouvernement avait tenu pendant des mois face à un projet que même des règles extrêmement minimalistes de protection du salarié acceptées par plus de 180 Etats condamnent ?

 

 

Depuis 2002, les inégalités sont reparties à la hausse : la condamnation sans appel de la stratégie du gouvernement

 

La dernière publication du Portrait social de la France par l’INSEE a donné lieu à un concert d’auto-satisfaction absolument invraisemblable de la part du gouvernement. La Ministre Christine Lagarde n’a même pas hésité à se féliciter de la baisse du chômage (8,4% tout de même) alors que cela ne représente ni plus ni moins qu’une légère hausse par rapport à son niveau au départ du gouvernement Jospin (qui l’avait effectivement fait baisser de plus de 4 points entre 1997 et 2002) !
 

Pourtant, ce Portrait social révèle une vérité criante et terrifiante, quPortefeuille.JPGe de la même façon, les parlementaires socialistes avaient bien mis en avant. L’INSEE établit clairement que « depuis 2002 » et pour la première fois depuis les années 1970, le mouvement de réduction des inégalités de niveau de vie et de pauvreté s’essouffle.

L’INSEE continue en montrant qu’entre 1997 et 2007, le patrimoine des 10 % les plus riches a progressé de 40 %, alors qu’il a stagné, voire diminué pour les 10 % les plus modestes. L’INSEE a recensé l’apparition de 260 000 "nouveaux pauvres", de la même manière un chiffre accablant, tandis que 7,1 millions de Français peuvent en tout être considérés comme tels. 

En ce qui concerne les revenus d’activité, les choix fiscaux opérés ont abouti à ce que, selon l’INSEE, « la baisse globale du poids des prélèvements, en particulier de l'impôt sur le revenu, a profité davantage aux plus aisés », alors que les prestations, qui bénéficient aux ménages les plus modestes, « en revanche ont peu évolué ».

 

 

Tout cela sonne comme un réquisitoire implacable contre la politique menée par le gouvernement actuel, qui n’est que l’amplification du désastre du deuxième mandat de Jacques Chirac. Alors que les inégalités de patrimoine et de revenus sont exacerbées, que le nivellement vers le bas est plus puissant que jamais, le gouvernement n’a pas hésité à faire voter dans l’urgence, en juillet dernier, des cadeaux fiscaux d’un montant total de 15 milliards € et notamment le « bouclier fiscal » distribuant près de 200 millions € (soit le gain supposé l’année prochaine de la réforme des régimes spéciaux) à 2400 contribuables ! C’est ce même gouvernement qui va mettre en place la franchise médicale (50 Euros par malade, même au SMIC !), bientôt la franchise judiciaire (pour les plus modestes bénéficiant de l’aide juridictionnelle) ou qui invoque l’ « équité » face aux « privilégiés » que seraient les cheminots et autres traminots.


Le gouvernement ne peut pas sans cesse opposer démocratie politique et sociale. L’élection du Président de la République le 6 mai dernier n’est pas une onction qui le rend intouchable. Le combat contre le CNE et le CPE ont montré à quel point au contraire la vigilance politique et citoyenne, la mobilisation de l’opposition et des acteurs sociaux ont porté leurs fruits… et à quel point ils étaient (à tous les sens du terme) dans leur bon droit.

 

Surtout, le gouvernement ne peut pas se prévaloir de cette légitimité sans cesse invoquée quand l’observation scientifique, presque clinique du pays qu’il dirige, montre à quel point les choix opérés vont désespérément dans le sens contraire de l’intérêt général. En ce début de semaine sociale, nous devons en tout cas nous rappeler de cette victoire et de ce constat, tous deux des condamnations vigoureuses de la politique menée actuellement.
Par Moselle d'avenir
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Dimanche 18 novembre 2007
Réforme des retraites : ce qu’aurait pu faire Ségolène

Ce qui est vital, c’est un financement durable des retraites et la garantie d’un niveau correct de pension pour les retraités. Les choix opérés en 1993, 2003 et 2007 n’ont pas réglé ces questions. Une politique de gauche des retraites consisterait à mener la réforme dans le cadre d’une négociation d’ensemble, au lieu d’opposer les salariés entre eux. Je ne peux que constaté le fait que beaucoup de temps a été perdu.

Quarante annuités pour tous constitue un horizon général raisonnable, à moduler en fonction de la spécificité des métiers, de leur pénibilité physique et psychologique, mais aussi de l’espérance de vie variable selon les professions. Comment une réforme (en l’occurrence celle des régimes spéciaux) pourrait-elle être acceptée, car elle aboutit à " travailler plus pour gagner moins " ?

