20 Novembre 2009 Par samuel baillaud sur MEDIAPART
J'ai lu sur Médiapart, un article du journaliste Stéphane Alliès, concernant la dispute entre Royal et Peillon, à l'issue du meeting de Dijon du 14 novembre 2009. J'ai regretté que cet article ne m'ait
pas informé des reproches que Peillon et Royal se font publiquement. J'ai cherché ailleurs sur internet, des enregistrements d'interviews de Peillon et Royal, à la télévision et à la
radio. J'ai rajouté un commentaire à la marge de l'article, dans lequel j'ai décrit ce que j'avais trouvé ailleurs sur internet, et que j'ai conclu en disant qui selon moi, de Royal ou de
Peillon, avait raison. Quelques minutes plus tard, un internaute répond à mon commentaire par un autre commentaire, où il me contredit et m'apporte de nouvelles informations. Je remarque alors
d'autres commentaires, qui m'apportent encore d'autres informations, et expriment encore d'autres opinions. Ces commentaires sont parfois écrits par des protagonistes de l'évènement, par exemple
des militants du courant de Ségolène, qui étaient présents au meeting de Dijon. Ma curiositée piquée, je repars à la recherche d'autres informations ailleurs sur internet. Je réécris un nouveau
commentaire, où je dis ma nouvelle opinion, et les questions que je me pose. Deux autres internautes répondent à mes questions. L'un d'entre eux m'envoie sur le billet d'un autre internaute.
J'ai encore une nouvelle opinion, de nouvelles questions, que je formule dans un nouveau commentaire.
L'espace à la marge
de l'article de journal, où les lecteurs peuvent lire et écrire des commentaires, est devenu un salon de discussion au sujet de l'évènement dont parle l'article, où les informations sont
partagées, où les opinions se forgent en se confrontant aux autres opinions et en tentant de les intégrer, comme lors d'un dialogue socratique. J'embellis les choses mais il y a quand même un peu
de ça.
Je suis parti d'une
opinion au sujet de l'évènement, fondée sur son apparence construite par les grands médias. Interviews ou fragments d'interviews des protagonistes, formules employées par les journalistes, pour
se référer à l'évènement, telles que "... le meeting organisé par Vincent Peillon, pour rassembler la gauche et le centre, où Ségolène Royal s'est invitée ...", suscitant une interprétation
particulière de l'évènement.
J'ai abouti sur une
explication de l'évènement, très différente de celle de départ, qui est je suppose plus proche de la réalité, même si elle contient sûrement encore beaucoup d'erreurs. L'évènement ne m'apparait
pas comme une querelle sans intérêt, entre deux politiciens au seul service de leur égo. J'ai eu du plaisir à construire cette explication, car je trouve intéressant de découvrir comment, "en
vrai", fonctionne la vie politique, se comportent ses protagonistes.
La dispute
Royal / Peillon.
Mon explication de
la dispute Royal / Peillon est la suivante.
D'un côté, existe une organisation politique, nommée "Espoir à Gauche", dont la personalité la plus importante, celle qui a le plus fondé cette organisation, est Ségolène, dont
les militants de base se reconnaissent le plus souvent en Ségolène, et dont le projet est fortement "Ségolènien".
D'un autre côté, il y a Peillon, qui souhaite créer une organisation politique, qu'il appellera finalement le "Rassemblement Social, Ecologique et Democrate".
Cette organisation devrait réunir des personalités des Verts, du MoDem, des dissidents PC, des associatifs, et des membres du PS dont il serait le plus éminent. Cette organisation devrait
produire un spectacle médiatique, présenté au public comme un "débat", visant à "construire un vrai projet politique" transversal, alternatif à la politique de Sarkozy, en vue des élections
présidentielles de 2012. Enfin, cette organisation excluerait de ses débats tout éventuel candidat à l'élection présidentielle, de manière selon Peillon, à pouvoir réunir des gens qui ne
soutiendront pas le même candidat, et de maniere a être concentrée sur la construction d'un projet politique, plutôt que sur le soutien d'un candidat, plutôt que sur l'acclamation béate d'une
icône médiatique.
