La rupture n'a jamais eu lieue... politiquement

Publié le par Moselle d'avenir

Le rouleau compresseur médiatique et la stratégie d’étouffement utilisée par Nicolas Sarkozy empêchent souvent le moindre recul. Essayons de le prendre aujourd’hui pour mesurer, à près de six mois de l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, où en est la « rupture ». 

 

Dans une interview récemment accordée à Libération, Ségolène Royal déclarait : « Ce qui me frappe, c'est le contraste entre le discours, le changement de style et, au fond, un grand archaïsme dans la façon de procéder ». Au-delà du vernis de modernité communicationnelle, il ne faut effectivement pas gratter longtemps pour retrouver les couches du passé, qui sont en réalité les déterminants essentiels de la politique menée actuellement. Plusieurs exemples récents nous le démontrent parfaitement.

   

 

Les bonnes vieilles tactiques des briseurs de grèves
 

Jeudi 18 octobre, plusieurs syndicats de la SNCF avaient déposé un préavis de grève reconductible, à savoir SUD, FO et la FGAAC (Fédération Générale Autonome des Agents de Conduite). De manière étrange, dans la soirée, ce dernier syndicat appelait finalement à la reprise du travail, contribuant ainsi à rompre l’unité syndicale déjà bien fragileLa-France-qui-se-l--ve-trop-.-ou-pas-assez.JPG. La FGAAC était pourtant particulièrement déterminée et ses représentants avaient assuré qu’ils ne céderaient pas, même s’il fallait faire une grève longue et dure. Que s’est-il donc passé ? En réalité, utilisant des méthodes que Denis Gautier-Sauvagnac et l’UIMM ne renieraient pas, le gouvernement a fait pression sur la direction de la SNCF pour que celle-ci prenne langue en toute discrétion avec ce syndicat pour céder à leurs revendications. Ce syndicat étant à la fois autonome et le plus ultra-corporatiste de la SNCF, les avantages concédés aux seuls conducteurs ont donc suffit à le décider à se désolidariser du mouvement. Mais quels sont ces avantages ? Tout simplement le fait que les conducteurs ne seront peu ou prou pas touchés par la réforme des régimes spéciaux comme les autres agents SNCF. Autrement dit, alors que le gouvernement fait de l’ « égalité » le talisman de sa réforme, il a consenti de manière catégorielle un avantage aux conducteurs (qui pourront toujours partir à 55 ans) qu’ils soient déjà employés ou recrutés dans le futur. Toutefois, en n’hésitant pas à céder à ce genre de demandes corporatistes pour briser un mouvement, comment le gouvernement peut-il compter faire une réforme juste, sereine mais déterminée ? Les négociations sociales doivent-elles se transformer en arrangements de boutiquiers derrière le manteau ? Voilà le vrai visage de la droite sarkozyste, malheureusement typique de la droite française.


« Ce n’est pas la rue qui gouverne »… ça dépend qui est dedans

 

Nicolas Sarkozy l’a encore répété ce matin devant les employés de la SNCF : « nous ne céderons pas devant la pression de la rue ». Face aux « privilégiés » des entreprises publiques dont les régimes spéciaux sont « indignes » (ce sont les mots du chef de l’Etat) lancés à la vindicte populaire, il ne faut Bons-corporatistes.JPGsurtout pas céder, entendez négocier si ce n’est de la façon évoquée ci-dessous. Disons simplement que la droite a toujours eu une vision du corporatisme à géométrie variable. Par exemple, si 300 000 salariés en grève le 18 octobre ne méritent aucune considération, 10 000 internes en grève illimitée (des gauchistes sans doute atteints de la peste rouge – où sont les vaccins ?) depuis deux semaines méritent en revanche toute l’attention du gouvernement. L’une des seules dispositions intelligentes du PLFSS actuellement en discussion était la « possibilité d’ouvrir des négociations relatives à la libre installation des médecins ». Autrement dit, il s’agissait de se rendre compte que les mesures incitatives mises en place par la majorité actuelle pour conjurer la désertification médicale sont un échec patent et qu’il faut en arriver à des mesures plus restrictives. Mais le PLFSS n’ouvrait que la possibilité d’en « discuter ». Qu’à cela ne tienne, la clientèle habituelle de la droite (qui a augmenté à 3 reprises sans aucune compensation la rémunération à l’acte des médecins libéraux depuis 5 ans) méritait bien que l’on n’en discute même pas. Le corporatisme des uns est « indigne », celui des autres mérite que le gouvernement se sépare en quelques jours de l’une de ses rares bonnes idées.

