Europe : trois lignes et deux propositions

Publié le par Moselle d'avenir

Au cours de cette ultime publication sur le sujet et dans le contexte difficile que l'on connait, je ne souhaite pas m’étendre sur l’histoire européenne, les Pères de l’Europe ou encore la paix que cette dernière a permis. Ils sont des acquis plus ou moins solides, mais ils sont là, et je revendique bien entendu ces héritages. Non, je souhaite ici m’intéresser à l’avenir de la construction européenne et tout particulièrement à trois points qui me semblent essentiels pour les prochains choix qui seront fait en la matière.

L'Europe, ce sont les Européens


Ainsi, même si les élites ont joué tout au long de la construction européenne un rôle d’impulsion et d’encadrement irremplaçable, l’Europe a aujourd’hui un impact tel dans la vie quotidienne de ses citoyens Jean-Monnet---Robert-Schuman.JPGqu’ils ne peuvent plus être mis à l’écart des choix fondamentaux qui sont faits. Il n’y a plus de construction possible de l’Europe sans les Européens : c’est selon moi la leçon fondamentale des référendum du printemps 2005. Le Comte Richard de Coudenhove-Kalergi n’affirmait-il pas déjà dans son livre PanEurope, paru en octobre 1923 : « La seule force capable de faire la PanEurope réside dans la volonté des Européens ; la seule force pouvant empêcher la réalisation de la PanEurope est aussi cette même volonté ! » Mais également « Pour exister un jour sur la carte politique, la PanEurope doit d’abord s’enraciner dans le cœur et dans le cerveau des Européens ! ». En 2005, les Français et les Néerlandais ont donc eu la volonté d’empêcher la réalisation de l’Union Européenne telle qu’elle se profilait et, bien qu’inscrite dans les cerveaux, cette Europe est apparue comme n’étant pas complètement inscrite dans les cœurs des Européens. Ainsi, à mon sens, toute volonté d’imposer de nouvelles institutions, toute tentative de construction européenne sans assentiment direct des Européens, fragilise non seulement des institutions et des hommes politiques mais l’ambition européenne toute entière. En passant par le mode de ratification parlementaire pour les nouveaux traités, j’ai le sentiment que c’est une certaine idée de l’Europe qu’on tue progressivement et volontairement.

La dissociation nécessaire entre la construction d'une Europe politique et celle d'une Europe économique


En effet, on a trop longtemps laissé les Européens espérer en un progrès politique et social de l’Europe pour leur faire accepter des compromis purement économiques. Or, force est de constater que l’Union Européenne n’est toujours qu’une Communauté Économique Européenne, une Union Économique Européenne, et que le slogan de Jacques Delors de 1992 : « Donnez nous Maastricht, on vous donnera l’Europe sociale ! » a fait long feu. En 2005, les Français ont clairement affirmé leurs exigences : « Donnez nous l’Europe sociale, on vous donnera la constitution ! ».

 

- Pour réaliser cette séparation sans pour autant renier les traités signés, il est nécessaire de poursuivre dans un premier temps l’élargissement de l’Union européenne. Déjà à 27 membres, toute Europe politique est à mon sens illusoire tant les intérêts nationaux et mentalités nationales sontElargissement-europ--en.JPG diverses voire contradictoires. En poursuivant l’élargissement à des pays respectant les mêmes exigences de démocratie et de respect des Droits de l'Homme qu’auparavant tels la Croatie et les pays Balkaniques, la Turquie voire l’Ukraine, on poursuivra non seulement l’extension de la zone de paix, de prospérité et de démocratie que constitue l’Union, mais cela permettra également de vider de son jus politique les institutions européennes actuelles. L’Union redeviendrait aux yeux de tous ce qu’elle n’a jamais cessé d’être depuis l’origine : une zone de libre échange et de prospérité garantie par la paix et la démocratie. Je n’exclus pas de faire entrer dans le cadre de cet ensemble les pays du pourtour méditerranéen qui se seront conformés aux exigences communes à tous les autres membres. La Méditerranée a toujours été un espace privilégié d’échanges entre l’Europe et le monde, il est logique qu’elle soit intégrée à cette Union Européenne s’étendant de la Mer Blanche à la côte nord-africaine, de l’Atlantique au Caucase. L’Union Méditerranéenne de seconde zone que propose de mettre en place Nicolas Sarkozy est à la fois un signe de mépris pour les grands peuples de ce bassin historique et une faute politique puisqu’il ferme à l’Europe une fenêtre sur trois continents, donc sur le monde.

