Imperdable, ingagnable, indebriefable ? Essai d'auto-critiquitude

Publié le par Moselle d'avenir

Les deux premières réunions de notre comité ont bien sûr porté en grande partie porté sur le fameux debriefing nécessaire de la campagne, encore appelé « autocritique ». Ce billet n’a pas pour vocation de restituer tout ce que nous avons pu nous dire mais d’essayer de dégager des pistes, certaines partagées, d’autres personnelles, que tous pourront librement compléter, amender.

Auto-critique : une première

Tout d’abord, ne mégotons pas, l’exercice est historique : jamais une campagne perdue n’a donné lieu pour l’instant à un état des lieux public. Ni Mitterrand, ni Chirac, encore moins Jospin bien évidemment ne l’avaient fait avant. Une première, encore une, qui explique la difficulté de la tâche. En outre, chaque être humain dispose d'un ego, plus ou moins grand. Une autocritique est déjà inconcevable pour un nombre invraisemblable de personnes. Dans le monde politique, il est normal que ces egos soient assez forts. Alors une autocritique jetée en pâture à tout le monde, c'est d'autant plus difficile à assumer. Au lieu de gloser sur la difficulté qu'aurait Ségolène Royal à la faire, interrogeons-nous déjà sur nous-mêmes...



I. La gauche partait-elle forcément victorieuse ? Entre "théorie" historique et oublis de l'histoire récente


Commençons tout d’abord par les analyses (brillantes forcément) faites par nos camarades. Election « imperdable » ont donc dit certains. Sur quoi repose cette affirmation ? Sur le fait "historique" qu’aucune majorité sortante n’ait été reconduite après avoir exercé le pouvoir depuis 1981. C’est vrai, sauf qu’au cours de cette élection, jamais un candidat, pourtant numéro 2 du gouvernement pendant 5 ans, n’aura cherché à autant se détacher du bilan désastreux de la législature passée. Cela a bien sûr commencé avec la fameuse « rupture ». Aidé par les media dominants (TF1, RTL, Europe 1, LCI), Sarkozy en véritable prestidigitateur, a réussi à faire presque gommer de son CV son désastreux bilan de Ministre de l’Intérieur.

Evolution-jugement-PS.JPGSauf pour la médiatisation à outrance que l’obtention de ce poste lui avait apportée. Les erreurs stratégiques chiraquiennes, telle que la mise en avant d’un poulain aussi méprisant que déconnecté de toutes réalités, à savoir l’inénarrable Villepin, ont ensuite achevé de faire le reste. Une fois le terrain dégagé, Sarkozy a fait dans sa campagne en tout cas, de l’anti-Chirac. Ajoutons en outre, sans moquerie trop poussée, que cette analyse de l’élection « imperdable » est en général issue des rangs de personnes dont le candidat favori (Laurent Fabius) partait avec un déficit considérable dans l’opinion et des propositions qu’eux-mêmes reconnaissent aujourd’hui comme « datées ». Et cela est peut-être le plus important. Malgré l’incurie généralisée de la droite, malgré le succès de la mobilisation populaire contre le CPE notamment, les socialistes dans leur ensemble n’apparaissaient pas aux yeux des Français comme une alternative crédible au gouvernement. Sauf quand il s’agit à mi-mandat (2004), d’adresser déjà des messages de refus très nets au pouvoir en place. Ajoutons à cela que lors des élections régionales en tout cas, des considérations locales ont indiscutablement joué, ce qui a d’ailleurs créé d’assez nettes disparités dans les scores obtenus par les listes de gauche en fonction des personnalités socialistes qui se sont présentées.

Après cela, il y a eu le référendum et l’incapacité pour le PS, malgré le vote net des militants, d’adopter une position claire. Au point que cela ne serve ni au tenant du « oui » (Hollande) ni au tenant du « non » (Fabius). Vient ensuite le congrès du Mans et cette synthèse improbable, présentée comme telle, arrachée dans la nuit. Le PS en tant qu’appareil était décrédibilisée, non pas ce grand mouvement historique en tant que tel mais son fonctionnement, ces éternels conflits de courants, qui s’ils seraient utiles s’ils portaient sur les idées sont mortifères quand ils ne mettent en avant que des personnes.