A partir des travaux du Conseil d’orientation des retraites, plaidons pour un financement équitable et pérenne, le maintien du taux de remplacement du salaire, la prise en compte de l’espérance de vie, une hausse des petites pensions. Proposons aussi une contribution des revenus du capital à la solidarité nationale.
 
C’est sur ces bases que l’on doit pouvoir avancer tout en préservant l’ensemble de nos régimes de retraite par répartition.


Pour l’anecdote. Sarkozy dans son élan social a mis dans son programme la proposition suivante : faire passer le taux de réversion des 54 à 60%, en direction des veuves ayants peu ou pas travaillées. Qui s’en souvient aujourd’hui ? N’est-elle pas devenue lettre morte ?

Il est vrai que depuis 6 mois beaucoup de choses se sont passées :

Le mirage de l’ouverture

La tactique dite « d’ouverture » complète la stratégie présidentielle. Ont été convaincues d’entrer au gouvernement - sans trop de mal, semble-t-il - des personnalités anciennement classées à gauche. Il n’a pas été question - ce qui aurait constitué une vraie « ouverture » - de modifier le contenu de la politique de la majorité afin de tenir compte de l’opposition. Non : il s’agit exactement du contraire. Il s’agit d’essayer de disqualifier la gauche en prétendant que la politique de la droite recueille désormais l’assentiment général. Comment qualifier ces transfuges ? Car, au-delà de leur diversité, ils me semblent présenter deux caractéristiques communes : être attirés par la lumière et être tatillon sur leurs  convictions. Le PS a hésité sur l’attitude à adopter. Elle est pourtant simple. Dans les instances, commissions et procédures de la République, nous devons occuper toute notre place ; en revanche nous devons refuser toute participation directe ou indirecte à l’exécutif. La démocratie, c’est d’abord la clarté.


La complaisance des médias envers le Président

Tout est organisé pour favoriser cette stratégie. Aujourd’hui,  l’expression du Président de la République dans les médias audiovisuels n’est pas décomptée. Le gouvernement, la majorité, l’opposition, oui ; le Président, non ! Or le vrai chef de l’exécutif et de la majorité, plus encore que dans le passé, c’est lui. Il serait donc normal, comme cela a été demandé, que son temps d’intervention audiovisuelle et celui de ses collaborateurs soient désormais comptabilisés, et que soit accordé un temps équivalent à la majorité et à l’opposition. Un texte devrait le prévoir. Afin d’en assurer le respect, les radios et les télévisions doivent comporter dans leur programme un équilibre entre trois temps d’intervention et assurer des conditions de programmation comparables : celui du Président de la République, de ses collaborateurs et des membres du gouvernement, celui des personnalités appartenant à la majorité parlementaire, celui des personnalités de l’opposition ». Je souhaite qu’un article de ce type sur la démocratie médiatique soit inscrit dans la Constitution. Cet aspect est devenu plus décisif pour l’équilibre des pouvoirs.

Quand le paquet fiscal est devenu le boulet fiscal

Pour trouver l’argent jeté par les fenêtres, en direction des plus riches : Que fera t-il ? Premièrement, pour réduire le plus possible les interventions et services publics, puisque c’est son obsession idéologique, il évoque  la montée de l’individualisme : comme si le recours au collectif était contradictoire avec la satisfaction des individus ! Sarko tentera de diviser les fonctionnaires, en leur promettant une ristourne si les postes de leurs collègues sont supprimés, si il parvient à ses fins. Il y aura bien au bout du compte moins de fonctionnaires et pas mieux payés. Les Français en général pourront "gagner plus s’ils travaillent plus" ? Non, il faudra travailler plus sans gagner plus ; souvent même, on devra travailler plus et plus longtemps, pour finir par gagner moins, en salaire, en retraite et, une fois toutes les ponctions opérées, en pouvoir d’achat. Le SMIC sera remis en cause, le contrat de travail aussi puisque, dans cette conception, l’avancée économique ne peut exister que par le recul du social. Quant à l’Europe, elle sera à la fois courtisée et accusée de tous les maux pour excuser les échecs gouvernementaux.