 
- Dans un second temps, il convient de relancer rapidement l’Europe politique. Celle-ci doit nécessairement être restreinte au Benelux, à la France et à l’Allemagne qui constituent, selon moi, les cinq pays dont les sociétés, intérêts et mentalités sont les plus proches. Surtout, ce sont cinq pays qui se connaissent bien et qui savent faire des compromis quand il le faut pour pousser un projet important. Ils savent prendre des décisions en dépassant leurs intérêts nationaux directs. Ces Cinq seraient chargés de mettre en place cette Fédération Européenne que Jean Monnet et Robert Schuman ont appelé de leurs voeux à sept reprises dans leur déclaration du 9 mai 1950. L’important est que, cette fois, elle émerge en un seul texte et de façon complète : Europe politique et sociale intégrée dans une Union Économique Européenne mais surtout ayant une politique étrangère et de défense commune. Les Européens seraient nécessairement consultés soit par la convocation d’une Assemblée constituante pour l’élaboration du texte, soit par référendum pour l’adoption d’un texte préalablement élaboré au sein d’une Conférence Intergouvernementale, soit par les deux procédés réunis. La nouvelle construction doit être une construction légitimée par tous les citoyens qui en sont la base. Bien entendu, une fois constituée, cette structure serait partie intégrante au sein des institutions de l’Union Économique Européenne où elle parlerait d’une seule et puissante voix et où, par son poids démographique, politique, diplomatique et économique, elle aurait de facto la place prééminente. Cette structure ainsi créée devra également rester ouverte et, sur la base de sa constitution, pourra accepter d’autres membres qui y ont incontestablement leur place. Je pense à l’Espagne, au Portugal, à l’Italie et à l’Autriche notamment. Il me parait difficile à court ou moyen terme d’intégrer les autres pays Scandinaves, de l’Est, Balkaniques et Méditerranéens. Peut-être est-ce envisageable pour quelques-uns comme Malte, la Slovénie ou la Grèce mais je n’en suis pas convaincu.

Un besoin de "réenchantement" de l'Europe

L'Europe a moins besoin d'institutions que de rêves. L'Europe a moins besoin de nouvelles directives que de passion. L'Europe, c'est d'abord un rêve, une ambition, un espoir qui s'est laissée accaparer par le quotidien, la gestion, le technocratisme tatillon en oubliant d'entretenir la légitimité démocratique. C'est un organe élitiste, une idée et une initiative publique qui a besoin d'adhésion populaire et d’initiatives citoyennes pour avancer. Le rêve est en convalescence et l'adhésion populaire ne suit plus. Il faut par conséquent recréer cet espoir et cette confiance pour permettre à l’Europe et à sa construction de retrouver la place qu’elles méritent dans nos sociétés. Pour cela, je reste convaincu que la position de Ségolène pendant la campagne était la bonne : construire l’Europe par la preuve. L’Europe a besoin de projet restreints mais positifs qui fassent travailler ensemble les Européens et qui les rendent fiers. Airbus et Ariane en sont des exemples. Le projet Galileo de GPS européen, très mal en point en ce moment, doit être soutenu coûte que coûte. Il existe également des projets plus modestes mais non moins importants dont les effets au long terme seront porteurs tôt ou tard. Je pense notamment à des initiatives telle que la réalisation d’un livre d’histoire et de géographie franco-allemand. Cet ouvrage, paru en 2006, est une première. Il a rencontré dès l’automne un grand succès puisque 60 000 lycéens de terminale, Français et Allemands, ont travaillé dessus l’an passé. Le préalable à tout projet institutionnel doit donc être la création de solidarités à la base et le développement d’expériences humaines.

