La Gauche et le Marché

Publié le par Moselle d'avenir

Suite au discours de Melle dans lequel Ségolène a affirmé que le marché était "naturel", beaucoup de débats ont eu lieu entre nous. Voici quelques réflexions apportées au débat.

On nous dit que le marché serait « aussi naturel que l’air que nous respirons et que l’eau que nous buvons ». Je ne le pense pas. Non, le marché n’est pas naturel. Non, il est un produit de l’Homme, un OGM, un Organisme Génétiquement Modifié conçu par l’Homme, imposé par lui aux autres et progressivement érigé en norme jusqu’à discréditer tous ceux qui oseraient remettre en cause ses fondements, et ce malgré la connaissance précise de ses effets secondaires indésirables, inévitables et incontrôlables. Aujourd’hui, l’OGM s’est rendu indispensable, c’est lui qui s’impose à nous et il nous interdit de penser autrement les échanges qu’au travers du prisme de l’argent, du profit, de la rentabilité et de la compétitivité. Le marché, c’est le PLUS de Sarkozy, pas le MIEUX que la Gauche devrait porter.

On nous dit que l’économie de marché serait différente de la société de marché. Je ne le crois pas non plus. Je pense même tout le contraire. En effet, qui donne un prix à un objet donne un prix à un service. Qui donne un prix à un objet donne un prix à une plante et à un animal. Et qui donne un prix à un service, une plante et à un animal donne un prix à tout ce qui fait la vie, donc à l’homme, à la femme et aux enfants. Pour moi, il n’y a pas de différence entre économie et société de marché et accepter le premier c’est tôt ou tard accepter le second. Car enfin, ne vivons-nous pas déjà dans une société de marché ? Ne brevetons-nous pas les chromosomes, les gênes, donc le vivant ? La prostitution et l’esclavage n’existent-ils pas ? Chaque homme, femme et enfant n’a-t-il pas aujourd’hui une valeur marchande en fonction de sa naissance, de sa richesse personnelle, de son ambition et de sa capacité à respecter l’ordre des choses, à ne pas le remettre en cause et à rester à sa place. Allons donc, puisque que tout cela est une norme, pourquoi ne bousculerions-nous pas encore un de ces « fichus tabous » qui empêche la « Gauche archaïque » de gagner enfin une élection nationale ? Trêve de plaisanterie. Accepter le marché, c’est accepter de se fondre dans la pensée unique, accepter d’être victime du syndrome de Stockholm.

On nous dit qu’on accepterait le marché pour mieux le contrôler. Vaste question. Simplement, on oublie que son intitulé est inexact. En effet, la question ne se pose pas dans ces termes. Après avoir imposé le Marché, c’est lui qui s’impose à nous et non pas l’inverse. Ne feignons pas de croire que c’est nous qui choisissons de l’accepter. Nous en sommes devenu les esclaves car le marché, on ne le contrôle pas, c’est lui qui nous contrôle. L’acceptation du marché comme « naturel », c’est déjà renoncer à le contrôler et baisser les armes serait, pour le coup, une de ses plus grandes victoires. Elle paraîtrait presque inaperçue tant la pensée unique nous submerge ces temps-ci.

Je voudrais enfin revenir sur un dernier point concernant le marché : l’inégalité qu’il engendre. En effet, s’il est bien une cause qui est de Gauche, c’est la recherche perpétuelle de l’égalité dans tous les domaines, l’égalité réelle à tous les âges et à tous les niveaux. Or, à mes yeux, l’inégalité est inscrite dans le code génétique du marché. Le pas n’est-il pas vite franchi entre dire « le marché est naturel, on ne peut pas aller contre » et « l’inégalité est naturelle, on ne peut pas aller contre » ? La vérité, c’est que marché et inégalité vont de paire et accepter l’un des deux, c’est accepter l’autre.