La myopie sarkozienne

La France possède des atouts : notre productivité, notre démographie, notre qualité de main d’œuvre, nos services publics, notre géographie, mais notre pays a besoin de réformes profondes, justes, concertées. Nous avons besoin de renforcer l’offre des entreprises, en particulier les PME, sans amputer le pouvoir d’achat. D’où l’absurdité injuste de mesures telles que la taxation médicale, les hausses de prix tous azimuts, l’augmentation de la TVA! Et divers reculs sociaux intervenus ou programmés, contre lesquels il va falloir mobiliser. Nous avons besoin de rassembler le pays dans un effort de dynamisation, de réforme et de justice, plutôt que d’opposer les catégories entre elles : jeunes contre vieux, centre villes contre quartiers, travailleurs contre chômeurs, nationaux contre étrangers, salariés du public contre secteur privé. Nous avons besoin d’une politique de résultats plutôt que d’une politique de médias. Le bombardement médiatique est si puissant et le tournoiement des thèmes si rapide que, malgré le courage de beaucoup de journalistes, les médias et l’opinion ont réduits au rôle de suiveurs. Le but est d’éviter à tout prix le temps de l’analyse critique des faits.


Quelques une de nos actions depuis la victoire de la droite

  • Nous avons combattu avec force et détermination les scandaleux tests ADN, contraires à notre droit de la bioéthique, contraires à notre approche de la famille et à mon sens contraires aux principes de la Constitution. Bien évidemment ce  pouvoir  n’oublie pas ce qu’il doit aux voix d’extrême droite ;
  • En parti responsable, nous avons choisi de soutenir l’adoption du traité de Lisbonne ;
  • Nous avons débusqué  la volonté gouvernementale de financer les déficits volontairement créés par la droite, par l’augmentation de la TVA ;
  • Enfin, nous participons activement aux débats parlementaires : amendements, commissions…

                                                                                                          Matthieu Schmidt

Par Moselle d'avenir
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Vendredi 26 octobre 2007

Le rouleau compresseur médiatique et la stratégie d’étouffement utilisée par Nicolas Sarkozy empêchent souvent le moindre recul. Essayons de le prendre aujourd’hui pour mesurer, à près de six mois de l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, où en est la « rupture ». 

 

Dans une interview récemment accordée à Libération, Ségolène Royal déclarait : « Ce qui me frappe, c'est le contraste entre le discours, le changement de style et, au fond, un grand archaïsme dans la façon de procéder ». Au-delà du vernis de modernité communicationnelle, il ne faut effectivement pas gratter longtemps pour retrouver les couches du passé, qui sont en réalité les déterminants essentiels de la politique menée actuellement. Plusieurs exemples récents nous le démontrent parfaitement.

   

   

Les bonnes vieilles tactiques des briseurs de grèves
 

Jeudi 18 octobre, plusieurs syndicats de la SNCF avaient déposé un préavis de grève reconductible, à savoir SUD, FO et la FGAAC (Fédération Générale Autonome des Agents de Conduite). De manière étrange, dans la soirée, ce dernier syndicat appelait finalement à la reprise du travail, contribuant ainsi à rompre l’unité syndicale déjà bien fragileLa-France-qui-se-l--ve-trop-.-ou-pas-assez.JPG. La FGAAC était pourtant particulièrement déterminée et ses représentants avaient assuré qu’ils ne céderaient pas, même s’il fallait faire une grève longue et dure. Que s’est-il donc passé ? En réalité, utilisant des méthodes que Denis Gautier-Sauvagnac et l’UIMM ne renieraient pas, le gouvernement a fait pression sur la direction de la SNCF pour que celle-ci prenne langue en toute discrétion avec ce syndicat pour céder à leurs revendications. Ce syndicat étant à la fois autonome et le plus ultra-corporatiste de la SNCF, les avantages concédés aux seuls conducteurs ont donc suffit à le décider à se désolidariser du mouvement. Mais quels sont ces avantages ? Tout simplement le fait que les conducteurs ne seront peu ou prou pas touchés par la réforme des régimes spéciaux comme les autres agents SNCF. Autrement dit, alors que le gouvernement fait de l’ « égalité » le talisman de sa réforme, il a consenti de manière catégorielle un avantage aux conducteurs (qui pourront toujours partir à 55 ans) qu’ils soient déjà employés ou recrutés dans le futur. Toutefois, en n’hésitant pas à céder à ce genre de demandes corporatistes pour briser un mouvement, comment le gouvernement peut-il compter faire une réforme juste, sereine mais déterminée ? Les négociations sociales doivent-elles se transformer en arrangements de boutiquiers derrière le manteau ? Voilà le vrai visage de la droite sarkozyste, malheureusement typique de la droite française.