Inrocks-Royal.JPGSégolène Royal a gagné lors de la désignation interne « contre » cet appareil. C’est cela qui a fait son succès auprès de l’opinion et aussi l’une de ses difficultés lors de la campagne proprement dite. C’est aussi ce qui lui a permis de gagner largement sur ses deux rivaux, qui malgré leurs qualités respectives, étaient tous deux étiquetés, à raison et en grande partie à tort, comme des caciques, des monuments du parti. C’est pour cela qu’il paraît relativement inconcevable qu’un autre candidat issu du PS ait fait un meilleur score que Ségolène Royal.

II. Ségolène Royal aurait pu battre Nicolas Sarkozy


En revanche, ne nous y trompons pas, cette élection était gagnable, si les socialistes avaient travaillé pendant 5 ans sur un programme  cohérent plutôt qu’un attrape-tout illisible et si notre candidate, Ségolène Royal, avait su et pu être encouragée, soutenue, comme il le fallait, par l’ensemble des socialistes. Bien entendu, l’organisation dans le temps de la campagne a également posé problème. Les débats participatifs, plus qu’utiles auraient du avoir lieu bien plus en amont et pas au mois de janvier où le tapis rouge de la presse se déployait sous la candidature Sarkozy officialisée. Le choix de la candidate est intervenue beaucoup trop tardivement. Cela a déjà été dit, nous ne devrions plus commettre la même erreur mais la pédagogie reste l’art de la répétition… Meilleur ordonnancement dans le temps, meilleure coordination entre le Parti et la candidate. Tout cela est dit, répété, il ne faudra pas l’oublier.

Alors bien sûr, une question taraude chaque lecteur qui n’a pas pour Ségolène Royal les mêmes prédispositions que celles de notre comité. Est-ce que l’élection était perdue dès lors que Ségolène Royal avait été désignée ? Voire comme le prétendent certains, Ségolène Royal était-elle « la candidate de Nicolas Sarkozy », sous-entendu celle contre qui il pouvait gagner ? Nous avons tous noté que la principale critique adressée à Ségolène Royal reste celui de sa compétence et de sa crédibilité. 4 éléments semblent liés et avoir participé à cela :

- il s’agit d’un élément indiscutable : Ségolène Royal est un femme. A voir la répartition des votes entre les classes d’âges (Nicolas Sarkozy récolte plus de 65% des votes des plus de 65 ans), l’éventualité de voir une femme arriver à la tête de l’Etat n’a pas convaincu certains Français(es). Cette habituelle critique de l’incompétence des femmes, de la nécessaire incarnation de l’Etat par « un homme à poigne » a été alimentée pendant la campagne interne et ressortie très fréquemment durant la campagne. De cette façon, sans féminisme acharné, on remarquera que certains caciques de l’UMP n’ont pas hésité à utiliser de termes savoureux pour désigner la candidate socialiste (« nulle », « quiche »…) quand un homme aussi clairement incompétent que Philippe Douste-Blazy par exemple, n’a jamais eu droit à ce genre de sobriquets ;

- l’UMP a d’abord mis en avant la prétendue « absence de programme » de Ségolène Royal puis enfin le « coût » de son programme. A chaque fois, les media ont suivi d’un seul homme et ont répété à satiété cet argument (voir l’analyse de Véronique Maurus, médiatrice du Monde, à ce sujet), alors que rien de tout cela, en particulier le « chiffrage » n’avait été exigé de la part du candidat de la droite. En visant ces deux critiques, l’UMP a voulu faire croire à une candidate sans idées, incapable ensuite de rendre concrètes, en les chiffrant, ses propositions. Tout cela étant bien sûr faux, c’est à ce moment que les principaux autres dirigeants socialistes, auraient du monter au front. Ce n’était pas à Ségolène Royal de justifier de ses compétences, de sa capacité à diriger. En agissant de la sorte, elle entrait dans le jeu de la droite. C’est à ce moment crucial que le recours au collectif était indispensable. Et ce reproche vaut aussi bien pour les principaux dirigeants socialistes que pour Ségolène Royal elle-même. Si elle a été désignée en partie contre le fonctionnement clanique du PS, ce Parti (et même l’UMP le reconnaît largement aujourd’hui…) est composée de personnes plus que compétentes, Ségolène Royal n’aurait pas du croire qu’elle pouvait gagner seule.

