Nicolas Chirarkozy

Publié le par Moselle d'avenir

Commençons par un mea culpa. Nous, socialistes, avons fait une erreur manifeste – non pas d’appréciation (nous le savions) – mais de tactique lors des dernières élections présidentielles.

 

Même si certains d’entre-nous avait fait part de leur prudence, nous n’aurions pas du faire passer Nicolas Sarkozy pour un « ultra-libéral ». Non seulement cette assertion n’a pas vraimChiracSarkozy.jpgent de sens mais elle était fausse quand on observait de manière attentive le programme du candidat de l’UMP. Qu’il s’agisse de mœurs (hostilité réaffirmée au mariage des couples homosexuels), d’une grande partie de la politique économique (suppression des droits de succession) ou pire encore de politique sécuritaire et d’immigration, le programme sarkozyen n'était pas ultra-libéral mais un vrai condensé d’ultra-conservatisme. Ajoutez à cela une politique internationale mêlant atlantisme doctrinaire et pseudo-hostilité à la Realpolitik au profit d’une diplomatie morale et vous rajouterez une petite touche de « néo-cons » (à la sauce américaine). 

L'escroquerie du 6 mai

 

Dans la pratique ensuite, Sarkozy n’est ni libéral ni même conservateur, il n’est rien du tout. Il est chiraquien. La cacophonie invraisemblable de ces dernières semaines (en résumé : oui puis non puis oui puis ? aux OGM, à la police de proximité, à la suppression des 35 heures, au rapport Attali, à la politisation des municipales, à l’étatisation du site Arcelor-Mittal de Gandrange…) n’est pas seulement qu’un jeu d’influences au sein de la cour sarkozyenne entre conseillers de la lumière et ministres de l’ombre (tiens, ce n’est pas censé être l’inverse ?). Ce capharnaüm permanent est en réalité consubstantiel du sarkozo-chiraquisme. Elevé aux mamelles de Pasqua et de Chirac, après les avoir tous deux trahis, la sarkozysme est un mélange d’affairisme jet-setteur (les « contrats », l’étalage de la vie privée, le jet Bolloré) et de démagogie politique permanente. Ce n’est pas un hasard si le seul précédent historique d’une telle chute dans les cotes de popularité est précisément celui de… Chirac !

 

Sarkozy a en effet été élu sur une double imposture :

- celle de sa prétendue « compétence » alors que ses bilans ministériels (hormis peut-être le sauvetage d’Alstom) sont de véritables naufrages, qu’il s’agisse du Budget en 1993-1995, de l’Intérieur ou de l’Economie et des Finances entre 2002 et 2007 ;

- celle de la prétendue « rupture » qui n’est en réalité qu’une continuité refoulée (vous n’avez jamais remarqué que les Ministres toujours au gouvernement et déjà présents sous Raffarin et Villepin font toujours partir les « réformes » de 2007, comme s'il s'agissait de l'"année zéro" de la droite ?) des piteuses années Chirac. Qu’il s’agisse de sa promesse d’être le « président du pouvoir d’achat », de créer un « choc de confiance » ou encore de faire « revenir la France au centre de l’échiquier mondial », le moral des Français est au plus bas depuis 20 ans, la croissance est à un niveau lamentable (et le déficit du commerce extérieur à un niveau « historique ») et la France est la risée de la presse internationale bien moins obséquieuse que les journalistes français à l’égard du pouvoir en place.

 

La tour d’ivoirisation

 

Au départ, on pouvait croire que Sarkozy rompait avec l’autisme dont Jacques Chirac a fait preuve pendant son deuxième mandat en particulier, en utilisant les recettes de Claude Pilhan sur la « rareté de la parole présidentielle », qui confinait à un isolement total dans la forteresse file_242458_117867.jpgélyséenne tandis que la pays grondait.