« Ce n’est pas la rue qui gouverne »… ça dépend qui est dedans

 

Nicolas Sarkozy l’a encore répété ce matin devant les employés de la SNCF : « nous ne céderons pas devant la pression de la rue ». Face aux « privilégiés » des entreprises publiques dont les régimes spéciaux sont « indignes » (ce sont les mots du chef de l’Etat) lancés à la vindicte populaire, il ne faut Bons-corporatistes.JPGsurtout pas céder, entendez négocier si ce n’est de la façon évoquée ci-dessous. Disons simplement que la droite a toujours eu une vision du corporatisme à géométrie variable. Par exemple, si 300 000 salariés en grève le 18 octobre ne méritent aucune considération, 10 000 internes en grève illimitée (des gauchistes sans doute atteints de la peste rouge – où sont les vaccins ?) depuis deux semaines méritent en revanche toute l’attention du gouvernement. L’une des seules dispositions intelligentes du PLFSS actuellement en discussion était la « possibilité d’ouvrir des négociations relatives à la libre installation des médecins ». Autrement dit, il s’agissait de se rendre compte que les mesures incitatives mises en place par la majorité actuelle pour conjurer la désertification médicale sont un échec patent et qu’il faut en arriver à des mesures plus restrictives. Mais le PLFSS n’ouvrait que la possibilité d’en « discuter ». Qu’à cela ne tienne, la clientèle habituelle de la droite (qui a augmenté à 3 reprises sans aucune compensation la rémunération à l’acte des médecins libéraux depuis 5 ans) méritait bien que l’on n’en discute même pas. Le corporatisme des uns est « indigne », celui des autres mérite que le gouvernement se sépare en quelques jours de l’une de ses rares bonnes idées.

 

Mais le plus invraisemblable est encore à venir et le PLFSS qui est en train d’être voté va sans doute réserver des surprises abracabrantesques comme dirait l’autre. Face à la grogne plus que visible des avocats en raison de la méthode ultra-autoritaire choisie par Mme Dati pour « réformer » la carte judiciaire, le gouvernement propose de mettre en place un nouveau… régime spécial de retraites ! Incapable de discuter, Mme Dati se dit que le seul moyen de « faire taire » les protestations souvent légitimes des professionnels du droit serait de leur jeter en pâture des compensations sonnantes et trébuchantes pour acheter leur silence. C’est ainsi que les avocats concernés par les fermetures brutales de TGI (Tribunaux de Grande Instance) se verraient proposés un départ en préretraite (dès 55 ans) alors que l’on explique depuis plusieurs années désormais qu’il faut stopper ces systèmes pénalisant le travail des seniors et qu’on allonge pour tous la durée de cotisation. Comme le résumait Marisol Touraine, députée PS, en s’adressant au gouvernement, on est dans une situation ubuesque : « Alors que vous prétendez réformer les régimes spéciaux au nom de l'équité, voici que vous achetez la paix sociale en proposant une retraite anticipée aux avocats ». Comment imaginer en effet que ces tours de passe-passe, ces contre-feux allumés ici et là permettent de réformer équitablement la France ? C’est aussi la faiblesse de ce gouvernement, privilégiant les paillettes à la compétence, qui conduit à ce genre de dérives clientélistes particulièrement inquiétantes. 

 

 

Judas a un prix 

 

On savait depuis Eric Besson que la trahison valait bien un secrétariat d’Etat aux petits pois. On saitJudas.JPG désormais qu’elle doit aussi permettre des arrangements avec la loi. Alors que la situation économique et financière de la France se dégrade à vue d’œil, savez-vous quelle est la priorité du gouvernement, qu’il a inscrit en « urgence » (sic) à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale ? C’est le « Nouveau Centre » qui est le nouveau centre des intérêts de la majorité en place. Autrement dit, malgré les tentatives pathétiques de ce groupuscule croupion de l’UMP lors des législatives (Hervé Morin avait présenté sa femme, son chauffeur, sa femme de ménage…), ils ne sont pas parvenus à réunir plus de 1% des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions au niveau national, règle écrite et précisée dans le Code électoral pour obtenir le financement public. Qu’à cela ne tienne… Le Nouveau Centre a déposé une proposition de loi modifiant les règles du jeu (après le jeu) pour faire en sorte qu’il dispose malgré tout du financement public. Comptant sur l’endormissement des députés de l’opposition et lui-même un peu honteux (du moins on l’espère) face à cette mascarade, le gouvernement a essayé de faire passer cette « réforme » vitale pour la France du jour au lendemain. Grâce à la présence massive des députés PS et à la décence de certains parlementaires UMP absents de l’hémicycle, cette tentative piteuse a heureusement tourné court. Pourtant, le gouvernement a dit ne pas renoncer pour effectivement solder les comptes de la traîtrise des anciens compagnons de François Bayrou. Dire que certains rêvent d’ « union des centres »…