Pour la prochaine campagne, il nous semblerait judicieux que ce soit un(e) candidat(e) avec une équipe que les Français désignent. Cela permettrait à la fois d’être moderne (on élit une équipe qui serait ainsi démocratiquement avalisée et pas un(e) monarque) et d’essayer de rompre avec cette hyper-personnalisation et hyper-présidentialisation que nous rejetons ;

- le PS a manqué de préparation, Ségolène Royal aussi. Elle l’a déjà reconnue elle-même lors du séminaire organisé le 16 juillet dernier à Paris. Non pas que Ségolène Royal n’ait jamais pensé à se présenter. Elle y songe depuis 1995. Mais certaines de ses idées, souvent novatrices, ont parfois été insuffisamment fouillées, ce qui a contribué à ouvrir le flanc à la critique, bien évidemment facile et gratuite la plupart du temps, mais des propositions cadrées dès le départ auraient permis d’éviter cela. Par ailleurs, le manque de préparation s’est aussi ressenti dans la façon de gérer la campagne. Alors que nous sommes à l’âge où que l’on soit pour ou contre, le marketing politique a un rôle fondamental, la « PME » de Ségolène Royal, comme elle la qualifie elle-même n’était pas assez coordonnée et organisée. Surtout, le changement d’équipe en pleine campagne a été dévastateur. Ajouter à cela que de l’autre côté, le candidat de droite se préparait depuis 5 ans, a utilisé de manière honteuse pendant près de 6 mois (il n’a démissionné du Ministère de l’Intérieur que fin mars !) les moyens de la République et vous comprendrez encore mieux ce manque de préparation et d’organisation ;

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- la question de la ligne idéologique. On l’a dit, le programme du PS n’était lui-même pas cohérent, quand on aperçoit certaines interprétations totalement divergentes que l’on pouvait en tirer. Ségolène Royal s’est pourtant toujours situé dans une ligne très claire qui consiste, selon la formule de Lionel Jospin, à « accepter l’économie de marché, mais pas la société de marché ». Sa volonté de réconcilier les Français et les entreprises, de renouveler le dialogue social, d’instaurer des mécanismes donnant-donnant étaient très claires pour ses partisans, moins peut-être pour les Français. Et surtout, cela n’a pas été accepté par une partie du PS. Nous sommes nombreux à avoir manifesté, avec conviction et à juste titre contre le CPE de Villepin. Mais nous étions aussi de ceux qui réclamaient à l’époque que les socialistes réfléchissent vraiment sur l’emploi des jeunes et fassent des contre-propositions. Ségolène Royal a du le faire, avec précipitation il est vrai même si le CPC (Contrat Première Chance) était loin des caricatures qu’on en a faites. Cela a encore alimenté le moulin à prétendue « incompétence ». On l’a ressenti d’ailleurs sur d’autre thèmes, comme la Nation, que le PS a complètement laissé en friches alors qu’une réponse semble nécessaire. Mais avouons que la réponse de Ségolène Royal, faute de temps, n’était pas racoleuse, démagogique et outrancière comme l’était celle de Sarkozy, mais un peu courte.

 

Pour toutes ces raisons et sans doute bien d’autres encore, nous avons perdu l’élection. Cette « étude » se veut d’ailleurs plus portée sur l’opinion, sur le vécu de campagne que sur l’analyse inscrite dans un perspective historique que Jacques Julliard, Daniel Cohen ou d’autres ont déjà bien faite. Afin de relativiser le « sérieux » de cette analyse, ajoutons toutefois que si nous avions gagné, les mêmes choses, peut-être même en pire, auraient été écrites sur Sarkozy, son équipe et la gestion de sa campagne…

Cela doit surtout nous donner envie de poursuivre notre volonté de continuer ce qui a été initié durant cette campagne. Parce que sur l’économie, sur le social, sur l’école, sur la famille, sur la sécurité et sur bien d’autre sujets encore, nous partageons les réponses détaillées sur de nombreux sujets, les pistes sur quelques autres qu’a évoqué Ségolène Royal. Notre ambition est de réfléchir et de créer les conditions d’une alternance utile. Contrairement au titre de l’Hebdo des socialistes des mois d’été, nous ne cherchons à « nous reposer pour mieux s’opposer » mais à « réfléchir pour mieux proposer ».


