Nous sommes tous des Birmans

Publié le par Moselle d'avenir

On ne sait pas exactement quel est le nombre de morts parmi les manifestations en Birmanie mais on sait que l’agence officielle de presse birmane reconnaît qu’il y en a eu, sans doute a minima. Cela fait plus de 20 ans que cette junte militaire a pris le pouvoir dans ce pays, qu’une autre « Corée du Nord » existe sans que cela ne semble poser de problèmes à personne.

On semble redécouvrir aujourd’hui que cette junte n’hésite pas à réprimer dans le sang, et que la Aung-San-Su-Kyi.JPGrésistante Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, est en résidence surveillée.

Comme d’habitude, les sanctions maintes fois décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU se sont finalement retournées contre la population et ont servi de moyen de mobilisation par la junte des Birmans contre l’ « Occident ».

Par ailleurs, le retrait total de certaines entreprises, notamment françaises (Total) n’aurait pas d’effet, dans la mesure où leur départ serait vite compensé par l’arrivée d’autres investisseurs européens… ou chinois.

Comme dans plusieurs cas diplomatiques majeurs, le rôle de la Chine est effectivement central. C’est la Chine qui soutient le régime à bout de bras, en raison des intérêts détenus par les entreprises chinoises dans le pays. La configuration actuelle du Conseil de sécurité de l’ONU et la menace permanente de l’utilisation du veto chinois pose un problème à l’ensemble du monde, dans la mesure où cela bloque tout processus diplomatique international bénéficiant de la seule légitimité qui vaille, celle du droit international onusien.

 

Toutefois, si une réforme en profondeur de l’ONU doit être envisagée, afin notamment de procéder à une configuration du Conseil de sécurité plus en phase avec le monde actuel (représentation des autres pays émergents notamment), les pays occidentaux ont actuellement des moyens d’agir, en Birmanie bien sûr, mais aussi par extension, au Darfour par exemple.

Si la Chine est une puissance économique et militaire incontestable, le régime chinois continue à vouloir s’acheter une forme de brevet de respectabilité internationale
. L’organisation des Jeux Olympiques de 2008 à Pékin est censée lui apporter cela.

S.-Royal-Birmanie.JPG

Ségolène Royal hier à Paris aux côtés du Premier ministre birman en exil
 
Lors de la campagne électorale, on a remis en cause la volonté affichée par Ségolène Royal de boycotter ces fameux JO au cas où la Chine n’affirmait pas sa volonté claire de régler le problème du Darfour. Aujourd'hui, face à l'enlisement de la situation et du génocide qui a encore lieu, on mesure à quel point elle avait raison.

Invitée
hier par le premier ministre birman en exil et par Jane Birkin (militante soutenant la cause de Aung San Suu Kyi depuis des années), Ségolène Royal a participé à la manifestation organisée à Paris. Elle a formulé l’idée selon laquelle l’union de plusieurs pays européens, pourquoi pas par la voix du Haut représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune, M. Javier Solana, pourrait poser la question de la participation des pays démocratiques aux JO de Pékin.

Comme le reconnaît Ségolène Royal, il ne s’agit pas de faire en sorte « que ces Jeux ne se déroulent pas, mais pour que les pressions soient efficaces avant, c'est à dire qu'il y ait une forme de dissuasion (…). Si la Chine sent une détermination de la part des régimes démocratiques par rapport à une événement majeur qui est l'expression de l'échange entre les peuples, elle pourrait sans doute bouger ».

Contre ceux qui prétendent que Ségolène Royal aurait instrumentalisé cet événement, il faut rappeler que sa participation permet au contraire une plus forte médiatisation, qui est aujourd'hui malheureusement le seul moyen dont disposent les militants des droits de l'homme dans les pays occidentaux. Ségolène Royal était tout à fait à sa place dans cette manifestation et on peut regretter au contraire l'absence d'autres leaders de la gauche française.


Face à l’autisme de la junte birmane, à la volonté d’inaction de la Chine, cette question doit invariablement être posée. On s’étonne d’ailleurs du silence assourdissant du théoricien du « droit d’ingérence », par ailleurs Ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner… Cela est peut-être du au rapport très controversé rendu en 2003 sur la « bonne gestion » des ressources humaines par Total (accusé d’esclavagisme)… en Birmanie. En tout cas, comme le disait une pancarte hier dans la manifestation parisienne : «Kouchner où est ton ingérence humanitaire?».

Jonathan Gindt

Publié dans Points de vue citoyens

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Guilllaume 28/09/2007 21:25

Pour ma part les jeux olympique seront bannis de ma télé, quelque chose de malsain avec la chine, trop de censure et les droits de l'homme non respecté. On doit tous être solidaire et ne plus accepter que tel ou tel drame se produise sous nos yeux sans que nous puissions rien y faire.