Bien entendu, le marché est là, il s'impose à nous et il faut faire avec pour le moment. Cependant, "faire avec" le marché est sensiblement différent d'accepter le marché comme étant "naturel". Il y a comme une sorte de renoncement dans cette dernière considération. Renoncement à imaginer un autre système, renoncement à innover, renoncement à voir plus loin. Cela ne veut pas dire retourner au dirigisme communiste passé. Cela signifie simplement qu'il faut laisser ouvert les portes à la nouveauté future.
 

Non, le marché n'est pas naturel et la Gauche ne peut se satisfaire d'un tel système. Le renoncement peut-elle être une valeur de Gauche ? Je ne le crois pas.

Thomas

Publié dans Points de vue citoyens

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asse42 14/09/2007 20:34

@ Thomas

Je ne suis pas le plus grand défenseur du marché mais jusqu'à preuve du contraire il existe. Comme l'a dit ségolène "il nous est autant naturel que l'air qu'on respire" mais elle a ajouté aussi "mais des fois l'air est pollué alors nous devons agir". je 'inscris dans cette vision parce que je n'en vois pas d'autres de rationnelles. Tant que l'argent gardera son importance dans les relations humains le marché existera. Pas besoin de chercher midi à 14h, ni de se faire mal à la tête pour inventer un nouveau modéle.
par contre inventer un nouveau modéle de régulation: OUI. Un modéle basé sur l'éthique et le comportement citoyen. On doit exiger qu'en contrepartie des aides publiques les entreprises s'engagent à respecter un contrat citoyen: Respect de la parité, de l'environnement, de la diversité, contrats de travail durables, négociation syndicales, respect des territoires et localisation fiscale en France! Il me semble que ça pourrait à terme influencer le marché dans le sens de la citoyenneté responsable. Comment? en taxant plus durement les entreprises qui ne respectent pas cette charte éthique. A nous ensuite de l'imposer à l'Europe.

Ceci pour dire que je suis pour une politique économique incitative. On récompense la citoyenneté et on taxe les autres. C'est le début de la reconquête par la société d'un marché éthique indispensable au mieux-être général.

Salutations socialo-ségolènistes

Thomas 14/09/2007 17:54

@ Matthieu

Bonjour à toi,

Je suis globalement d'accord avec ce que tu dis. Je rajouterai simplement trois choses qui me semblent importantes pour "rénover" les modes de pensées.

Tout d'abord, je ne pense pas que "changer de système" soit la mission unique du Parti Socialiste mais de la Gauche toute entière. Cela signifie qu'il faut, pour se rénover, arriver à dépasser le cadre partisan qui pollue souvent le débat de fond et notre réflexion. Il est interessant de remarquer que les frontières des courants d'idées dépassent largement les frontières rigides imposées par les partis.

Ensuite, ce changement de système, il faut le penser globalement, certes, mais il ne se fera pas d'un coup. On ne décide pas un beau jour de changer le système, c'est quelque chose de long et progressif mais dont l'objectif doit être défini dès le début. On ne peut plus se permettre de pragmatisme empirique, de faire de la politique à vue. C'est ce que j'appelle avoir une "vision".

Enfin, de la même manière qu'il faut arrêter de raisonner de façon partisanne, il faut aussi arrêter de s'enfermer dans le cadre étatique national. Aujourd'hui, nous vivons dans le monde. Tout changement doit être pensé au niveau mondial, européen en plus des niveaux nationaux, régionaux et locaux. Trois niveaux sont d'ores et déjà cruciaux pour mener une action politique, local, régional et surtout, européen. On a trop souvent négligé ce dernier. Il faut penser service publique européen, européanisation (et non pas nationalisation) de certains secteurs (je reviendrai probablement la semaine prochaine avec un article sur ma vision de l'Europe). Dans le domaine politique, économique et social, je vois moins l'Etat comme un "Etat régulateur et ordonnateur" que comme un Etat coordinateur des actions politiques locales, régionales et européennes. C'est un nouveau rôle pour l'Etat, mais un rôle non moins important.

A très bientôt.
Thomas.