 

Mais le plus invraisemblable est encore à venir et le PLFSS qui est en train d’être voté va sans doute réserver des surprises abracabrantesques comme dirait l’autre. Face à la grogne plus que visible des avocats en raison de la méthode ultra-autoritaire choisie par Mme Dati pour « réformer » la carte judiciaire, le gouvernement propose de mettre en place un nouveau… régime spécial de retraites ! Incapable de discuter, Mme Dati se dit que le seul moyen de « faire taire » les protestations souvent légitimes des professionnels du droit serait de leur jeter en pâture des compensations sonnantes et trébuchantes pour acheter leur silence. C’est ainsi que les avocats concernés par les fermetures brutales de TGI (Tribunaux de Grande Instance) se verraient proposés un départ en préretraite (dès 55 ans) alors que l’on explique depuis plusieurs années désormais qu’il faut stopper ces systèmes pénalisant le travail des seniors et qu’on allonge pour tous la durée de cotisation. Comme le résumait Marisol Touraine, députée PS, en s’adressant au gouvernement, on est dans une situation ubuesque : « Alors que vous prétendez réformer les régimes spéciaux au nom de l'équité, voici que vous achetez la paix sociale en proposant une retraite anticipée aux avocats ». Comment imaginer en effet que ces tours de passe-passe, ces contre-feux allumés ici et là permettent de réformer équitablement la France ? C’est aussi la faiblesse de ce gouvernement, privilégiant les paillettes à la compétence, qui conduit à ce genre de dérives clientélistes particulièrement inquiétantes. 

 

 

Judas a un prix 

 

On savait depuis Eric Besson que la trahison valait bien un secrétariat d’Etat aux petits pois. On saitJudas.JPG désormais qu’elle doit aussi permettre des arrangements avec la loi. Alors que la situation économique et financière de la France se dégrade à vue d’œil, savez-vous quelle est la priorité du gouvernement, qu’il a inscrit en « urgence » (sic) à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale ? C’est le « Nouveau Centre » qui est le nouveau centre des intérêts de la majorité en place. Autrement dit, malgré les tentatives pathétiques de ce groupuscule croupion de l’UMP lors des législatives (Hervé Morin avait présenté sa femme, son chauffeur, sa femme de ménage…), ils ne sont pas parvenus à réunir plus de 1% des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions au niveau national, règle écrite et précisée dans le Code électoral pour obtenir le financement public. Qu’à cela ne tienne… Le Nouveau Centre a déposé une proposition de loi modifiant les règles du jeu (après le jeu) pour faire en sorte qu’il dispose malgré tout du financement public. Comptant sur l’endormissement des députés de l’opposition et lui-même un peu honteux (du moins on l’espère) face à cette mascarade, le gouvernement a essayé de faire passer cette « réforme » vitale pour la France du jour au lendemain. Grâce à la présence massive des députés PS et à la décence de certains parlementaires UMP absents de l’hémicycle, cette tentative piteuse a heureusement tourné court. Pourtant, le gouvernement a dit ne pas renoncer pour effectivement solder les comptes de la traîtrise des anciens compagnons de François Bayrou. Dire que certains rêvent d’ « union des centres »…

Clientélisme, manipulations, ruptures d’équité flagrantes, réformes de façade, est-ce cela la « rupture » tant promise ?  Rupture avec le meilleur de la période chiraquienne (une France qui préservait malgré tout sa tradition humaniste – cf tests ADN) mais conservant, voire amplifiant le pire des caractéristiques de la droite française, les Français vont vite finir par demander le divorce... pour faute !

Jonathan Gindt

Publié dans Points de vue citoyens

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