Jonathan Gindt

Publié dans Points de vue citoyens

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Emmeline Travers 25/08/2007 16:05

Me voilà "sortie de l'anonymat" (Gilles57 c'est transparent ?) ! un blog, un nom de famille, et alors ? ce n'est pas grâce à ça que je dis est crédible, mais parce que c'est rigoureux !

Je sais qu'on peut transmettre à ses petits-enfants, n'empêche qu'en moyenne on hérite à 53 ans, c'est l'INSEE (reprise par le Figaro) qui l'a dit. Donc en moyenne cette mesure est pour les vieux !

Je cite des chiffres, je cite des sources, j'étaye... et vous, vous faites quoi ?

ezechiel2510 25/08/2007 10:43

Encore sans fondement...décidément Gilles tu ne sais dire que ça...par contre nous dire en toute simplicité tu ce que veut Napoléon.Tu critiques, sans apporter d'arguments et tu ne sais pas ce que veut "l'homme pressé" Un jour tu m'as fortement contredit sur la TVA sociale...t'inquiètes elle arrive. Jusque la Sarkozy n'a pris que des mesures et même pour l'une d'elle était inconstitutionnelle...Il aurait pu se renseigner avant (sur le remboursement des intérêts d'emprunt pour ceux qui avaient acheté un logement dans les cinq dernières années...seul ceux qui ont acheté depuis l'élection de ton maître seront remboursés....les autres pourront jouer au Loto
Il vont sûrement être contents, Voila où mène la politique de quelqu'un qui ne sait pas qu'une loi ne peut jamais être rétroactive...Il faudra qu'il étudie à fond le Dalloz
Pour la TVA sociale, ça vient, encore un peu de patience. D'autre part, Sarkozy n'a pris que des mesures mais on ne voit pas quel est son plan économique. Où serait dévoilé, ce qu'il veut faire, pourquoi il veut le faire et par quel moyen il va le faire
Ses cents jours il les a passé tranquille parce que ils n'a pris que des mesures...Il n'a pas indiquée la visée qui était la sienne. Il faudra bien un jour qu"'il le fasse et ce jour là il y aura une immense clameur parmi ses propres électeurs!

Gilles57 24/08/2007 17:48

Pff…. ma pauvre Emeline !!!!…..Encore un commentaire sans fondement et surtout sans conviction. Il faut savoir qu'il est possible de transmettre des biens aux petits enfants ....c’est dur de dire des vérités en effet. Mais que fait la grande gauche française donneuse de leçon ? Emeline désolé de poser une question qui fâche au sein même du PS. Et j’ai une autre question…Il est où le vrai rassemblement du PS à Melles ? La Rochelle ? En Saône et Loire ? Vraiment au lieu d’écrire des commentaires aussi moyen il serait plus courageux d’avoir son propre Blog et de sortir de l’anonymat. De proposer de vraies idées, d’offrir de vraies réflexions….Bref d’être crédible…Sur ce blog nous en sommes bien loin…..

Emmeline 23/08/2007 18:24

Enfin des paroles vraies d'un militant UMP.....LOL.... Pour les reste vos différents commentaires ne sont que des fantasmes de droite, de la critique et de la diffamation. Le gouvernement n'a aucun intérêt et la démocratie se meurt pendant ce temps...............

A part que j'ai corrigé les fautes, vous voyez que dans le genre "j'affirme péremptoirement que quiconque ne pense pas comme moi n'est qu'un débile profond car moi j'ai tout compris la preuve je n'ai pas à donner d'arguments ni surtout à répondre aux gens qui rétablissent les faits, parce que les faits moi je m'assieds dessus" on peut faire aussi bien que vous !

D'ailleurs, j'ai effectivement fait une petite faute : aux dernières nouvelles (dernier rapport Insee repris par... le figaro), ce n'est pas à 57 ans qu'on hérite en moyenne mais à 53 ! une mesure pour les jeunes, vous disiez ?

Gilles57 22/08/2007 10:45

Enfin des paroles vraies d'un militant PS.....LOL.... Pour les reste les différents commentaires ne sont que des fantasmes de gauche de la critique et de la diffamation. Ce Blog n'a aucun intérêt et le PS se meurt pendant se temps...............