 

SaarLorLux.JPG Pour cela, je suggère deux pistes. D’une part, ici en Lorraine, nous faisons partie de la Grande Région « SarLorLux » regroupant les régions de Lorraine, Wallonie, Luxembourg, Sarre et Rhénanie-Palatinat mais qui est sans véritable visibilité dans la vie quotidienne des citoyens. Servons-nous de ce qui existe déjà et développons les échanges humains dans le cadre de cette « Euro région ». Par exemple, pourquoi ne pas créer une « Euro section » du Parti Socialiste Européen regroupant les sections des villes de Thionville, Trèves, Luxembourg et Arlon ? Cela permettrait d’échanger et d’avoir d’autres points de vue sur des problèmes qui nous concernent tous tels les transports, l’énergie ou encore le bassin d’emploi. Cette expérience, si elle est concluante, pourrait ensuite être poussée plus loin par la création d’une « Euro fédération du PSE ». Le PSE pourrait ainsi faire sortir les socialistes Français, et j’imagine Belges, Luxembourgeois et Allemands, de leurs problématiques et visions purement nationales pour réfléchir à des solutions globales à leurs problèmes communs. Ces réunions, dont la fréquence est à déterminer, pourraient être l’occasion de débattre, de réfléchir, de créer des liens personnels transnationaux mais également d’élaborer des actions coordonnées. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas uniquement de parler de problèmes locaux mais aussi de problèmes nationaux et européens. D’autre part, je pense que la Grande Région pourrait être le cadre d’échanges scolaires précoces. En effet, les échanges d’étudiants Erasmus sont un grand succès mais ils interviennent à mon sens beaucoup trop tard dans la formation des jeunes pour ancrer l’Europe dans les cœurs. Il me paraîtrait utile de développer les échanges d’écoliers dès la primaire et le collège. Thionville, Arlon, Luxembourg et Trèves sont quatre villes très proches les unes des autres et très bien desservies, pourquoi ne pas favoriser les échanges scolaires allant de quelques mois pour les élèves de primaires jusqu’à une année entière pour les collégiens ? A la fois proches et loin de leurs parents et de leurs pays, ces échanges d’élèves permettraient de favoriser la curiosité personnelle et l’éveil à dès thèmes européens précocement chez des jeunes dont la conscience est en construction. Créer des liens amicaux personnels et transfrontaliers est « malheureusement » une idée neuve en ce début de XXIe siècle.


Thomas 

Publié dans Points de vue citoyens

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John_G 19/11/2007 16:24

- Merci à tous pour vos soutiens !

- @ Fabrice et @ Erasme, voisins, à bientôt j'espère !

- Nous rediscuterons du traité modificatif lors de la prochaine réunion de notre comité. Et nous allons même tenté d'avoir une position commune à cette occasion.

- Pour l'eurosection, je crois que des choses sont en train de se passer. Thomas notamment suit cela de près. Restons en contact.

asse42 19/11/2007 00:39

Erasme je t'approuve. Je n'ai pas trouvé mieux ailleurs. C'est complet, c'est détaillé, c'est argumenté, c'est pro quoi! Bravo à eux.

Erasme de Metz 18/11/2007 18:06

On peut aller jusqu'à Metz pour l'eurosection :-)
Pour préparer le projet municipal de Metz, on a prévu de rencontrer des représentants PS ou équivalent dans les villes proches
Boulot vraiment fantastique sur ce site !

Kévin 18/11/2007 11:57

Bonjour,
Mon blog politique - Ségolène Pour 2007 - vous accueille sur une plate forme refaite avec plus de luminosité pour plus de clarté dans les articles publiés.
Bonne visite et n'hésitez pas à laisser des commentaires pour les articles qui vous interpelle:)
http://segolenepour2007.over-blog.com

fabrice 17/11/2007 23:16

asse42, tu dis que tu vas voter oui au traité modificatif. Serais-tu parlementaire ? Ou bien es-tu persuadé qu'ily aura un référendum ?

Thomas, excellent article! On commence quand pour l'Eurosection ?

Excellent aussi, l'article sur les universités. Très instructif ce tableau comparatif ...

Fabrice
PS - Section Luxembourg