Le problème de Peillon, c'est qu'il ne peut créer à lui tout seul ce "Rassemblement" dont il serait la pièce maitresse. Peillon a besoin pour soutenir son projet,
d'une importante organisation politique, riche en militants de base pouvant remplir une salle de meeting, riche en hommes politiques influents pour garnir la premiere rangée de sièges de
cette salle, riche en moyens financiers et en mécènes pour financer des meetings, des brochures, un site internet. Peillon a donc besoin d'utiliser l'organisation
"Espoir à Gauche", pour y inséminer la graine du "Rassemblement" qu'il souhaite voir se développer autour de lui, puis pour que cette graine s'y developpe comme un embryon dans le ventre
de sa mère.
Lors de l'été 2009, Peillon est l'un des principaux dirigeants du courant "Espoir à Gauche", et il organise les ateliers d'été de ce courant. Il invite à ces
ateliers des representants de tous les partis qu'il voudrait rassembler dans son "Rassemblement" : de Sarnez, Cohn-Bendit, Taubira, Hue. Il affirme publiquement que ces ateliers sont à ses
yeux le commencement, "d'un" rassemblement "écologiste, socialiste et démocratique".
C'est en novembre 2009, que la gestation par l'"Espoir à Gauche", du "Rassemblement", devrait aboutir. L'acte de naissance du "Rassemblement" devrait être un meeting a Dijon,
dont les principaux intervenants seront ceux des ateliers d'été d'"Espoir à Gauche", dont le principal mécène est le principal mécène d'"Espoir à Gauche", le fortuné Pierre Berger. Peillon fait
préparer pour son "Rassemblement", des brochures, et un site internet de qualité
professionnelle : contenus vidéos, design soigné, possibilité de partage sur Facebook.... Ce site et ces brochures présentent le "Rassemblement" comme une organisation indépendante d'"Espoir à
Gauche". Dans le site internet, le "Rassemblement Social, Ecologique et Démocrate", est présenté ainsi : "ouvert à tous ceux qui veulent, dans le débat et la confrontation des idées, participer à
la construction d'un grand projet pour une autre France que celle de Nicolas Sarkozy. Que nous soyons socialistes, écologistes, démocrates, communistes, républicains, radicaux, syndicalistes,
militants associatifs… ou simplement engagés dans le combat pour la démocratie et la justice ...". Pas de référence dans cette présentation, au courant "Espoir à Gauche", dont le logo n'apparait
pas sur le site. Une invitation au meeting de Dijon est adressée aux militants d'"Espoir à Gauche". Contrairement aux brochures du "Rassemblement" tant attendu, cette invitation est faite au nom
de l'organisation "Espoir à Gauche". Quelques jours avant le meeting de Dijon, Peillon explique dans la presse qu'il serait préférable selon lui, que Ségolène ne vienne pas à Dijon. Ségolène est
une éventuelle candidate à l'élection présidentielle.
Le site internet du "Rassemblement Social, Ecologique et
Démocrate"
Samedi 14 novembre 2009, c'est le meeting de Dijon. Ségolène est présente. Peillon ouvre publiquement le feu sur Ségolène, lors d'une
interview, en lui reprochant d'être venue. Peillon mettra en ligne le lendemain, le site internet de son "Rassemblement". Peillon affirmera à la presse que le
meeting de Dijon ne concerne pas particulièrement le courant "Espoir à Gauche", par exemple lors d'une
interview sur LCI face à Christophe Barbier, où il montre la brochure du
"Rassemblement", et lors d'une interview sur France 5 face à Thierry Guerrier, où est aussi diffusé un fragment d'interview de Ségolène.