Clientélisme, manipulations, ruptures d’équité flagrantes, réformes de façade, est-ce cela la « rupture » tant promise ?  Rupture avec le meilleur de la période chiraquienne (une France qui préservait malgré tout sa tradition humaniste – cf tests ADN) mais conservant, voire amplifiant le pire des caractéristiques de la droite française, les Français vont vite finir par demander le divorce... pour faute !

Jonathan Gindt
Par Moselle d'avenir
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Vendredi 21 septembre 2007

8 - Constate-t'on un boom de l'immobilier ?
Non. C'est une autre croyance, très répandue qui consiste à penser, que la mise en service d'un TGV s'accompagnera d'une invasion de Parisiens, faisant grimper, mécaniquement, l'immobilier local. Mais, la cause est purement endogène. L'exemple de Reims est à ce titre très parlant. Bien que les prix du foncier y soient déjà considérés comme très élevés, l'arrivée de la grande vitesse s' est traduite parune nouvelle hausse du prix des biens. Il faut regarder de près les transactions auprès des notaires. Et on constate que la demande était essentiellement locale. Ce ne sont pas les Parisiens qui achètent les biens mais les Rémois qui anticipent la hausse du marché. Rurbains qui réinvestissent le centre-ville. Ménages aisés qui investissent dans la pierre. Ou simples spéculateurs. Tous ont considéré l'arrivée du TGV comme une raison suffisante pour acheter.

9 - Se crée-t'il automatiquement de nouvelles zones d'activités économiques ?
Non. Bien loin du mythe-entretenu par les élus qui consiste à décrire le TGV comme un aimant à entrepreneurs. L'implantation d'une entreprise est bien plus complexe. Quand bien même le TGV jouerait un rôle, celui-ci restera toujours secondaire par rapport à d'autres critères beaucoup plus importants tels que le prix du foncier, la proximité d' un bassin de population, d'une réserve de main d'oeuvre... Néanmoins, le TGV permet peut-être de retarder certaines délocalistions. Enfin, certains quartiers gare font peaus neuves, à l'image de Thionville.

gare-thionville.jpg


10 - Peut-il y avoir une nouvelle dynamique urbaine ?
Oui et non. Avant d'attirer des fonctions économiques, il faut commencer par s'interroger sur le cadre et la qualité de vie. Les chefs d'entreprisess'installent dans les villes qui les rassurent. En fait, tout dépend de l'applictaion des pouvoirs publics locaux. Disposer d'universités, de théâtres, d'installations sportives est un atout. Un tram-train, des espaces verts, un centr-ville coquet et vivant, c'est encore mieux.

11 - Des opportunités pour l' emploi ?
Oui et non. La croissance de l'emploi n'est pas systématiquement laplus forte dans les villes TGV. De même, alors que les élus s'attendent bien souvent à un développement de l'emploi dans le tertiaire, les statistiques ne font apparaître que des résultats très contrastés dans ce secteur.

12 - Les gares de rase campagne sont-elles justifiées ?
Non. Il faut savoir que la ligne grande vitesse passe par 3 gares d'interconnexion : Champagne-Ardenne TGV, Meuse TGV, et Lorraine TGV... toutes 3 construites en dehors des zones d'urbanisation, alors que les expériences de ce type sont loin d'avoir été concluantes par le passé. Les gares à la campagne sont une illusion d'urbanisme, née du fantasme des élus et des intérêts de la SNCF qui souhaite gagner le plus e temps sur le tracé en évitant les centres-ville. Tous nos voisins européens récusent ce principe, nous sommes les seuls en France à nous entêter. La liste est longue. Vendôme, Mâcon-Loché, Haute-Picardie. Alors que chaque projet, faisait miroiter de fortes retombées en matière d'aménagement du territoire et de développement économique, les résultats ont rarement été  la hauteur des investissements engagés. Loin d'être les moteurs d'un nouveau développemnt économique, ces gares se résument le plus souvent à de vastes parkings en rase campagne, gagnant le surnom peu reluisant de "gares des betteraves". 
On peut donc naturellement s'interroger, sur l'utilité de la création d'une nouvelle gare à Vandières ?

                                                                                                                                                                  Matthieu Schmidt

 

Par Moselle d'avenir
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