Vers un second tour Hollande - Royal ?

Publié le par Lettre à tous les Résignés et Indignés

"On ne naît pas Président(e) de la République, on le devient. On le devient au prix de sacrifices, d’engagements, de renoncements parfois. Un destin qui se construit pas à pas, une vie dédiée à la politique matin, midi et soir. Un sacerdoce républicain.

Puis vient le déclic pour les plus persévérants, ceux qui ont grimpé les échelons, obtenu les plus hautes fonctions, su convaincre ou séduire les citoyens. Pensons un instant ensemble à ce moment exceptionnel, probablement un peu diffus, où le candidat se dit : « Je veux être le prochain Président de la République Française ». Quelle intensité ! Quelle solitude également ! Voilà une décision qui doit être murement réfléchie, pesée, une décision si intime qu’elle ne peut pas être prise à la légère car très vite le candidat ne s’appartient plus.

Le chemin qui mène à la Présidence de la République est, on le sait, long et parsemé d’embuches. Il faut savoir rebondir après l’échec comme François Mitterrand ou bien Jacques Chirac. Il faut savoir renaitre de ses cendres après une traversée du désert comme Nicolas Sarkozy. Il faut savoir gérer une campagne éprouvante, agressive, voire parfois indigne. Il faut savoir attendre le bon moment : 2007 n’était pas le bon moment pour DSK, 2012 aurait pu l’être.

Mais il faut surtout avoir le feu sacré. Une détermination sans faille. L’envie d’en découdre et d’être le meilleur. La volonté est un élément clé de la victoire. L’envie d’avoir envie, l’envie de gagner, l’envie de mettre en œuvre un projet au service d’une vision de la France.

Déjà en 2007, Nicolas Sarkozy annonçait qu’il y pensait chaque matin en se rasant. Ségolène Royal a su balayer ses concurrents parce qu’elle incarnait une sorte de renouvellement mais aussi grâce à cette foi quasi mystique qu’elle avait en elle (et qu’elle a toujours).

Aujourd’hui en 2011, regardons comment les candidats se positionnent sur ce terrain :

François Hollande, fort d’une campagne commencée très tôt, rappelle très régulièrement que rien ne le détournera de son objectif. Finalement pour lui, il n’y a pas d’avant ou d’après « affaire DSK », il s’était de toute façon mis en condition pour aller au bout, gagner la primaire puis la présidentielle. On note des prémices de storytelling autour de trois moments clés de son parcours :

  • Sa ténacité et sa combativité lorsqu’il s’est installé en Corrèze pour affronter Jacques Chirac et renverser ce bastion de la droite.
  • Sa volonté d’y aller déjà en 2007, ambition finalement contrariée par Ségolène.
  • Son déclic au moment du décès de sa mère alors qu’il est en pleine traversée du désert.

Martine Aubry, de son côté, est en difficulté. Obligée de marteler « qu’elle est prête ». Forcée de diffuser une affiche de campagne proposant comme slogan « la volonté du changement ». On peut ressentir cette nécessité de convaincre les français qu’elle n’est pas un deuxième choix, qu’elle a profondément envie de gagner. En réalité, on peut se demander si son combat n’est pas plus « familial » que lié à une destiné « personnelle », avec inconsciemment l’envie profonde d’effacer définitivement le refus de son père de représenter la gauche en 1995. La volonté sous le prisme de la revanche ou d’une sorte de rédemption politique.

Ségolène Royal demeure possédée par une sorte de foi inébranlable dans la victoire. Quelle force de caractère ! Elle multiplie les petites phrases pour rappeler qu’elle est la meilleure, meilleur rempart face au FN, la seule qui peu gagner, celle qui a convaincu 17 millions de français… Certains diront « méthode Coué », en tout cas, saluons une chef de clan qui donne à ses partisans l’envie de se battre pour elle.

Arnaud Montebourg et Manuel Valls sont dans une situation différente. C’est 2017 qui se joue déjà en ce moment. Qui imposera sont leadership intellectuel sur le PS ? Disposant de peu de chances d’être élus, ils ont optés pour un discours offensif sur le changement de génération. La volonté d’être élu président de la République est un axe de discours moins important, la priorité étant placée sur la crédibilité de leurs propositions et la capacité à ringardiser les autres candidats.

On notera d’ailleurs que les deux candidats placent la nécessité de rénover leur parti au cœur de leur discours, ce qui illustre bien deux candidatures dont le combat est plus à vocation interne qu’externe. Arnaud Montebourg ayant construit une partie de sa légitimité sur la rénovation et l’organisation des primaires citoyennes. Manuel Valls ne cessant d’aller à la rencontre du New Labour, lui qui se verrait bien en Tony Blair français pour dépoussiérer un PS en décalage avec son temps. Deux candidatures d’avenir certainement mais qui comme les grands vins vont se bonifier avec le temps.

Tous ces candidats ont un parcours propre, une trajectoire, un discours spécifique avec ses intonations et ses mots clés, mais lesquels sont réellement capables d’atteindre l’objectif présidentiel. Lors de la primaire, plusieurs critères de vote seront clés : la capacité à gérer la France dans un monde en crise et donc la crédibilité économique, la capacité à gagner face à Nicolas Sarkozy, la capacité à soulever les foules, et, enfin, la volonté et la hargne de devenir Président de la République.

Ce dernier point sera absolument clé dans cette primaire qui laisse finalement peu de place aux débats sur le fond, le projet du PS étant déjà validé. Dès lors ce sont bien aussi (voire surtout) les traits de caractère (malheureusement) qui départageront les candidats.

S’il fallait se risquer au petit jeu des pronostics au prisme des candidats qui sont les plus motivés, je parierai bien sur un combat familial inédit entre Ségolène et François au second tour. #jdcjdr comme disent les twittos.

Raphaël Nalphi.

Raphaël Nalphi est un spécialiste de la communication politique et travaille dans un grand cabinet d’influence."

 

Texte de Raphaël Nalphi

source : http://blogs.lexpress.fr/yes-they-can/2011/09/15/primaire-ps-vers-une-finale-hollande-royal/

Publié dans Points de vue citoyens

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