Thomas 14/09/2007 17:32

@asse42

Bonjour à vous,

j'ai plusieurs éléments pour ma défense lol

Tout d'abord, je tiens à préciser que je ne suis pas socialiste, même si j'ai la carte depuis peu. Je me considère comme étant de gauche d'abord et avant tout (j'expliquerai ce que signifie "être de gauche" pour moi dans un prochain article). Je ne pense pas être buté, j'écoute, je prends note, je regarde et ensuite seulement je me décide. En d'autres termes, ça s'appelle le pragmatisme. Simplement, au-delà de ce pragmatisme, on s'engage en politique pour des valeurs qui, elles, changent rarement. Je n'aime pas les grands mots ni les grands concepts tout faits mais il faut aussi comprendre que les valeurs font une personne ne peuvent pas être abandonnées sur un coup de tête. Ce n'est donc pas de dogme dont il est question ici, et encore moins de dogme socialiste. Non, ici, c'est la description non seulement d'une valeur, mais d'une valeur de gauche et donc une valeur qui peut rassembler au-delà des mouvements qui la compose. Une valeur transpartisanne de gauche. C'est dans cet esprit qu'il faut lire ce texte. Au nom du débat de fond, la seule chose qui compte aujourd'hui.

Je ne reviens pas sur votre long développement puisqu'il est la réponse à mon article. Simplement, je constate une différence fondamentale : vous acceptez le marché alors que ce n'est pas le cas pour moi, même si je concède que pour le moment on est obligé de "faire avec". Dans tous les cas, qu'on l'accepte ou non, vous conviendrez qu'il n'est pas "naturel". Je reste enfin persuadé que la gauche a pour mission fondamentale de penser le "changement de système". Cela ne veut pas dire revenir aux vieilles recettes. Cela ne veut pas dire accepter le système actuel comme étant la fin la moins pire à aménager. Cela veut dire penser et inventer quelque chose de nouveau qui ne soit ni marché, ni dirigisme total. C'est compliqué, c'est difficile de penser quelque chose de nouveau, j'en conviens. Surtout en ce moment. Mais l'histoire a montré que le chemin qui parait le plus rapide n'est pas toujours le plus efficace.

Enfin, pour ce qui concerne l'ouverture des portes, vous constaterez qu'il y a moins de risque de courants d'air que si on ouvrait les fenêtres en même temps. Ségolène devrait peut-être prendre un gilet et disposer des presses papiers partout à Solphérino vous n'croyez pas ? lol

Bien à vous.
Thomas.

Matthieu 14/09/2007 11:27

L'économie de marché ne peut pas tout régler. Même la droite qui sur ces 50 dernières a été 35 ans au pouvoir n'a tout abandonné aux lois du marché.
L'Etat (en théorie) essaie d'intervenir pour réglementer et protéger le marché ou au contraire pour le remplacer.
-L'Etat essaie de faire respecter les règles de la concurrence. Par des lois et règlements, il interdit ainsi le dumping, les positions dominantes sur le marché, les ententes, et essaie de protéger les droits des consommateurs. Les infractions sont de plus en plus sanctionnées.
-L'Etat peut contrôler, voire fixer des prix qui ne sont dons plus fonction de l'offre et de la demande mais de choix des pouvoirs publics : protection d'une catégorie sociale (les agriculteurs, par exemple, qui bénéficient de certains prix garantis), volonté de redistribution, effet dissuasif (tabac par exemple)...
-L'Etat peut enfin supplanter un marché défaillant. Dans le domaine de la consommation collective, le marché ne correspond pas toujours à la réalité des besoins. Un service public, qui ne pourrait être proposé par des producteurs privés (car non rentable), doit être assuré par la collectivité. Une partie du financement est alors réalisé par des fonds publics, le contribuable en assurant le financement.
Tout cela n'est pas suffisant car jamais les inégalités n'ont été aussi criantes. Comme Thomas tu l'écris, nous ne pouvons plu nous satisfaire du marché, dans son fonctionnement actuel. Cependant sa suppression ne devra se faire sans que nous, socialistes, n'auront une alternative clairement définie à mettre sur pieds.
Enfin, pour rebondir sur l'article au-dessous écrit par Jonathan sur l'énergie je pense la chose qui suit : Le marché, qui réagit sur le présent pu le court terme, pourrait entraîner des choix économiques irrationnels à long terme.