Quelques questions restent en suspens. Peillon a-t-il caché ses ambitions à Ségolène et aux militants d'"Espoir à Gauche", ou a-t-il été transparent ? Peillon
souhaite-t-il organiser un véritable débat, ou un simulacre médiaque de débat ? Certes, Peillon a utilisé le courant "Espoir à Gauche", comme mère porteuse de son organisation le
"Rassemblement", qui exclut de ses débats Ségolène. Mais pourquoi serait-ce immoral ? Pourquoi aurait-il eu le devoir de ne pas faire ce qu'il a fait ? Après tout, le projet qu'il propose
n'est-il pas intéressant, ne mérite-t-il pas d'être défendu, ne comble-t-il pas un vide ?
Retour aux lumières cathodiques.
Les reproches
publics de Peillon à Ségolène, sont les suivants. Afin que des gens issus de divers partis, susceptibles de soutenir divers candidats à l'élection présidentielle, puissent se réunir, afin qu'il
puissent se concentrer sur la construction d'un projet politique, plutot que sur le soutien à une personne, Peillon a demandé aux éventuels candidats à la présidentielle de ne pas venir à Dijon.
En venant à ce rassemblement, Royal fait donc quelquechose que Peillon, et sûrement beaucoup d'autres personalités présentes, lui avaient demandé de ne pas faire. A première vue, j'ai trouvé ces
arguments très convaincants.
Ségolène lui répond publiquement, qu'elle fait ce qu'elle veut, que les militants de base étaient contents de la voir et ne comprennent pas pourquoi Peillon s'est mis en colère, qu'elle ne
tolèrera pas qu'il persiste dans sa protestation, que c'est elle qui a donné à Peillon une place de second dans son courant à elle, "Espoir à Gauche", et qu'elle a décidé, pour le punir, de
nommer à sa place d'autres personnes. Réponse qui peut, à première vue, paraitre puérile et peu démocrate.
De nombreux militants du courant "Espoir à Gauche", accusent Peillon d'avoir volé ce courant à ses militants, pour en faire un instrument au service
d'ambitions qui ne sont pas les leurs. Ambitions qui ne sont pas les leurs, parcequ''ils ne les ont pas construites ensemble, comme le veut pourtant peut-être la notion de
"démocratie participative" défendue par Ségolène et le courant "Espoir à Gauche". Ainsi Najat Vallaud-Belkacem, porte parole de Ségolène, affirme dans un
communiqué fait à la suite du meeting de Dijon, que : "L’Espoir à Gauche n’appartient à personne, et un courant n’est rien d’autre que des militants et responsables socialistes qui se regroupent
à un moment donné pour faire valoir leurs idées au sein du parti. Ségolène Royal a toujours mis un point d’honneur à respecter scrupuleusement ces règles du jeu en n’ayant jamais eu le moindre
mot ni fait le moindre geste visant à détourner l’Espoir à Gauche de ses objectifs initiaux. On peut l’accuser de tout ce qu’on veut, mais certainement pas d’avoir soumis le courant à ses
intérêts personnels. ... A Dijon, Vincent Peillon a brutalement changé les règles du jeu. ... La mission que Ségolène Royal nous a demandé, ... est une mission de clarification dans le seul
but de rendre aux militants ce qui leur appartient ... Pour ma part, ... je n’accepte pas l’autorité des chefs autoproclamés ni pour moi, ni pour les autres. Les militants qui soutiennent
Ségolène Royal ont été suffisamment floués comme ça pour ne pas se retrouver pris en otage par qui que ce soit, et c’est la même chose pour tous les autres qui n’ont pas demandé à se ranger
derrière un Général de Brigade ... Contribuer à ce que la logomachie stérile prenne fin au plus vite, et que chacun retrouve un cadre clair dans lequel assumer ses responsabilités : c’est ni plus
ni moins ce que Ségolène Royal nous demandé de faire avec tous ceux qui voudront nous y aider."
Mais qui, en ayant seulement entendu les déclarations publiques de Ségolène et de Peillon, peut comprendre pourquoi Ségolène est en colère ?
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