Aujourd’hui, c’est en définitive du Chirac, en pire. Comme durant l’époque chiraquienne, l’Elysée est un bunker duquel tout sort (voir les déclarations quotidiennes des porte-paroles et autres conseillers) mais au sein duquel rien ne rentre. Contrairement à Chirac, il intervient sur tout, surréagit en permanence, court après le fait divers, fait des déclarations à l’emporte-pièce immédiatement démenties par les faits. Sarkozy, c'est l'indécision et la démogagie de Chirac, l'ostentation et l'amateurisme en plus

Sarkozy s’est aujourd'hui totalement enfermé dans une bulle, persuadé que son action est soutenue, que ce sont ses réformes (lesquelles ?) qui ont créé une très forte impopularité qu’il juge temporaire. Il balaie d’un revers la main toute critique sur son comportement, sa désinvolture, son incapacité à incarner la fonction présidentielle, ce que Chirac, bon gré mal gré, avait toutefois réussi à faire.

 

Entouré d’une cour qui lui doit tout, qui est habituée aux pratiques claniques depuis leurs premiers amours dans les Hauts-de-Seine, personne n’ose lui dire ce qui est en train de se passer.  Malgré de sérieux remous, mais municipales obligent, la majorité fait encore front pour le moment. Toutefois, comme le promet déjà Claude Goasguen, à qui on ne peut pas vraiment faire des procès de lèse-sarkozysme, ça risque de « chambarder » pas mal après les municipales.

 

Electoralisation, piège à cons !

 

Et comme le niveau de chambardement sera proportionnel au niveau de la défaite, Sarkozy en pur chiraquien aux abois, nous refait le coup de la bonne soupe électoraliste. Une obole de 200€ par ci pour les retraités (parmi les premiers déçus du sarkozysme), un Carambar par là en plus par mois pour les fonctionnaires (le ridicule 0,5% d’augmentation du point d’indice), le retour des OGM pour les furax déjà dépendants des semences de Monsanto, la promesse de l’augmentation des pensions, le retrait en quelques jours (c’est la rue qui gouverne ?) d’une mesure pourtant nécessaire du rapport Attali… Bref tout y passe, n’en jetez plus. Les caisses de l’Etat sont vides, « archi-vides » même, comme le dirait le sémillant Ministre du Budget (qui mérite un bon zéro pointé), mais il faut tout de même penser à d’autres caisses… celles de l’UMP !

 

Cette précipitation dans la distribution de petits cadeaux dont certains pourtant nécessaires en deviennent honteux tellement ils sont déconnectés de toute politique globale cohérente. Les Français ne doivent pas (ou plus) s’y tromper. Il y a 8 mois, ils ont fait confiance dans leur majorité, certains sans doute en toute bonne foi, à un homme qui leur promettait ce qu’il n’a jamais été capable de faire : « changer » aussi bien lui-même, son comportement (politique évidemment) que le pays qu’il dirige.

 

Les douze années de Chirac, par les faux espoirs qu’il a suscités en 1995 et les blocages qu’il a imposés au gouvernement Jospin entre 1997 et 2002, par son calamiteux deuxième mandat (qu’il partage largement avec Sarkozy) ont contribué à déclasser la France au niveau international.


Les cinq ans de Sarkozy, ce « coup d’éclat permanent » (belle formule de François Hollande)bush__afp_ngan-1.jpg s’annoncent désormais sérieusement et malheureusement comme largement pire. Si nous avions dit une chose de plus juste durant la campagne, c’était que l’élection de Sarkozy était « dangereuse ». Dangereuse parce qu’après les cinq dernières années de chiraquisme notamment, les Français avaient soif de politique et l’ont démontré en mai 2007 en participant à plus de 85% au scrutin présidentiel. Cette illusion de volontarisme « politique », relayée complaisamment par les media s’est transformée en volonté égocratique. Afin que les Français croient à nouveau en l’action politique, répondant à des critères simples de lisibilité et de cohérence, le Parti Socialiste, seule force d’alternance, a plus que jamais besoin de se rénover pour dire dès mars 2008 que nous allons résister sur le plan local et démontrer que d’autres politiques sont possibles. A nous aussi de faire comprendre aux Français que 10 ans (voire 17…) en 2012, ça suffira, largement.

Publié dans Points de vue citoyens

Commenter cet article