asse42 14/09/2007 10:52

Une phrase me plait particulièrement: "Il faudra laisser les portes ouvertes jusqu'à la nouveauté future". Attention de ne pas prendre froid en attendant.
Ce texte est intéressant dans le sens où il ressort tous les dogmes socialistes. Bien sûr que le marché tend à l'inégalité puisque c'est la loi du plus fort, du plus malin, du plus innovant qui prédomine.
Oui nous vivons dans une société marchande où tout s'achéte et tout se vend. Et oui ce concept économique s'implante dans tous les pays, je dirais même plus s'impose dans tous les pays. Le marché est partout.
Dans l'esprit le marché c'est un lieu d'échanges de produits, de biens et de services, qui doit permettre aux clients de trouver le meilleur rapport qualité-prix suivant leurs besoins. Dans l'idéal d'une concurrence libre et non-faussée. Malheureusement le marché est dévoyé et la concurrence n'est pas équitable puisque le choix ne se fait plus sur la qualité exclusivement mais sur le prix et est conditionné par l'impact publicitaire reçu. Plus on a de moyens de se mettre en valeur plus on a de chances de vendre son produit. A partir de là les entreprises sont tentées de mettre le paquet sur l'enrobage plutôt que sur la qualité des produits. Et on arrive au final avec un systéme commercial qui privilégie le paraitre plutôt que l'être. Je schématise bien sûr pour expliquer ce qu'est à mon sens l'origine du dévoiement. Actuellement nous sommes dans cete situation maximum où les idées on les pique aux autres ou on les achéte, ensuite on se contente de vendre. Des sommes d'argent immenses sont investies pour inciter à la consommation.
Il est donc normal que ce systéme demande plus d'ouverture. Sa soif d'expansion est inextinguible et ne connait pas de limites. Il est prêt à tout pour cela. C'est pour cela que le marché est indispensable dans un monde où l'argent est roi. Car lui seul peut explorer et répondre à toutes les demandes. On peut y trouver son bonheur dans le marché si on prend le temps de chercher et de comparer. Pour ça il faut avoir le temps. Et le temps ce n'est pas une chose qu'on nous donne facilement. Au contraire on cherche à nous occuper pour que notre cerveau soit ensuite entièrement disponible et réceptif au tout-cuit, au pré-mâché. Bon! C'est l'enfer alors!
Disons que si on laisse faire le marché partout... Il n'a pas de sentiments le marché, c'est une fabrication humaine sans sentiments. Il faut donc lui rappeller qu'il est intégré dans une société humaine. Et certaine d'entre elles ont des idéaux et des principes. Elles souhaitent les respecter même si les marchés abusent de leur position dominante pour faire pression. A nous de résiter. Comment? En définissant les secteurs stratégiques d'une société. Une fois identifié(énergie,environnement,santé,sécurité) on met en place des structures publiques massives chargés de contrer la charge du marché. Contrer par la mise en concurrence. Mise en concurrence sur le prix, la qualité du service. Ces entités publioques doivent êtres au top de la qualité pour rester inattaquables sur le marché. Seules elles perdront des parts de marché à la marge.
Il n'est donc pas idiot de s'ouvrir au marché si on souhaite s'en émanciper. Car son apparition entraine une remise en cause importante de nos services publics qui doivent impérativement devenir efficaces et concurrentiels sur la qualité et les prix. Il ne s'agira pas de les supprimer mais de les améliorer jusqu'à atteindre une qualité optimale et ainsi rendre le meilleur service à la population. Ce qui est le but de tout gouvernement responsable.
Donc le marché s'impose et s'imposera dans tous les secteurs c'est inévitable puisque sa puissance est basé sur l'argent qui est lui-même vecteur incontesté des échanges entre humains. Tant que ce sera le cas ce ne pourra pas changer. Donc il faut profiter de son arrivée pour améliorer la qualité de nos services de telle sorte que la population y gagne. L'objectif doit être le meilleur pour tous.